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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 14:19












Olivier ROLIN
Tigre en papier

Seuil, Fictions et compagnie, 2002
Points, 2003
















Olivier Rolin est né en 1947. C'est une donnée qui me paraît importante dans la mesure où le personnage principal, Martin, appartient à la même génération que son créateur. Dès le départ, on sent un lien fort entre les deux, comme si, de temps à autres, les deux voix, celle de l'écrivain et du personnage, se confondaient.

Le roman est présenté en grande partie sous la forme d'un dialogue, qui ressemble plus à un monologue, étant donné que l'on entend surtout l'un des personnages parler. Martin, qui a donc une petite soixantaine d'années, se trouve dans sa voiture avec une jeune fille d'une vingtaine d'années, Marie, la fille de son meilleur ami, « Treize », mort lorsqu'elle avait quatre ans. Il lui raconte sa jeunesse et celle de Treize, à la fin des années 60 : une bande de jeunes aux idées révolutionnaires qui font les quatre cents coups pour défendre les idées qu'ils croient justes. Mais le ton est désenchanté, il ne laisse pas transparaître des regrets mais la nostalgie amère d'une époque que Martin avoue lui-même détester.

Parfois, la narration bascule du « je » au « tu », de l'histoire de sa jeunesse et de ses confrères à des souvenirs plus profonds, plus confus. On n'est pas sûr que ces passages soient vraiment racontés à la fille de Treize, ils apparaissent comme un monologue intérieur, de longues minutes dans la pensée, qui nous plongent dans le souvenir d'un voyage au Vietnam sur les traces du père de Martin, mort à la guerre, mais qui ne pourraient durer que quelques secondes de silence dans la réalité, le temps d'une pause entre deux phrases.

L'espace est aussi un élément important du roman. On est tantôt à pied, dans le centre de Paris en début de soirée, à la recherche de la voiture de Martin, mais aussi dans les souvenirs d'un autre temps à travers les pensées du narrateur, tantôt dans cette même voiture, dans le présent, en pleine nuit, à faire plusieurs fois le tour du périphérique, jusqu'à ce que l'aube surgisse à l'horizon et éteigne petit à petit les lumières, les néons, les enseignes éclairées de couleurs qui semblent surréalistes dans la nuit.


La narration fluide, dans un style que je trouve beau, poétique, est entrecoupée de ces mots tranchants, laids, pourrait-on dire, quand on les associe à ce qu'ils représentent.

« Vert émeraude sur bleu nuit PERIPHERIQUE INTERIEUR FLUIDE PERIPHERIQUE EXTERIEUR FLUIDE.

Emeraude tu aimes ce nom, va savoir pourquoi. A cause d'Esmeralda, la première fille qui t'ait fait rêver sous les traits, mieux vaudrait dire les courbes de Gina Lollobrigida ? Ou bien parce qu'enfant tu passais tes vacances sur la côte d'Emeraude ? Pas de planches à voile ni de hors-bord ni rien sur l'eau, la mer était vide comme sur les tableaux [... ] »



J'ai eu un avis assez mitigé au départ, qui s'est petit à petit éclairci.

L'entrée dans le roman m'a semblé difficile, laborieuse. Trop de dates, trop d'éléments appartenant à une époque qui m'est totalement inconnue, si ce n'est les quelques cours que j'ai suivis puis oubliés au lycée. La fin des années soixante, les guerres d'indépendance, tout ce qui a nourri les idées révolutionnaires, utopistes, héroïques, propres à cette période. Des choses qui me semblent être à des milles de ma sensibilité.

Et pourtant... Le livre, une fois fermé, m'a laissé une impression de flou, un goût amer, mais beaucoup d'espoir. Et plus le temps passe, mieux je comprends, et mieux j'apprécie la profondeur de ses mots, la beauté de ses images, et son style désespéré, mais pas pathétique.

Marie, 2e année Ed.-Lib.

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