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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 07:00

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Olivier ADAM
Le coeur régulier
Éditions de l'Olivier, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Quand je suis allée voir les falaises, le jour de mon arrivée, j'ai presque été déçue. Le ciel était gris et la mer calme, d'une teinte d'huître sableuse. Les roches se brisaient à l'équerre, nues et ternes, fracturées en maints endroits, concassées à d'autres. Tout n'était que verticalité anguleuse, arêtes coupantes. Un endroit dur, sec, désertique. Chaque année, des dizaines de désespérés y affluaient pour mourir, cette manie remontait à si loin que personne n'était plus en mesure de la dater. Il suffisait de contempler les lieux pour se faire une idée de leur état mental, de la dureté de leur douleur, du tranchant glacé du néant qui les rongeait. Plus de larmes. Plus de colère. Plus le moindre sentiment. Tout n'était qu'aridité, puits sans fond, ténèbres. Est-ce que Nathant en était là? Et ce couple? Hier au dîner ils semblaient si opaques. Deux blocs d'une pâleur nacrée, d'une froideur de métal. « Cette fois il n'aura pas réussi à les en empêcher », m'a glissé Hiromi au petit déjeuner. Elle avait l'air fascinée. Elle m'a scrutée longuement, m'a observée avaler mes oeufs brouillés. On aurait dit qu'elle cherchait à savoir si moi aussi j'étais venue pour ça. Si elle m'avait posé la question, je crois que je n'aurais pas su lui répondre. » (p.19).

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Au premier abord, Sarah mène une vie parfaite : une belle maison en banlieue parisienne, deux beaux adolescents à l'avenir prometteur, et un mari d'une perfection exemplaire. La vie dont tout le monde rêve, sauf que Sarah a le sentiment d'en avoir perdu le mode d'emploi. Le jour où Nathan, son « presque jumeau », meurt étrangement dans un accident de voiture, elle ressent le premier choc qui la sort peu à peu de sa léthargie. Le réveil prend alors la forme d'une lente dégringolade, au cours de laquelle Sarah avance, recule, s'égare. Rongée par la solitude, le remords et l'incompréhension, elle décide de s'envoler pour le Japon, pays dont Nathan était revenu mystérieusement transformé. La voici donc partie sur les traces de son frère, et en particulier sur celles d'un homme, Natsume Dombori, flic à la retraite reconverti dans le sauvetage de suicidaires. Au cours de ce voyage à la frontière du réalisme et de l'onirisme, Sarah découvre et se redécouvre, titube parmi ses souvenirs et tente de trouver des réponses, sans être tout à fait certaine de ses questions.

Plus qu'un énième roman explorant le thème du deuil, ce livre emporte le lecteur dans une valse au rythme lent et régulier, dont la principale danseuse ne cesse pourtant d'évoluer à contretemps. Nonobstant, il ne délivre aucune ligne de conduite à tenir ni remède à la douleur de la perte, mais explore les possibles. À travers une prose fortement descriptive et poétique, l'auteur évoque la quête identitaire, multiplie les questionnements et débats intérieurs en allant chercher au plus profond des sensations. Les paysages, aussi bien extérieurs qu'intimes, s'entremêlent et se contredisent sans cesse au fil des souvenirs et du périple de Sarah. Le va-et-vient incessant au sein d'une chronologie éparpillée imite parfaitement ici les mouvements complexes du coeur de la protagoniste, dans sa destruction passive et pourtant violente comme dans sa reconstitution. Une exploration surprenante, exotique tout en demeurant toujours extrêmement familière.

 

 

Lucile, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

Olivier ADAM sur LITTEXPRESS

 

« Le facebook d'Olivier Adam », par Patrice.

 

 

 

 


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commentaires

Lara 21/05/2011 14:01


L'auteur sera au Marathon des mots à Toulouse =)!


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