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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 19:00
Yoko Ogawa, Amours en marge 1










OGAWA Yōko
Amours en marge,
1991
Actes Sud, 2005

Babel, 2009


 

 

 










Ogawa Yoko




Yōko Ogawa, est une auteure japonaise de très courts romans pour lesquels elle a reçu de nombreux prix japonais et français.  Elle est l’auteur de l’Annulaire et de La formule préférée du professeur qui ont été adaptés au cinéma français en 2005.  Ses romans ont été traduits en français, en allemand, en anglais, en italien et même en grec ! Amours en marge est le premier roman « long » de Yōko Ogawa (il fait 190 pages). Il est sorti au Japon en 1991 et publié en France en 2005. On y retrouve le thème de la mémoire, un sujet cher à cette auteure de romans à succès.

 






C’est l’histoire d’une jeune femme dont on ne connaîtra pas le nom et qui souffre de bourdonnements d'oreilles. Ses bourdonnements prennent des formes variées. Il arrive qu’elle entende un bruissement de fond qui couvre tous les autres bruits, ou alors c’est le son d’un violon qui vient lui caresser les tympans, ou encore les sons de l’ordinaire qui s’amplifient et qui l’assourdissent. Elle se sent agressée par tout ce bruit, si bien qu’il faut chuchoter pour lui parler. Tout le roman se construit autour ce mal dont elle souffre. Elle a pourtant suivi un traitement dans une clinique, la clinique F,  spécialisée dans ce genre de maladies auditives. Le roman commence et s’achève par cette clinique. Notre héroïne va faire une rechute au début du roman mais elle finira par guérir complètement.

L’intrigue commence par une table ronde, dans un hôtel. La jeune femme est interviewée avec d’autres malades au sujet de leurs troubles auditifs pour un magazine de santé. Elle découvre, en racontant son expérience, que ses bourdonnements sont apparus le lendemain de sa séparation avec son mari. Un sténographe recueille ses paroles. Il s’appelle Y. Très rapidement, nous n’assistons plus à l’interview car toute l’attention de la femme est portée sur le mouvement des doigts du sténographe. Elle et lui vont être amenés à se revoir. Il n’existe pour elle presque que pour ses mains. Persuadée que des mains aussi fascinantes peuvent guérir ses oreilles, la jeune femme va se confier à Y qui immortalisera ses paroles sur son calepin. Elle replonge dans ses souvenirs. Le roman est rythmé par ces rencontres et ces voyages dans le temps. Il avance au fur et à mesure que le calepin se vide de ses pages. Y et la jeune femme ont une relation étroite et silencieuse. Il est toujours là pour elle. C’est un jeune homme mystérieux dont on comprend la présence à la fin du roman. Le deuxième homme à s’inquiéter de la santé de la jeune femme est Hiro, son neveu, qui s’occupe d’elle alors que toute sa famille la rejette à cause de l’échec de son mariage.

Amours en Marge est un roman d’amours. C’est d’abord un amour d’enfance avec le petit garçon de ses souvenirs que l’on découvre lorsqu’elle se laisse submerger par sa mémoire. Ce souvenir lui reviendra souvent. Ensuite, l’amour raté avec son ex-mari est la cause de sa maladie. Même si cette ancienne relation est peu évoquée, elle reste l’origine de l’intrigue. Et enfin, c’est un amour ambigu qui se construit avec le sténographe. On ne sait pas si elle est amoureuse de l’homme ou de ses doigts.

Amours en marge est aussi une histoire de monde à part. A cause de ses oreilles, la jeune femme est en marge. Ses bourdonnements l’empêchent de se mêler au monde extérieur. Elle est observatrice et nous décrit avec douceur et finesse ce qui l’entoure. Mais sa mise en marge la pousse à entrer en elle-même, à vivre dans sa mémoire et à mettre le présent de côté. De plus, on a l’impression que les personnages de Y, Hiro et la jeune femme sont les seuls de ce roman. Ils sont comme coupés du monde. Les personnages qu’ils peuvent croiser sont présents et transparents à la fois. Toutes ces nuances de présence et d’absence font que le lecteur est en marge lui aussi. L’auteure nous fait plonger complètement dans un univers à part et une fois la lecture commencée, le monde qui nous entoure nous semble silencieux. Ces mises en marge pourraient nous faire croire que Yōko Ogawa nous parle de solitude et d’isolement, mais c’est en fait une histoire de partage, d’échange et de communication. Hiro et Y aident la jeune femme à sortir de sa mémoire qui s’impose à elle et la poussent à communiquer avec le monde extérieur.

L’univers dans lequel nous fait plonger Yōko Ogawa, est un univers sensuel. Les cinq sens sont à l’honneur dans ce roman. Commençons par les oreilles. C’est le thème principal du roman. Elles perçoivent des bruits violents et des bruits plus doux. Elles écoutent le silence. L’héroïne se rappelle un cornet acoustique qu’elle avait vu pour la première fois dans un musée avec son premier amour. Cet objet revient souvent dans le texte. C’est comme si amour et oreilles étaient inséparables. Ensuite, vient le regard. Il permet à la jeune femme d'observer le monde qui l’entoure pour mieux nous le décrire. La bouche qui chuchote exprime le mal dont elle souffre et confie ses souvenirs. Les mains sont représentées par le sténographe. Yōko Ogawa, à travers la jeune femme, nous les décrit maintes et maintes fois. La malade caresse et saisit les doigts de Y avec ses propres mains ou bien elle découvre par le toucher les courbes des lobes de ses oreilles. Enfin, le nez et l’odeur ont aussi leur place dans le roman. Un de ses passages les plus poétiques selon moi est celui qui raconte l’histoire de la chambre au jasmin de l’hôtel. L’auteure, par la justesse et la force de ses mots ainsi que par sa description de petits détails nous entraîne dans son univers si sensuel. Le lecteur peut facilement s’imaginer aux côtés des héros grâce ces descriptions si précises qui font qu’on a l’impression d’entendre, de voir, de toucher et de sentir le monde dans lequel ils vivent.

Cet univers bruyant et silencieux à la fois où nous projette Yōko Ogawa semble irréel. Amours en marge nous touche par sa douceur. Bien que les bruits dérangent la jeune femme, on les imagine étouffés. Comme si l’on marchait dans de la neige. Le dernier mot du roman est « silencieuse ». Comme vous l’aurez compris, le silence est à l’honneur. C’est donc une atmosphère très douce et apaisante qui nous enveloppe lors de la lecture de l’ouvrage. On a presque envie d’en parler en chuchotant. Le lecteur découvre la clef de ce monde enchanteur au moment de la chute surprenante et troublante. On y comprend que tout est lié, du petit garçon des souvenirs au sténographe, en passant par une vieille photo dans un hangar et par l’hôtel. Peut-être le roman nécessite-t-il une relecture afin de trouver tous les indices subtilement déposés par l’auteur tout au long de l’intrigue. Mais une seule suffit pour nous séduire.

Image 3
 
Si les bourdonnements d’oreilles vous intéressent, vous pouvez lire aussi Le chasseur Zéro, de Pascale Roze, qui a reçu le prix Goncourt en 1996. Cette auteure française aborde tout à fait différemment ce problème auditif. C’est l’histoire d’une jeune fille, Laura, qui souffre de bourdonnements d’oreilles. Contrairement à l’héroïne d’Amours en marge, elle ne se soigne pas. Elle compare ses bourdonnements au vrombissement de l’avion d’un kamikaze japonais qui aurait tué son père lors d’une opération militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. En contraste avec Yōko Ogawa, ce thème est traité de manière plus violente, plus saccadée. Ici, les bourdonnements nous dérangent, les bruits sont violents, forts, assourdissants. Mais selon moi, cette violence correspond parfaitement à la décadence de Laura. Un livre à lire.



Sara, 1ère année Ed.-Lib.


OGAWA Yōko sur LITTEXPRESS


 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 




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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

 

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articles d'Axelle, de Marie, de Laura sur Le Musée du silence,

 

 

 

 

 

 

 

 

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article de Sandrine sur La Grossesse,

 

 

 

 

 

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articles de Léa, de Lise, de Maëla sur L'Annulaire,

 

 

 

 

 

 

ogawa-Paupieres.jpg

 

 

articles de Maylis, d'E.B.,  de Delphine, de Marie sur les Paupières,

 

 

 

 

 

 


benediction-inattendue.jpg

 

 

 

article de G. sur La Bénédiction inattendue.

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