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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 07:00

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Olivier ROLIN
Bakou, derniers jours
Seuil, Fictions et Cie, 2010
Points, février 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Écrivain français née à Boulogne-Billancourt en 1947, Olivier Rolin passe son enfance au Sénégal. Très engagé politiquement, il prendra la tête de la branche armée de Gauche prolétarienne (d'influence maoïste), plus connue sous le nom de « Nouvelle Résistance Prolétarienne » (NRP).

Il sera par la suite éditeur au Seuil, puis journaliste à Libération et au Nouvel Observateur. Se tourne ensuite vers l'écriture et obtient en 1993 la prix Fémina avec Port-Soudan.


« D'ailleurs ce récit que j'écris, que vous lisez, à quoi ça rime ? Et d'abord, qu'est-ce que c'est ? Un journal de voyage, des lambeaux de souvenirs mal cousus entre eux, un testament ? "Un livre sur rien", presque sans sujet, ou dont le sujet reste presque invisible, comme le rêvait Flaubert (mais alors il faudrait qu'il tienne "par la force de son style", et ce serait évidemment présumer de mes forces)? C'est une promenade sur un fil. Un monologue à basse voix, pour des oreilles patientes, attentives. Une lettre à des amis, connus ou inconnus. Ils me pardonneront peut-être de mettre de l'ordre dans mes papiers : après tout, si je suis ici, à Bakou, c'est pour voir si la mort y a rendez-vous avec moi ».


Bakou, derniers jours est l'histoire d'une mort auto-annoncée, celle d'Olivier Rolin lui-même. Alors qu'il revient d'un voyage en Afghanistan en 2003, pour France Culture, il fait escale à l'hôtel Apchéron, à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan. Rolin, à l'époque, travaille sur un ouvrage, Suite à l'hôtel Crystal (publié en 2004), composé de petites histoires se déroulant toutes dans des chambres d'hôtels. Il décide, dans l'une d'entre elles, de mettre en scène son propre suicide. Une mort fictive (au pistolet Makarov 9 mm) qu'il se donne à Bakou, en 2009, dans une sinistre chambre portant le numéro 1123.

Sept ans plus tard, voulant vérifier ses écrits, Rolin s'envole pour le Caucase, ses amis n'ayant pas réussi à le dissuader de partir.

 

 


L'Azerbaïdjan

La République d'Azerbaïdjan est située dans la partie ouest du Caucase sur les rivages de la mer Caspienne. Sorti depuis 1991 de l'ancienne URSS, le pays se déclare officiellement indépendant et démocratique, bien que Heydar Aliyev, ancien secrétaire du parti communiste azéri, prenne les rennes du pouvoir de 1993 à 2003. Son fils, Ilham, est aujourd'hui président. Très riche en pétrole, l'Azerbaïdjan est politiquement allié avec les États-Unis.

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Comme le dit Rolin, on ne peut pas vraiment trouver de réel sujet dans ce Bakou, derniers jours. Difficile d'en parler, tant l'auteur s'y perd. Toutefois, le titre laisse planer une ombre, celle de la mort. S'il fallait trouver une colonne vertébrale au texte, de toute évidence, elle serait celle-ci.

 

 

 

Un décor adapté

L'arrière-plan et le décor dans lequel évolue Rolin tout au long du récit est relativement glauque. Les endroits qu'il visite avec son guide sont souvent empreints d'une atmosphère et d'une ambiance proches de la mort. Elle n'est en tous cas jamais loin.

Dès son arrivée à Bakou, il compare la Caspienne au « funeste Achéron », célèbre fleuve des Enfers dans la mythologie grecque. L'Azerbaïdjan, connu pour ses ressources pétrolifères, offre à l'auteur des décors apocalyptiques dignes des plus belles friches industrielles post-soviétiques, où désolation et ambiance de bout du monde règnent en maître. En parlant des paysages de l'Apchéron il dit :

« [Ses] paysages sont magnifiquement désolés. Steppe fauve, hérissée de tout un fouillis de métal, pylônes électriques, cuves à pétroles, tuyaux noirâtres, suintants, courant en tous sens, poteaux inclinés, vannes rouillées, épaves de camions, de tracteurs à chenilles. Des taillis de grêles derricks haubanés, des champs de pompes dont la tête d'insecte géant oscille en grinçant.[…] Au milieu de ce fourbis paléo-industriel, des décharges fumantes entourées de barbelés, des flaques de pétrole, des étangs d'eau mazouteuse, couleur de sang, gorgés de débris. […] Balakhani, Surakhani, Bibi Heibat : paysages de l'enfer. Par endroits, la terre brûle. A Yanar Dag (la Montagne en feu), des flammes ronflantes sortent du rocher. Azer est un mot perse pour dire " feu ", l'Azerbaïdjan, c'est la terre de feu ».

C'est dans ce genre de décor qu'il se plaît à citer ses auteurs préférés. Il a d'ailleurs emmené dans ses bagages plusieurs ouvrages ayant pour thème centrale la mort. D'Essenine (le poète-paysan), dont il visite le musée à Bakou, en passant par Jorge Semprun, Iouri Tynianov, Arthur Schnitzler, ou encore Roland Barthes. On le retrouve d'ailleurs plus loin, en extase, au milieu de la friche industrielle de Sumgayt :

« Paysage d'un monde d'après une catastrophe, décor pour un roman de l'école post-exotique (je pense au New Yagayane d'Avec les moines-soldats, de Volodine/Lutz Bassmann) ».

Ambiance mortifère dont Rolin semble retirer un réel plaisir. On le suit en effet à plusieurs reprises, se promenant au milieu de cimetières, cherchant en vain des visages familiers sur  les pierres de marbre noir.

 

 


Des figures

Dans ce magma informe qu'est Bakou, derniers jours, outre les personnes rencontrées en chemin, Rolin s'attarde volontairement sur quelques figures plus ou moins illustres, ayant des liens directs avec la terre d'Azerbaïdjan. Le jeune gauchiste passionné refait alors surface. Son dégoût pour Staline n'enlève rien à l'affection qu'il porte au  jeune Koba (surnom du dictateur durant sa jeunesse), qui menait à Bakou, au début du siècle dernier, des activités révolutionnaires. Un long passage est aussi dédié à Richard Sorge, ancien espion communiste, fait prisonnier et pendu par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale.

Les nombreuses références littéraires auxquelles il fait allusion sont souvent accompagnées de citations. Hemingway, Aragon, Montaigne, Proust, y sont à l'honneur.

 

 

 

La mort tournée en dérision

L'atmosphère et le cadre aidant, Olivier Rolin va jouer avec la mort. Le caractère testamentaire de Bakou, derniers jours en témoigne. Dès les premières phrases du récit, l'auteur parle de lui à la troisième personne. « Le promeneur » comme il s'appelle. Ce n'est donc pas lui, mais un autre lui qui déambule dans les ruelles de la capitale azéri, le long du palais des Shirvanshas. « Cet homme à cheveux gris dont l'itinéraire, chaque soir, est presque aussi invariable que celui d'Emmanuel Kant à Königsberg (la comparaison s'arrête là), c'est moi ».

Le gris, comme celui des clichés pris par l'auteur pendant son séjour. Décors figés qui semblent en décalage avec le récit. Comme pour faire le lien avec le lecteur entre vie et au-delà, rêve et réalité. Son autoportrait sur la page de couverture est d'ailleurs assez saisissant. Le visage fermé et grave : Olivier Rolin serait-il réellement mort ? « toute photographie écrase le temps, produit un "futur antérieur" de la mort ».

Qu’en est-il au juste de son rendez-vous avec l'éternité ? Celle de l'hôtel Apchéron ? On apprend finalement assez tôt que l'endroit a été détruit deux mois avant son arrivée, laissant place à un « machin stalino-vénitien aux dimensions mirobolantes ».

Pendant son séjour à Bakou, Rolin va faire une courte halte au Turkménistan, de l'autre côté de la Caspienne. Pays ô combien atypique, par son régime et les frasques de son ancien dictateur. Lors d'une visite sur un site antique, il raconte :

« Beaucoup d'oiseaux agités et jacasseurs […], un coucou dont le cri, le nombre de fois où il est répété, indique [...] les années qui vous restent à vivre : or cela m'intéresse beaucoup, pas par anxiété particulière mais parce que c'est ce genre de jeu qui m'a mené ici, dans les steppes d'Asie centrale ».

Même si, dans certains passages, Rolin fait preuve d'une analyse fine de sa condition d'écrivain, de sa propre existence du sens qu’il lui donne, il n'en reste pas moins ironique. L'épisode où il tente d'imaginer toutes les morts auxquelles il a échappé à Bakou montre la dérision dont il fait preuve, portant ainsi un regard décalé sur sa propre mort. « D'ailleurs Montaigne (que j'avais invité aussi à faire le voyage) ne conseille t-il pas de prendre "une voie toute contraire à la voie commune" : cet ennemi qu'est la mort, dit-il, "ôtons-lui son étrangeté, fréquentons-le, accoutumons-nous à lui"».

 

 

Point de vue

Olivier Rolin nous entraîne avec ce récit dans ses pensées. Difficile d'en retirer une quelconque structure. À cheval entre le carnet de bord, le récit de voyage, et le journal intime, l'auteur se fait avant tout plaisir. Malgré une maîtrise certaine du verbe, il peut parfois donner l'impression d'un gigantesque fourre-tout, au risque de lasser son lecteur.




Complément

Dans un long chapitre, Rolin évoque le Turkménistan. L'occasion de découvrir le mystérieux Ruhnama (le Livre de l'Esprit), écrit par l'ancien dictateur Saparmourat Niazov. Délire mégalomaniaque analysé avec brio par le réalisateur finlandais Arto Halonen dans son documentaire "Pyhän kirjan varjo" (L'Ombre du Livre Saint)  que je vous conseille vivement. Ici.

 

Florian, A.S. Bib.-Méd.


 

Olivier ROLIN sur LITTEXPRESS

 

 

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Articles de Chrystelle et de Barbara sur L'Invention du monde




 

 






Articles d'Aurélie et de Marie sur Tigre en papier.



 

 

 

 

 

 

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commentaires

mélanie 13/02/2011 19:16


ah la passion des cartes... un nouvel atlas pour noël prochain peut-être?


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