Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 07:00

 

 

 

Olivier-Cadiot-Fairy-Queen.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Olivier CADIOT
Fairy Queen
P.O.L, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Olivier Cadiot, né en 1956 à Paris est un poète, dramaturge et traducteur français. Avant sa première publication, l'art poetic, en 1988 à l'âge de 32 ans, il s'adonnait à des lectures orales de ses textes à l'ARC, au musée d'Art Moderne de Paris. Bien que familiarisé à l'écriture de poésie dès l'âge de 15 ans, Olivier Cadiot est un auteur qui s'engage dans le monde intellectuel français par le dire et l'audible avant le lisible. En 1993, il fonde avec Pierre Alféri, romancier et poète français, premier fils du philosophe Jacques Derrida, La Revue de littérature générale qui consacrera son premier tome à la poésie et s'affirmera comme avant-garde littéraire.

L'œuvre d'Olivier Cadiot n'est pas fermée dans un genre mais voyage entre poésie, théâtre et roman. Il signe un nouvel ensemble littéraire par une recherche du nouveau ne dépendant plus des traces de l'ancien. Jamais dans un processus d'écriture figé et définitif, Olivier Cadiot fait fusionner la poésie et le roman par l'adaptation de ses œuvres au théâtre mais aussi par des lectures publiques.



Fairy Queen

Fairy Queen d'Olivier Cadiot, publié en 2002 aux éditions P.O.L, tire son titre d'un semi opéra composé par le musicien anglais Henry Purcell en 1692. Ce livret adapte la pièce shakespearienne Le songe d'une nuit d'été mêlant amours entrecroisées, magie et mise en abyme du théâtre.

Fairy Queen d'Olivier Cadiot est une discussion entre le couple Gertrude Stein et Alice Babette Toklas. L'auteur projette le lecteur dans l'instant de leur rencontre par l'imagination qu'il fait de leurs échanges de paroles et de pensées. Par sa plume vivace au rythme saccadé, il engage le lecteur au cœur du dialogue entre ces deux femmes.

Gertrude Stein, née en 1874 à Alleghany en Pennsylvanie et décédée en 1946 à Neuilly Sur Seine, est une poétesse, écrivaine et féministe américaine. En 1904, elle vient à Paris, saisie par la fièvre artistique du quartier Montparnasse. Elle se met à fréquenter la communauté artistique de la capitale et s'entoure d'amitiés telles que Francis Picabia et Tristan Tzara. Par sa collection personnelle de tableaux et ses livres, elle participe hautement à l'expansion du cubisme et de la littérature de Hemingway et de Fitzgerald. Son génie était d'anticiper le talent des autres, son intuition flairait toujours un futur artistique, notamment avec la naissance du Cubisme. C'est grâce à cette Américaine que se développèrent la littérature et l'art moderne en France.

Alice Babette Toklas, née en 1877 à San Franscisco et morte en 1967 à Paris, est une femme de lettres américaines. D'une famille bourgeoise juive polonaise, elle fit des études de musique et pratiqua le piano. En 1907, à Paris, elle rencontra Stein dont elle partagea la vie jusqu'à la mort de cette dernière. Ensemble, elles organisèrent des rencontres où l'avant-garde de l'époque échangeait et communiquait. Leur appartement du 27 rue de Fleurus devint un des carrefours marquants de l'art et de la littérature à Paris.

À la fois confidente, critique, amante et cuisinière de Gertrude Stein, Alice Babette Toklas était une personnalité discrète. Elle fit son apparition médiatique lors de la publication des mémoires de Gertrude Stein, The autobiography of Alice B. Toklas, où l'écrivaine introduisait la voix de son amante à la première personne.



Dans Fairy Queen, Olivier Cadiot nous montre l'entrée d'une fée dans la vie d'une queen. Alice B. Toklas et Gertrude Stein partagèrent ainsi une grande partie de leur vie autour de l'art et la littérature, en formant l'un des couples les plus emblématiques de l'époque.

Tout d'abord, Fairy Queen est un livre très drôle. Olivier Cadiot propose un paradoxe amusant : les échanges conversationnels d'un couple de femmes homosexuelles, féministes et modernes autour de la cuisine, de « remontant spécial dans gâteau au chocolat », de « rillettes de canard », de « sandwich », de « dinde », de « sauce béarnaise » pour traiter du vide, du rien, de l'amour, de l'écriture,  de l'art... Ces thèmes sont abordés dans la légèreté, introduits par une anecdote amusante qui prend toujours une valeur symbolique et donne sens au texte.

 

 «  Vous connaissez ce truc ? Air Guitar, il y a même un championnat du monde, faire semblant de jouer de la guitare, à vide, comme on faisait dans les boums, zoiiiing, Santana, etc. »

 

C'est ainsi qu'elles abordent le thème du vide dans l'art.

« Rien d'important au centre ne veut pas dire rien majuscule. »

Le vide est-il une idée du rien ? Qu'est-ce que le rien ? Il est nécessairement quelque chose, sinon il ne serait pas. Peut-être un vide plein, un bruit blanc, une intuition...

Le lecteur a cette agréable impression de spontanéité à la lecture de Fairy Queen. En effet, Olivier Cadiot s'éloigne de l'analyse brute et du traitement philosophique pur des choses pour laisser place  au surgissement d'échanges francs. Ainsi, la Gertrude Stein connue de tous, intellectuelle et collectionneuse d'art est mise de côté pour l'expression d'un « je » distancié et plein d'auto-dérision.

Jamais l'auteur ne contraint le lecteur ni à la difficulté face au texte, ni à la confidence directe et réfléchie. Au contraire, les thèmes sont abordés de façon inconsciente et se profilent naturellement ce qui leur donne une profonde véracité.

Le plaisir à la lecture de Fairy Queen vient aussi du style d'Olivier Cadiot. Son écriture est empreinte d'une musicalité moderne. Le croisement du français (langue dépeinte par son essor de mots) et de l'anglais (tendance au court, au concentré, à la synthèse) produit un naturel amusant au texte. À la lecture de ce livre, une impression d'écriture libre nous envahit, comme un effet de vitesse qui bouleverse par l'émergence de la précision brutale des mots. Cadiot fonde son travail d'écrivain sur une déconstruction, qui n'est pas fatigante pour le lecteur et crée un ensemble démentiel mais éclatant de sens. Ce bloc d'écriture est composé de deux parties :

– l'anecdote, le spontané, l'oralité tout en fragments et surgissant d'une conversation, d'une pensée, d'une vision, d'un souvenir...

– l'émergence du roman qui découle naturellement de la première partie, ainsi que de la lecture qu'en fait chaque lecteur.

« Je vois les formes comme des contenus et les contenus comme des formes. » Olivier Cadiot.

Par ce procédé d'écriture, Olivier Cadiot fait entendre un son de voix particulier qui se structure par un style unique, difficile à répertorier. L'auteur parle de « tordre la langue », de « collision de mots pour produire de la pensée. » Ce démantèlement amène un surgissement de l'oralité.

Fairy Queen est un livre aux frontières vaporeuses. En effet, Olivier Cadiot navigue entre les pensées personnelles d'Alice Babette Toklas, un déroulement d'images et d'actions décrit par énumération et le dialogue entre les deux femmes. Il marque la différence par une écriture pleine de conventions, sans réelles indications typographiques.

 

 « Volontiers, mais ouiiii, je hurle intérieurement, c'est ça que je voulais, yes, nom de dieu, bingo, mais avec joie, c'est ah comment vous dire ? »

 

Ainsi, Olivier Cadiot ne se contente pas de nous communiquer simplement quelque chose de façon linéaire. Il appelle les lecteurs à une vraie expérience par l'élucidation afin de donner corps au texte. La forte interactivité dans Fairy Queen amène une grande satisfaction aux lecteurs qui, complètement intégrés dans le roman, s'amusent du défi qu'apporte le style de l'auteur.

In fine, une écriture basée sur l'échange, la rencontre entre deux subjectivités qui s'atteignent et partagent dans un naturel conversationnel prégnant. Chez Olivier Cadiot, la poésie et l'oralité se confondent pour former l'essence même de son écriture.

Gertrude Stein et Alice B. Toklas renaissent touchantes et drôles sous la plume d'Olivier Cadiot. L'auteur laisse de côté leurs personnalités publiques pour parler cuisine et partager un moment authentique avec le lecteur. Doucement, dans une ambiance légère où les rapports sont relâchés, Olivier Cadiot aborde la rencontre entre ces deux femmes célèbres par une biofiction en forme de dialogue vif et drôle, sur un rythme d'oralité.



Samantha, AS édition-librairie




Bibliographie


Fairy Queen, Olivier Cadiot, P.O.L, octobre 2002.
Un nid pour quoi faire, Olivier Cadiot, P.O.L, octobre 2006.


Les sites officiels

http://www.pol-editeur.com/
http://www.theatre-contemporain.net/


Les entretiens

http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-olivier-cadiot-2012-10-18


Les articles en ligne

http://www.lepoint.fr/arts/gertrude-stein-une-rose-est-une-rose-est-une-rose-est-une-22-09-2011-1377616_36.php
http://www.lexpress.fr/culture/livre/gertrude-stein_933472.html














Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives