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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 07:00

Nicolas Bouvier Il faudra repartir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicolas BOUVIER
Il faudra repartir : voyages inédits
 Recueil posthume
Payot,
collection Voyageurs Payot, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rapide présentation de l’auteur

Écrivain et voyageur né en 1929 et mort en 1998 à Genève, Nicolas Bouvier a également exercé divers métiers, comme photographe, iconographe, conférencier en France à trois reprises ou encore guide de voyage en Chine. L’envie de voir d’autres horizons le prend de façon précoce : le 13 juillet 1948, il part âgé de 17 ans à destination de Copenhague avec deux amis, mais à partir de cette étape il continuera son voyage seul jusqu’en Finlande. Gagnant en notoriété en tant qu’écrivain du voyage, il voit les dernières années de sa vie marquées par la postérité puisqu’il est accaparé par des propositions et des invitations aux quatre coins du pays : c’est ainsi qu’il se rend en Nouvelle-Zélande en 1992 avec sa famille, invité par l’Alliance Française et les universités néozélandaises.

Nicolas Bouvier est devenu une telle référence en matière de littérature de voyage qu’on a créé le prix littéraire Nicolas Bouvier (lauréat du prix en 2012 : le roman Le Tigre, de John Vaillant).



Il faudra repartir

Ce recueil présente des textes posthumes réunis et présentés par François Laut. Spécialiste de l’œuvre de Nicolas Bouvier, il est l’auteur de Nicolas Bouvier : l’œil qui écrit. Il a transcrit les textes présentés en collaboration avec Éliane Bouvier et Barbara Prout, archiviste au département des manuscrits de la Bibliothèque de Genève.

Ces récits portent sur des voyages effectués par Nicolas Bouvier à différents âges de sa vie : Genève-Copenhague (été 1948), France (1957-1958), Afrique du Nord (1958), Indonésie (été 1970), Chine (été 1986), Canada (automne 1991), Nouvelle-Zélande (été 1992).

 

Un Nicolas Bouvier écrivant…

Par « Nicolas Bouvier écrivant », François Laut veut dire qu’il s’agit de mettre l’accent sur le personnage, un « voyageur contemporain qui tient son journal - ce voyageur-lecteur qui n’a pas envie de devenir écrivain mais aime respirer l’air du réel », comme il le décrit lui-même (p. 23). Le lecteur se trouve alors face à des récits composites : les textes sont truffés de notes, de poèmes, de lettres, de phrases au style très épuré.

Il peut ainsi prendre conscience à travers sa lecture que Nicolas Bouvier, s’il reste auteur et joue le rôle de personnage dans ses œuvres, laisse toutefois de côté la notion de narrateur. Il adopte ici une écriture personnelle qui n’est clairement pas destinée à un lectorat potentiel, mais on discerne pourtant dans ses mots un sens de l’observation très précis et le refus d’adopter un point de vue personnel. Bouvier ne s’embarrasse pas de détails ni de phrases introductives ; il va droit au but, et c’est peut-être cet aspect de l’écriture qui peut rebuter le lecteur : par exemple, dès le début du premier voyage (Genève-Copenhague, été 1948), l’auteur donne une description du déroulement des événements mais aucune explication, il cite des personnes de son entourage dont on ignore tout, ce qui est assez perturbant. L’interprétation est claire : il s’agit d’un récit qu’il réserve à sa lecture personnelle et qu’il n’envisageait pas le moins du monde de publier. Le lecteur est confronté à une écriture qui ne l’oriente pas et ne lui laisse aucun éclaircissement sur les voyages de Nicolas Bouvier. On doit presque suivre son rythme d’écriture sans se poser de question, comme on suivrait un guide de voyage qui reste concentré sur ce qu’il voit lui et non sur ce que pourraient apercevoir les gens autour de lui.

Un aspect particulier du recueil et qui fait l’intérêt d’Il faudra repartir est l’insertion de plusieurs formes de textes dans ses récits : le lecteur trouvera des paragraphes de prise de notes, des poèmes, des lettres, etc. Au fil de la lecture, on se rend compte que Nicolas Bouvier écrivait tout ce qui lui traversait l’esprit, même s’il ne laisse aucune piste quant à ce qui avait pu l’inspirer pour inscrire ces textes sur un support et le conserver dans ses tiroirs. Le voyage le plus intéressant de ce point de vue-là est « France, 1957-1958 » : c’est le récit qui comporte le plus de formes d’écritures diversifiées, on y trouvera des paragraphes de notes rapides, des poèmes dont la structure ne donne pas l’impression d’avoir été travaillée, ce qui laisse supposer qu’il s’agit d’idées spontanées.

Pourtant, là encore la compréhension de tels textes est difficile pour le lecteur qui doit passer d’un genre à un autre, ce qui peut rendre le rythme de lecture assez irrégulier. Puisqu’il s’agit d’idées « jetées » sur le papier et qu’elles ne sont à l’origine destinées qu’à lui seul, là encore l’auteur ne prend pas la peine de faire des transitions entre ces genres pour mieux les faire assimiler par le public.

 

…et un Nicolas Bouvier écrivain.

En revanche, si l’écriture reste très personnelle, on reconnaît dans ces textes l’auteur incontournable des récits de voyage qu’est le Nicolas Bouvier écrivain, notamment son habitude de parsemer ses phrases d’énumérations. La quasi-totalité de ses textes ont pour ambition de faire l’« inventaire » du monde qu’il parcourt. D’ailleurs, le style d’écriture qu’il adopte ne laisse place à aucun doute : il se veut d’abord efficace et ne pas se perdre dans des structures de phrases alambiquées, emphatiques ou ampoulées. On ne pourra pas dire que Nicolas Bouvier se cantonne à une écriture limitée ; seulement il connaît la juste mesure et sait ce qui est suffisant pour lui (puisque, encore une fois, il s’agit de textes en premier lieu non destinés à la publication).

D’ailleurs, on s’aperçoit que les récits s’étendent sur une période de 46 ans. Pourtant, l’évolution qui se fait d’un voyage à un autre est très ténue. Dès son premier voyage, alors qu’il n’avait que dix-sept ans, Nicolas Bouvier fait montre d’une grande maturité dans son écriture : parcourant l’Allemagne d’après-guerre, il comprend le contexte historique et diplomatique dans lequel cette traversée s’inscrit et qui prendra de l’importance plus tard. Tout cela il l’a compris, et déjà il décrit ce qui l’entoure et en fait l’inventaire comme pour ne pas oublier. Ainsi, lorsqu’on le retrouve pour un dernier voyage en 1992 en Nouvelle-Zélande, on note que si la plume de l’écrivain s’orne désormais de figures stylistiques et de références, il conserve cette pratique de l’énumération qui caractérise son œuvre.

On peut alors se demander si cette écriture ne relève pas d’une volonté de transmettre un héritage, simple mais utile, de mémoire pour ses contemporains. En effet, la manière dont il retranscrit certains témoignages au cours de ses voyages indique clairement qu’ils ont été travaillés pour la lecture, pour qu’un autre que lui parcoure ces lignes. Par exemple, on pourra relever que certains dialogues sont structurés de façon à les rendre le plus réalistes possible, comme lors de sa tournée en tant que conférencier cinématographique en Algérie durant l’année 1958, qu’il parcourt peu après le putsch du 13 mai. Il se trouve là encore dans un contexte particulier et tâche de rendre un récit qu’il veut vraiment représentatif de la réalité dans laquelle il est plongé. C’est en partant de cet angle qu’on peut constater les qualités d’écrivain qui font la marque de Nicolas Bouvier.

 En outre, le recueil permet au lecteur d’approcher un autre aspect de la personnalité de Nicolas Bouvier en tant qu’auteur, puisque les récits contiennent des pistes de travail des œuvres que Nicolas Bouvier souhaitait faire publier. On trouvera ainsi quelques notes qu’il gardait pour mieux retravailler ses textes et ainsi les transformer en œuvres. Les références les plus fréquentes concernent l’œuvre majeure de Nicolas Bouvier, intitulée L’Usage du monde. Il a ainsi noté des idées sur la forme de texte à travailler, mais également des titres possibles :

 

 « TITRES

Le monde extérieur

Un moment de la vie

L’usage du monde » (p. 74)

 

C’est un aspect du recueil qu’il est intéressant d’aborder, car au fil des voyages on voit se former des projets et des idées, on assiste presque à la transformation du voyageur en écrivain.

 

Avis personnel et conseils de lecture

De mon point de vue, si le travail présenté par François Laut est le plus complet et détaillé possible, notamment dans la présentation qu’il fait du recueil, je conseillerais aux lecteurs curieux de découvrir Nicolas Bouvier de se réserver celle-ci après avoir parcouru les sept récits de voyage d’Il faudra repartir. Cette introduction comporte beaucoup de détails sur la vie de Nicolas Bouvier et sur les voyages que le lecteur n’aura au préalable pas encore lus, ce que j’ai considéré moi-même comme étant déstabilisant.

 J’ai apprécié de lire ce genre de recueil, même si je considère qu’il a davantage de valeur en tant que recueil de textes posthume qu’en tant que récit de voyage, et qu’il serait plus intéressant de le lire dans une optique d’écriture autobiographique. Pour ma part, moi qui n’avais jamais lu d’œuvres de Nicolas Bouvier auparavant, je conseillerais de lire cet ouvrage en complément de lecture sur cet auteur et non comme premier support pour découvrir son écriture.
 

Sarah D., 2° année Bibliothèques-Médiathèques

 

 

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