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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 07:00

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NOSAKA Akiyuki
野坂 昭如
La Tombe des lucioles
Hotaru no haka
火垂るの墓
illustrations de Nicolas Delort
Traduit du japonais

par Patrick de Vos
Philippe Picquier, 2009
(Première parution en 1967)


 

 

 

 

 

 

L'auteur : Nosaka Akiyuki (野坂 昭如)

Il est important de faire un retour sur la biographie de l'écrivain car celle-ci a très fortement inspiré son travail, comme on peut le constater lors de recoupements de ses histoires avec son propre vécu.

Né le 10 octobre 1930, Nosaka Akiyuki est surtout connu en tant que romancier, mais il est également chanteur, parolier japonais et ancien membre de la chambre des conseillers.

« Nosaka Akiyuki est orphelin de mère quasiment dès sa naissance. Son père le confie alors à une famille d'adoption, ce que Nosaka Akiyuki ne découvrira qu'après la mort (sous les bombardements américains) de ses parents adoptifs en été 1945.

À 14 ans, toutes ses certitudes effondrées, il doit survivre dans les décombres du Japon ; puis sa petite sœur meurt de malnutrition. Il fait du marché noir, vole... C'est la maison de correction, et le miracle, son père biologique refait apparition, dans le rôle d'un vice-gouverneur de province ! Il peut dès lors faire des études, vivre une vie que l'on pourrait qualifier de "normale". Mais il abandonne rapidement ses études pour exercer toutes sortes de petits métiers […].

La célébrité est venue en 1963, avec la parution des Pornographes, qualifié par Mishima de "roman scélérat, enjoué comme  un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir".

Grotesque, tragique, comique, burlesque, mélancolie, horreur, mort, sexe, désespoir, excès, fantasmes : on trouve tout cela dans son œuvre, volontiers provocatrice. »

(source :  http://www.babelio.com/auteur/Akiyuki-Nosaka/24751)

Pour les lecteurs de japonais, voici son site dans la langue d'origine :  http://nosakaakiyuki.com/.



L'histoire

Le roman s'ouvre par la fin : contre un pilier de la gare de Sannomiya à Kōbe, le jeune Seita finit par mourir, après une lente agonie due à la famine et à la maladie, le 21 septembre 1945. Sa petite sœur Setsuko, est morte seulement quelques mois avant lui. Le récit revient alors en arrière, témoignant des événements passés où le malheur des deux enfants débute.

La Tombe des lucioles raconte l'histoire de Seita et de Setsuko, un couple de frère et sœur qui se voient obligés d'errer dans un Japon à feu et sang, ravagé par la guerre et les bombardements américains de 1945. La ville de Kōbe ne ressemble plus qu'à un brasier funéraire géant, où la mère des deux enfants perd la vie. Ses ossements sont alors rassemblés dans une petite boîte conservée précieusement durant tout le périple, faisant office de trésor. Le père, quant à lui, lieutenant dans la marine, est porté disparu et reste injoignable dans ce contexte de crise.

Abandonnés à leur sort, les enfants décident de fuir, Seita emportant sa petite sœur sur son dos. Le jeune garçon estime préférable de cacher le décès de la mère à Setsuko, qui finit tout de même par comprendre qu'ils sont désormais seuls et livrés à eux-mêmes. Les deux orphelins vont alors être recueillis un temps par une tante cruelle, qui les harcèle constamment et les prive de nourriture.

L'aîné n'accepte plus cette situation et décide de repartir. Ils s'organisent alors une vie à deux dans une cave sombre et insalubre, où néanmoins ils gagnent une forme d'indépendance. Ils occupent leurs journées par des baignades dans un lac à proximité de leur abri, mais le plus important reste la recherche de nourriture, car ils ne bénéficient plus des tickets de rationnement.

Pour échapper à leur situation et à leur avenir incertain l'espace d'un instant, les enfants font appel à leur imagination. C'est dans ces moments-là qu'ils retrouvent une âme d'enfant. Ainsi, quand vient la nuit, Seita et Setsuko partent à la chasse aux lucioles, qui éclairent leur caverne et leur tiennent compagnie.

Pour assurer leur survie, Seita vole dans les potagers et pille les maisons pendant les bombardements, lorsque les villageois sont terrés dans les abris. Mais ses maigres butins ne suffiront pas à les sauver : lui et sa petite sœur finissent par mourir lentement, emportés par la maladie et la famine.



Le texte

La Tombe des lucioles met en scène une relation fraternelle sans faille, où chacun est la raison de vivre de l'autre. Ce récit dramatique contient une trame historique qu'est la Seconde Guerre mondiale, avec les bombardements violents et meurtriers des Américains sur le sol japonais.

De plus, on retrouve tout un fond culturel où des termes japonais sont employés : tabi qui désigne des chaussettes en coton où le gros orteil est séparé des autres doigts, kokumingakkō qui correspond aux écoles primaires « nationales », où l'accent était mis sur les valeurs nationalistes prônées par les autorités militaires durant la guerre... Cet emploi de la langue nippone permet une véritable plongée dans le texte et ancre l'histoire dans une certaine réalité.

Cette histoire, l'auteur l'a vécue, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Il nous la retranscrit ici au travers de deux voix et regards enfantins et, malgré tout, Nosaka attribue une certaine maturité à ses personnages, qui sont les seuls maîtres de leurs destins. Condamnés à vivre sans attaches, ils ne doivent et ne peuvent que compter l'un sur l'autre. Seita doit assumer son rôle de grand frère et assurer la survie de sa petite sœur, plus fragile mais néanmoins lucide sur la situation.

Les thèmes de l'amour, de la guerre et de ses conséquences (la perte, l'errance, la misère et la famine la plus extrême) sont au cœur du livre et sont mis en scène par un langage très dialogué, poétique, ainsi que des images bouleversantes de réalisme, réalisées par Nicolas Delort pour cette réédition de l’ouvrage chez Picquier en 2009.

Patrick De Vos, le traducteur, écrit dans son introduction à propos de l'ouvrage : « un style inimitable – le traducteur a presque envie de dire intraduisible – que l'on reconnaît d'abord à son brassage de toutes sortes de voix, de langues, la plus vulgaire comme la plus classique, où se déverse par coulées enchaînées les unes aux autres le flot ininterrompu des images. Ses histoires ne sont pas linéaires, elles avancent par à-coups, reviennent brusquement en arrière, obliquent sans prévenir, brouillant la structure narrative. »


« La nuit venue, les grenouilles-taureaux coassaient dans le réservoir d'eau tout proche et de art et d'autre du flot vigoureux qui s'en écoulait, parmi l'herbe drue, c'était des scintillements de lucioles juchés chacune au bout d'une feuille, il suffisait de tendre la main pour faire monter les petites lumières le long des doigts, « Regarde ! Essaie de la prendre ! », il en fit tomber une sur la paume de Setsuko, mais elle ferma si fort son poing qu'elle l'écrasa, une odeur âcre qui vous picotait les narines lui restait au creux de la main, au milieu des ténèbres lisses du moi de juin, à Nishinomiya certes, mais au pied de la montagne, où les bombardements on s'en souciait peu, comme du malheur des autres. »




La notion d'image

La notion d'image est centrale car le livre se prête parfaitement à l'illustration et à la mise en image, à travers le récit riche de descriptions, marquées par un réalisme impressionnant.

Ainsi, la nouvelle d'Akiyuki Nosaka a été adaptée au cinéma par Isao Takahata en 1988. Ce dernier reproduit fidèlement l'univers de La Tombe des lucioles qu'il transpose dans un film d'animation, intitulé en français Le Tombeau des lucioles. On peut noter que la production du Studio Ghibli a été accueillie favorablement par le public et les critiques.
Le-tombeau-des-lucioles.jpg


L'alliance image-mots

Les illustrations appuient ici le sentiment de détresse suscitée par le texte. L'illustration devient une explication du texte, une retranscription visuelle des mots, les rendant encore plus percutants et marquants.

On peut reprendnosaka-akiyuki-nicolas-delort-la-tombe-des-lucioles-02.jpgre la devise du magazine Paris Match pour illustrer ce propos : « Le poids des mots, le choc des photos ». E n effet, d'un côté il y a le pouvoir des mots et de l'autre, la force de l'image qui est également capable de parler d'elle-même. Ici, l'image est en même temps complémentaire du texte, mais aussi indépendante, dans le sens où la lecture de celle-ci peut se faire seule, sans nécessité de légende. On arrive à déchiffrer les sentiments des personnages et à comprendre la situation par la position des corps et les couleurs employées.
 
Le travail de Nicolas Delort permet de s'adresser éventuellement à un public plus réceptif et sensible aux images qu'aux mots eux-mêmes. L'image est alors plus parlante, elle apporte une autre  vision que la nôtre, permettant une confrontation de lectures du texte. Ainsi, elle enrichit le récit d'un point de vue esthétique mais aussi d’une autre lecture. Elle apporte des éléments auxquels le lecteur n'a pas forcément prêté attention.



Mon avis : choix de l'ouvrage

J'ai fait le choix de présenter cet ouvrage car tout d'abord, l'histoire m'a bouleversée en elle-même. Le texte m'apparaissait déjà frappant par la justesse des mots. L'histoire est belle et dramatique mais l'auteur arrive à ne jamais tomber dans l'excès, il ne force pas les sentiments du lecteur. Toutefois, celui-ci ne peut rester de marbre devant la situation vécue par les deux personnages, qui suscite une émotion forte, qu'elle soit positive ou négative. Ainsi, à la lecture, les images me venaient déjà en tête, Nosaka faisant la description des personnages et du cadre.

Cet ouvrage se prête sans problème à l'illustration, comme le démontre Nicolas Delort qui a parfaitement réussi à restituer toute la « profondeur dramatique de cette période, la tendresse des liens qui unissent les deux enfants, l'intensité poétique et visionnaire du texte de Nosaka », pour reprendre les mots de l'éditeur.

En effet, ses illustrations sont poignantes de réalisme et il a su retranscrire l'ambiance et l'esprit du livre, ainsi que les émotions vives que j'ai ressenties lors de la lecture.

J'ai eu un véritable coup de cœur pour l'histoire et le travail d'accompagnement de Nicolas Delort, ce qui explique mon choix de présenter ce livre et je le recommande vivement pour un moment de poésie fort et intense, bien que très triste.


Caroline T., 1ère année éd.-lib.



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