Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 07:00

Gogol-Nouvelles-de-Petersbourg.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicolaï GOGOL
Nouvelles de Pétersbourg
traduit par Boris de Schloezer
Flammarion, 1968
Flammarion, 1998,
édition corrigée et remise à jour en 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Nicolaï Vassilievitch Gogol-Yanovski, plus connu sous le nom de Gogol, est un écrivain russe d’origine ukrainienne de la première moitié du XIXème siècle, issu d’une famille de petite noblesse. Après être monté à la capitale de l’époque, Pétersbourg, il trouve difficilement un petit emploi dans l’administration (mention importante puisque c’est de là que lui viennent ses descriptions précises de la bureaucratie). Il fera ensuite une courte carrière de professeur d’histoire, avant de se lancer dans de nombreux voyages et  de parcourir le monde (Allemagne, Suisse, France, Autriche, Italie…). La fin de sa vie est marquée par un grand mysticisme, il se consacre entièrement à la religion pour finalement sombrer dans la dépression et se laisser mourir de faim.

Il a écrit quelques œuvres remarquables dont la comédie satirique Le Révisor (1836), le roman Les Âmes mortes (1842) – ces deux sujets lui ayant été fournis par Pouchkine, qui a encouragé dès le début Gogol à écrire –, ainsi que des nouvelles, dont les plus célèbres ont été compilées dans les Nouvelles de Pétersbourg.

 
Résumé des nouvelles

Le recueil Nouvelles de Pétersbourg regroupe les textes suivants : « Le manteau », « Journal d’un fou », « Le nez », « La perspective Nevsky » et « Le portrait ». Précisons que ce regroupement est la volonté de l’éditeur, puisque les nouvelles ont été publiées dans plusieurs ouvrages différents précédemment. Je m’intéresserai uniquement aux trois premières nouvelles.

« Journal d’un fou » : un fonctionnaire nommé Poprichtchine nous livre son journal intime : sa vie est routinière et banale, sans intérêt ; bref, elle lui déplaît. Mais il est amoureux de la fille de son directeur, Sophie. Il veut la connaître mais n’ose pas l’aborder. Cette attirance va tourner à l’obsession : il se sert de Medji, le chien de la jeune fille, pour tenter d’entrer en contact avec elle. A partir de là, la narration fait irruption dans l’irréel, puisque Poprichtchine invente des lettres qu’aurait écrites ce chien et qui révèleraient l’intimité de Sophie. Quand il apprend au détour d’une ligne qu’elle va se marier avec un gentilhomme, tout s’écroule pour lui, il va sombrer encore plus dans la folie et s’inventer roi d’Espagne après avoir lu des informations sur les problèmes de trône de la royauté espagnole puisqu’il n’y a pas de descendant masculin : « l’Espagne a un roi. Il s’est retrouvé. Et ce roi, c’est moi ». S’inventant ainsi un personnage bien placé, il pense pouvoir conquérir Sophie. Mais, devant son refus de retourner au travail et son insistance à se faire passer pour le roi d’Espagne, il est interné dans un asile.

 « Le nez » : Le récit débute par l’histoire d’un coiffeur qui découvre au petit déjeuner un nez dans son pain. Parallèlement, l'assesseur de collège Kovaliov s’aperçoit au réveil qu’il n’a plus de nez. Il va entamer une course dans la ville pour récupérer cette partie indispensable du visage, d’autant que c’est un homme pour qui l’apparence est de la plus haute importance. Là aussi l’irrationnel fait irruption, puisque Kovaliov croit apercevoir son nez dans une rue : « une calèche s’arrêta devant le perron ; la portière s’ouvrit et un monsieur en uniforme en sortit se courbant légèrement et monta précipitamment l’escalier. Quelles furent l’épouvante de Kovaliov et aussi sa stupéfaction, lorsqu’il reconnut en ce monsieur son propre nez ». Après bien des péripéties (détour chez le maitre de police, au service des mœurs, chez le commissaire de quartier, tentative de faire paraître une annonce au bureau de presse), un policier retrouve le nez et le redonne à son propriétaire. Cependant, il est impossible de le remettre en place. Puis, un jour, comme par magie, le nez revient sur le visage de Kovaliov et il peut à nouveau se promener tout heureux et reprendre son ton hautain et ainsi se moquer du nez des autres, à présent qu’il a retrouvé le sien.

« Le manteau » : c’est l’histoire d’un banal fonctionnaire nommé Akaky Akakiévitch Bachmatchkine qui possède un manteau trop vieux pour être raccommodé. Il doit s’en racheter un mais il est malheureusement peu fortuné. Après de nombreuses privations, il trouve l’argent et se fait tailler un beau manteau par le tailleur Pétrovitch, un borgne ivrogne, ancien serf. Ce nouveau manteau lui va à merveille. Mais, une nuit, alors qu’il revient d’une soirée, il est attaqué dans la rue par des hommes et se le fait voler. Après un tour chez le commissaire et « un certain personnage important » qui ne font pas cas du malheureux Akakiévitch, celui-ci meurt. Quelques jours plus tard, il revient hanter la ville en volant les manteaux de tous les passants. Après avoir volé celui du « personnage important », le fantôme disparaît à tout jamais.

 
Analyse et point de vue

Toutes les nouvelles ont en commun de se dérouler dans la ville russe de St-Pétersbourg, décrite comme froide, grise, inquiétante et fantomatique. Ce premier point est caractéristique de Gogol puisque habituellement cette ville est considérée comme moderne, cosmopolite et brillante. Sa splendeur monumentale, ses palais, ses cathédrales, ses places, ses canaux, en ont fait un objet d’admiration inconditionnelle. Cependant, le jeune Gogol, arrivant dans la capitale en plein hiver, a eu du mal à s’adapter, ce qui lui a causé une grande désillusion.

 D’autre part, la satire de la société russe est évidente, avec la dénonciation de la bureaucratie et la description de la vie minable de petits fonctionnaires – qui sont les héros des nouvelles – dont on tourne en ridicule le travail (celui de Poprichtchine dans « Journal d’un fou » par exemple se limite à tailler des plumes pour son chef ; celui d’Akakiévitch dans « Le Manteau » est de recopier des papiers). C’est le premier emploi de Gogol dans l’administration qui lui permettra de décrire l’absurdité de la bureaucratie russe. Il convient de noter que dans la majeure partie de la Russie le servage est encore en vigueur et que le tchin, ou table des rangs, impose à la vie sociale le modèle d’une hiérarchie immuable.

Par ailleurs, toutes les nouvelles partent d’un point d’ancrage dans le réel avec des personnages réalistes – d’ailleurs tous dévorés chacun par une obsession qui est le thème central du récit – pour ensuite déborder vers le fantastique ou le surnaturel, dont les éléments ne sont pas expliqués et au contraire même acceptés par les personnages. Certains tentent tout de même de trouver la cause de ces événements dans l’ivresse, le diable, les hallucinations ou encore la sorcellerie.

Gogol nous propose donc à travers ses textes une vision déformée du monde, des récits qui mélangent les tons (cassures spatio-temporelles, mélange comique/dramatique, hésitation entre réel et surnaturel), loin des grandes questions existentielles. Il se penche sur la vie de minables fonctionnaires dont les passions sont très terre à terre, voire totalement dérisoires ou absurdes.

C’est ce décalage qui m’a plu, cette façon peu habituelle de traiter la société, cette vision ironique que l’auteur en a, le mélange des tons, les digressions parfois déroutantes qui font que le lecteur est sans cesse interpellé et se laisse emporter par une lecture imprévisible. Le lecteur peut rire de certaines scènes grâce au recul qu’il peut avoir sur la situation, comme c’est le cas dans « Journal d’un fou » : il comprend vite que ce n’est pas tant la réalité du monde qui se dérègle que la représentation que le narrateur se fait du monde. Un autre décalage risible est notable dans « Le Nez », où le coiffeur n’est pas choqué de voir un nez dans son pain mais est plutôt effrayé de l’avoir dérobé et de se faire arrêter par la police. Gogol avouait d’ailleurs dans La Confession d’un écrivain : « j’inventais pour moi-même des personnages et des caractères entièrement risibles, je les mettais en pensée dans les situations les plus drôles, sans me soucier d’un motif, d’un but quelconque ou d’une utilité pour quiconque ». A l’origine de ses nouvelles se trouve donc la recherche de l’absurde, du burlesque dans un certain sens. Citons par exemple le passage, dans la nouvelle « Le Nez », de la conversation loufoque entre le nez et son propriétaire : « – Monsieur – dit Kovaliov s’efforçant de se donner du cœur  – Que désirez-vous ? demanda le nez en se tournant vers Kovaliov  – Il me semble étrange, Monsieur… je crois… vous devez connaître votre place… et où donc ! Convenez-en… […]  – Je ne comprends absolument rien, répondit le nez. Expliquez-vous.  – Monsieur, prononça Kovaliov très dignement, je ne sais comment je dois accueillir vos paroles… Il me semble que la chose est parfaitement claire… Ou bien vous désirez… N’êtes-vous pas mon propre nez, Monsieur ? ». Nous pouvons rattacher l’auteur par certains points au récit de Kafka La Métamorphose puisque personne ne semble se soucier vraiment du changement d’état de Gregor Samsa ou à Melville dans Bartelby, dont le personnage principal est chargé de recopier des textes et qui agit de manière absurde.

Selon Abram Tertz, Gogol aurait inventé la prose russe, comme Pouchkine la poésie. Dostoïevski aurait dit : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol ». Un auteur à découvrir donc, pour son style si particulier.

 

Anaïs, AS Bib

Partager cet article

Repost 0
Published by Anaïs - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Lee Ham 20/02/2015 22:55

Ce blog propose un résumé clair et détaillé du livre Le Manteau écrit par Nicolas Gogol.avec un livre audion en français et des livres pdf en anglais arabe et en français:
http://classicalnovels.blogspot.com/2015/02/le-manteau-de-gogol-audiobook.html

Recherche

Archives