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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 07:00

bleys-bozonnet-pilori.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Olivier BLEYS

et Benjamin BOZONNET,

Pilori

éd. Elytis, avril 2010


   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pilori, roman graphique d'Olivier Bleys et Benjamin Bozonnet paru en avril 2010 aux éditions Elytis, retrace l'histoire d'un homme mal né, au destin tout tracé, qui essaie pourtant de ne pas renoncer. Alors qu'il est prisonnier de guerre, un seigneur, sensible à cet état d'enfermement, le sauve. Le narrateur découvre pourtant, pour un temps, une autre forme d'emprisonnement, l'esclavage, avant qu'un mendiant au tempérament de leader surnommé « Djal » l'aide à s'enfuir. Le récit, entièrement raconté à la première personne, devient ensuite initiatique ; après avoir formé un clan, les deux hommes tentent de trouver un lieu moins hostile. Leur périple s'avère difficile ; le groupe retrouve un état quasi animal mais l'issue leur semble proche quand ils découvrent enfin une terre où il fait bon vivre. Les compagnons passent alors progressivement d'une méfiance agressive à un apparent bien-être. Le narrateur surtout, qui a retrouvé son frère au cours du voyage, croit enfin atteindre la tranquillité mais sa rencontre avec une femme énigmatique fait pourtant tout basculer...
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La forme offre un réel intérêt ; sous chaque illustration (le plus souvent une par page, bien qu'elles puissent s'étendre sur deux pages quand elles sont réalisées au crayon) se trouve un texte au style soigné qui, bien que composé en alexandrins, reste tout à fait lisible. Le lecteur n'a aucun mal à suivre l'histoire. Les illustrations, quant à elles, offrent une alternance bienvenue entre aquarelle et crayon. Les mêmes couleurs sombres reviennent et sont en parfaite adéquation avec les aventures de cet antihéros ; dans l'irruption du noir et parfois de la terre et du gris sur le blanc immaculé, peut-être peut-on voir le symbole d'une humanité fortement compromise. Le trait, lui aussi, se veut torturé, nerveux, anguleux. D'abord décontenancé devant ces masses de couleurs sombres et apocalyptiques, le lecteur décèlera progressivement, s'il s'en donne les moyens, les nombreux détails qui lui avaient échappé en premier lieu.


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Ce récit linéaire, dans lequel le lecteur suit une à une les aventures d'un antihéros, présente, en outre, des personnages souvent mystérieux, difficiles à cerner comme « Djal » ou cette  femme, la seule du récit, dont les sentiments sont disproportionnés et changeants. Même si le narrateur, dans une apostrophe au lecteur, nous invite à ne pas dégager de moralité et qualifie son aventure de « sotte » et « sans raison », on ne peut que s'interroger sur des termes oxymoriques tels que destin et hasard, identité et néant, humanité et folie meurtrière qui, étroitement liés, font sens. En effet, l'auteur ne nous peint pas seulement les aventures d'un homme fragilisé par des événements qu'il ne maîtrise pas et que son instabilité pousse à commettre l'irréparable, mais bien l'histoire d'un être qui, parce qu'il a conscience du mal qu'il répand, croit retrouver un semblant d'humanité perdue depuis trop longtemps.

Angélique, AS éd-lib.


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