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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 07:00

Neil-Gaiman-Sandman.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Neil GAIMAN
Sandman
Premières publications
de 1989 à 1996.
Urban Comics – Vertigo Essentials, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Neil Gaiman est un auteur anglais contemporain né en 1960. Livres, nouvelles, comics, scénarios pour la télévision ou le cinéma, il est un touche-à-tout au succès sans cesse confirmé.

Après des études de journalisme, il écrit son premier livre en 1984 : une biographie du groupe Duran Duran aujourd’hui très recherchée ; ainsi que de nombreux articles pour Knave Magazine à la même époque.

Dans les années 90 il sera révélé par le comics Sandman (publié à partir de 1989). Il écrit également son premier roman,  De bons présages, en collaboration avec Terry Pratchett et se lie d’amitié avec Alan Moore. Prolifique, il scénarise aussi deux romans illustrés anglais avec son vieil ami et collaborateur favori Dave McKean : Violent Cases et Signal to Noise. Ainsi, très  tôt, il s’entoure des plus grands.

Le passage d’auteur comics à auteur de romans se confirme avec  Neverwhere, roman en solo publié en 1996, puis Stardust en 1999 et enfin American Gods en 2001 avec lequel il raflera tous les prix (il gagne les prix Hugo, Nebula et Locus Fantasy Awards et est nominé pour le British Science-Fiction Award et le British and World Fantasy Award).

Par la suite il sera régulièrement récompensé tout d’abord pour  Coraline, prix Hugo et Nebula en 2003, puis un roman jeunesse,  L’étrange histoire de Nobody Owens, qui sera le premier livre à remporter à la fois la médaille Newbery (prix américain pour une œuvre jeunesse) et Carnegie (prix anglais pour une œuvre jeunesse) en 2010.

Neil Gaiman s’aventure également dans le domaine du scénario avec des participations à des séries TV (Doctor Who, saison 6 épisode 4), et la collaboration aux adaptations de ses livres au cinéma (Stardust en 2007, Coraline en 2009).

 

L’œuvre

Scénario : Neil Gaiman,  dessin : Collectif (Sam Kieth, Mike Dringenberg, Malcolm Jones III, Chris Bachalo, Michael Zulli and Steve Parkhouse).

Sandman est un comics publié de 1989 à 1996 (75 numéros) narrant les aventures de Morpheus, seigneur des rêves. Sandman est le seul comic-book à avoir gagné le prix World Fantasy pour Songe d'une nuit d'été (1991) et un des rares à figurer sur la liste de best sellers du New York Times. Sandman est aussi connu pour sa popularité hors de la sphère habituelle du lectorat de comics. Norman Mailer a décrit la série comme « une bande dessinée pour intellectuels ». Chaque couverture de la série a été réalisée par Dave McKean.

Ici, le recueil regroupe les numéros 1 à 16 soit de 1989 à 1990 :

Morpheus, le seigneur des rêves, a été emprisonné en 1916, par un groupe occulte. Après avoir fomenté son évasion pendant presque un siècle, il réussit à s’échapper et se lance dans une quête pour redevenir le Maître des songes. Hantant les cauchemars et les désirs des hommes, il ira jusqu’en enfer retrouver son dû.

Œuvre dense et riche, Sandman regroupe tous les thèmes récurrents de l’œuvre à venir de Neil Gaiman.

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La figure du dieu / être mythologique

Morpheus, seigneur des rêves est un infini, frère du Désir et de la Mort. Ni dieu ni homme, il est pourtant très humain avec des doutes, des désirs et autres sentiments. Ses actions sont guidées par l’idée de responsabilité (il fait son travail de seigneur des rêves) mais sont également influencées par le contexte et l’environnement. Il n’est donc pas toujours rationnel ou objectif puisque dès sa libération, son but est la vengeance, action qui ne suit pas de logique raisonnable mais sentiment typiquement humain.

De même, à travers un « pari » lancé avec un humain consistant à le rendre immortel en le défiant de ne jamais finir par vouloir mourir (selon Morpheus, la mort fait partie de la vie et l’humain ne peut être satisfait sans elle), Morpheus dévoile en réalité sa solitude. Il cherche en effet en premier lieu un compagnon de jeu à travers la forme même du pari, mais également un ami. C’est l’humain qui le lui révélera et le forcera à l’admettre. Ainsi cet épisode révèle à la fois les sentiments qui tiraillent cet être mythologique (solitude, ennui) mais également son raisonnement subjectif et ses actions inconscientes (sous prétexte de tester un être humain, il répond en réalité à ce sentiment de solitude mais n’en a pas conscience et refuse dans un premier temps de l’admettre).

 

« Vous savez, je crois que je sais pourquoi on se retrouve ici, siècle après siècle, ce n’est pas que vous voulez savoir ce qui arrive quand un homme ne meurt pas. Vous avez déjà vu ça. [..] Je crois que vous êtes ici pour autre chose. – Et pourquoi, je te prie ? - L’amitié. Je crois que vous êtes seul. – Tu oses suggérer que j’aurais un mortel pour ami ? Qu’un être tel que moi puisse avoir besoin de compagnie ? »

 

Morpheus part en colère mais reviendra un siècle plus tard, comme prévu.

 

« Je … Je n’étais pas sûr de vous voir. – Vraiment ? J’ai toujours entendu dire qu’il était impoli de faire attendre ses amis. »

 

À l’inverse, il est également très distant de l’humanité, ce qui fait de lui un personnage complexe et ambigu. Plusieurs fois au cours de ses aventures, il fait face à la cruauté humaine sans ressentir d’empathie envers les victimes. De même, il est amené à tuer des humains lors de son parcours, tâche qu’il exécute froidement et sans pathos. Il est même prêt à tuer une jeune fille qu’il a auparavant sauvée car c’est son devoir et il doit l’appliquer.

On retrouve ces êtres mythologiques principalement dans American Gods où ils sont les personnages clefs du roman avec notamment Voyageur, compagnon du héros humain, mi-cruel mi-attachant (on ne connaît sa « fonction » mythologique qu’à la fin du roman, je ne la révèle donc pas ici). De même, les héros Rampa et Aziraphale dans  De bons présages sont respectivement démon et ange avec une affection marquée pour le plan humain (qu’ils essaient d’ailleurs de sauver).

Dans chaque roman, l’existence des êtres mythologiques n’est pas reconnue par les humains qui ne croient plus aux vieilles légendes (thème d’American Gods par exemple) mais ils influencent pourtant concrètement la vie de ces humains. Ici, par exemple, Morpheus se trouve responsable de certains décès qui seront vus par la population et la police comme des meurtres ou agissement de psychopathes. On retrouve d’ailleurs un petit clin d’œil à l’univers de Batman avec un personnage sorti d’Arkham Asylum (asile renfermant les ennemis de notre héros chauve-souris) qui utilisera le pouvoir du seigneur des rêves pour semer la destruction…

 

La quête d’aventure se transforme en quête initiatique

Dans Sandman, le seigneur des rêves traverse maintes épreuves pour retrouver ses pouvoirs et remettre de l’ordre dans son royaume. Il s’agit donc d’une aventure avec ses péripéties, ses affrontements et ses énigmes. En réalité, au fil des pages, la quête devient de plus en plus introspective avec des questionnements de Morpheus sur lui-même, le sens de ses actions et ses responsabilités. Il admettra d’ailleurs lui-même à sa sœur (la Mort) que le chemin à parcourir pour retrouver ses pouvoirs lui permettait d’avoir un objectif auquel se raccrocher et que son aboutissement le laisse perdu. Elle lui montrera en réponse, un certain sens de la vie et de la tâche incombant au seigneur des rêves qu’il avait besoin de retrouver.

Or le seigneur des rêves n’est pas le seul à se chercher, on croisera tout au long de ses péripéties des bouts de vie de personnages secondaires également en quête d’eux-mêmes ou d’un sens à la vie. On peut constater ce glissement de l’aventure vers la recherche de sens dans d’autres œuvres qui suivront, comme  Neverwhere, où un homme banal se retrouvera projeté dans un monde différent pour aider une jeune fille, finissant en réalité par découvrir qui il est et questionner sa vie grise et terne en en cherchant le sens.

De même, le héros d’American Gods est d’abord décrit comme quelqu’un qui ne s’affirme pas (son nom est Ombre) et ne cherche pas de sens à ce qui lui arrive, puis il se retrouve au cœur d’une guerre entre les dieux nouveaux et les dieux traditionnels. Il doit alors choisir son camp, mais également comprendre et affirmer qui il est.

 

Le détournement du conte

Sandman est avant tout l’incarnation même d’un personnage de conte. Il s’agit du traditionnel marchand de sable qui endort avec sa bourse de grains dorés. Ici, le sable est toujours présent mais le héros est plus rock’n roll (cheveux ébouriffés, long manteau noir à flammes rouges ou jean slim noir/ tshirt noir) et surtout plus torturé. Le conte n’est plus destiné à un public d’enfants mais en garde parfois les aspects formels. Ce même procédé est utilisé dans  Coraline, conte détourné pour enfants, c’est-à-dire histoire à la narration et au contenu enfantins mais dans un univers plutôt gothique, plus sombre qu’un conte traditionnel, avec parfois un côté presque glauque (par exemple le passage où la petite fille doit retrouver un objet dans la cave de ses faux-parents pour pouvoir s’échapper est assez perturbant…) De même, Stardust emprunte clairement la forme du conte mais cette fois le détourne de manière plutôt loufoque avec des personnages et des situations hautes en couleur !

Ici, la forme du conte est utilisée pour tout un chapitre, « Contes dans le sable » (Sandman #9), qui narre l’histoire d’amour née entre la reine d’un royaume du désert (Nada) et  le seigneur des rêves (Kai’ckul dans le dialecte local) qui mènera à la destruction du royaume et à la damnation éternelle de Nada. En voici l’introduction :

 

« Il est des contes maintes fois racontés. Certains contes qu’on dit aux enfants, pour leur apprendre l’histoire de la tribu, ce qui est bon à manger ou pas. Des mises en garde. Il y a ceux que disent les femmes dans la langue secrète jamais apprise aux hommes-enfants que les vieux sont trop sages pour apprendre, et on ne dit pas ces contes aux hommes. Il y a des contes que se disent les hommes dans leur hutte, le soir […]. Il y a les contes que toute la tribu se raconte aux fêtes et aux banquets […]. Des contes petits et grands, dits et entendus maintes et maintes fois. Un seul conte n’est dit qu’une fois. »

 

 

La présence de la mort

Dans ce recueil, la mort est omniprésente. Dès les premières pages, Morpheus est capturé par un ordre qui vénère la mort et tente de la piéger. Sa captivité entraîne alors « la maladie du sommeil » : les gens s’endorment pour ne plus se réveiller. Certains, comme Stefan, jeune garçon ayant menti sur son âge pour pouvoir participer à la guerre des tranchées, se retrouvent dans l’incapacité de dormir. Envahi par ses cauchemars même lorsqu’il est éveillé le jeune soldat se suicide un an après son départ de l’armée. Par la suite, la mort survient souvent dans le sillage de Morpheus.

Elle est traitée comme quelque chose de totalement naturel, participant à l’équilibre des choses mais jamais elle n’est traitée de façon dramatique. Même lorsqu’elle touche un personnage que l’on a suivi de près, elle n’apparaît qu’en filigrane ; à un moment, le personnage reprend sa vie en main et commence à avancer. Ainsi, la mort apparaît comme nécessaire, immuable et naturelle. Elle est d’ailleurs un personnage à part entière : la sœur de Morpheus. Personnage léger, drôle et attachant, elle apparaît quand Morpheus achève sa quête de vengeance pour l’aider à retrouver un sens à sa responsabilité de Seigneur des rêves.

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« Je commence à m’interroger sur l’humanité. Ils accueillent si étrangement le don de ma sœur. Pourquoi craignent-ils le pays des ombres ? Mourir est aussi naturel que naître. Mais ils la craignent. La redoutent. Cherchent à l’amadouer. Ils ne l’aiment pas. Il y a des millénaires, j’ai entendu une chanson dans un rêve, un chant mortel qui célébrait son don. Je m’en souviens encore. […] Ce poète oublié comprenait ses dons. Ma sœur a une fonction à remplir, comme moi. Les Infinis ont leurs responsabilités. Je marche à ses côtés et les ténèbres se lèvent de mon âme. » Le bruit de ses ailes (Sandman #8)

 

La présence de la Mort est récurrente dans l’œuvre de Neil Gaiman où elle est souvent un moment clé du récit. Dans  Neverwhere, un personnage doit mourir pour pouvoir faire avancer la quête des deux héros, dans American Gods le héros côtoie celle-ci de près à plusieurs reprises et elle lui permet d’avancer. Elle est également incarnée dans le roman par un personnage à part entière. Enfin, dans  L’étrange histoire de Nobody Owens, elle est constamment présente puisque les parents du jeune garçon décèdent, amenant celui-ci à vivre dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes.



Conclusion

À travers un récit entraînant et un dessin magnifiquement recoloré pour la sortie chez Urban Comics, Sandman est un classique indispensable à la bibliothèque de tout fan de comics, ou de tout fan de Neil Gaiman, ou même encore de tout lecteur ouvert à des univers oniriques, sombres, riches et originaux.

« Dis-moi Lucifer, Astre du Matin… Et demandez-vous, vous tous… Quel pouvoir aurait l’enfer si ceux qui sont captifs ici ne pouvaient pas rêver du paradis ? »


Karine, AS édition-librairie

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Neil Gaiman neverwhere couverture

 

 

 

Article de Laure sur Neverwhere.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 

Neil Gaiman L etrange vie de Nobody Owens

 


 

 Article de Mehdi sur L'Etrange Vie de Nobody Owens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Karine - dans bande dessinée
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