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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 19:30











Olivier
ROLIN
L’Invention du monde

Editions du Seuil,
Coll. Fictions & compagnie,1993
 Points, 1995

        















Quelques éléments biographiques


Olivier Rolin est né en 1947 à Boulogne-Billancourt. Il passe son enfance au Sénégal, puis sa famille regagne Paris afin qu’il fasse ses études à Louis-le-Grand puis à l’Ecole Normale supérieure d’où il sort diplômé en philosophie et en lettres. Outre des romans il a écrit des carnets de voyages et des essais. Il est également journaliste à ses heures ( Libération et Le Nouvel Observateur) et éditeur. Il est aussi connu pour son apassé d'activiste politique d’extrême gauche.
L’Invention du monde paraît en 1993, c’est son cinquième roman.
Rolin a reçu le prix Femina en 1994 pour son roman Port Soudan.


Le projet

L’Invention du monde est un immense projet littéraire, toute l’œuvre de Rolin depuis tourne autour.

Il s’agit d’une tentative d’enfermer le monde dans un livre, d’écrire une fiction planétaire. Car, comme Olivier Rolin l’ explique dans le post-scriptum de son livre, ce se sont les paris impossibles qui font vivre la littérature.

Il a donc choisi de raconter une journée du monde, celle du 21 mars 1989. Avec le décalage horaire cette journée dure 48 heures, le roman se compose donc de 48 chapitres. Les événements qui sont relatés ont, pour la plupart, vraiment eu lieu. Rolin s’est servi de 491 journaux  du monde entier, dans 31 langues, afin de collecter ces faits divers. Il en a tiré une encyclopédie absurde. Il y donne à voir le monde à un moment donné : sa diversité, ses contrastes, ses excès, sa violence, sa poésie et tout ce qui constitue l’existence de chacun, des petits gestes quotidiens aux accidents de parcours. Il traite du multiple par le particulier en se faisant voyeur de 1001 personnes, 1001 cultures, 1001 langues.



L’invention du monde

En réalité, il ne s’agit pas ici d’une histoire du monde mais plutôt d‘une invention du monde. Celui qui raconte est plus créateur que narrateur, il sait tout, il voit tout. Il est partout à la fois, il est  « un grand œil omniscient ». Il est en fait le créateur du monde qu’il tient dans son regard, qu’il élabore dans son discours.
 
Mais il n’est pas Dieu, le côté charnel est très présent dans le roman, le narrateur est un peu pervers. Il est donc plus proche d’un dieu antique. Il se décrit lui-même comme une « érection et une éjaculation permanentes de mots ». Dans la deuxième moitié du roman le narrateur commande aux événements, aux paysages, via le clavier d’un ordinateur surpuissant. Il multiplie les théories scientifiques incompréhensibles. Puis il est « l’Auteur », il met en scène le monde dans un  théâtre, où il fait entrer les différents personnages qui jouent leur propre rôle : les rois du monde, les riches, les pauvres…

A la fin le narrateur devient objet à son tour et toute la terre le contemple. Il sombre dans la folie, le récit est de plus en plus décousu, les points de suspension et les phrases du type « où en étais-je ? » se multiplient. On croit comprendre qu’il est enfermé avec des fous, mais dans ce roman le lecteur n’a aucune certitude. Le narrateur se plaint d’une immense fatigue « à cause de tous ces mots…ces morts veux-je dire, en dedans de moi, comme de la pierre qui me rongerait…Tous ces pendus à la voûte de mon crâne, ces bûchers dans mes tripes » (p.502 –503). Dans le dernier chapitre il doute même de l’existence du monde :
« Il n’y a pas de temps, pas de lieu, pas d’histoire ni de géographie qui ne soit un pur jeu de lettres » (p.539). Le roman se termine, comme il avait commencé, par des guillemets. A cela s’ajoute la dernière phrase « sur ces entrefaites, il se tut » : sans doute en référence au Bartleby de Melville.

L’intertextualité

C’est sous forme d’allusions plus ou moins explicites, de citations, de pastiches que l’intertextualité intervient dans cette œuvre.

Lors d’une partie de cartes, le narrateur parie qu’il peut faire le portrait d’un jour du monde. Il s’agit là d’une référence au Tour du monde en 80 jours de Jules Verne. La partie de cartes, le club des Women, Workers and Writers of the World Club et même le dialogue qui précède le pari sont similaires à ceux qu’on trouve chez Jules Verne. Mais chez Rolin Philéas Fogg est le narrateur. Le projet est le même également : entreprendre le tour du monde. Autre référence à Verne : le détracteur qui suit le narrateur partout s’appelle Fix.


Les références à James Joyce sont nombreuses. Finnegan’s Wake mêle plusieurs langues, comme le fait Rolin dans L’Invention du monde. Et comme dans l’Ulysse de Joyce tout se déroule sur une seule journée. De façon plus anecdotique, Rolin évoque un peintre qui se nomme Barnabooth, nom emprunté à un personnage de Larbaud, ami et traducteur de Joyce.

On reconnaît également des similitudes avec La Vie mode d’emploi, œuvre où Perec relate la vie domestique d’un immeuble parisien.

Le narrateur raconte le monde à plusieurs muses successives, des jeunes femmes entrevues d’abord dans des journaux, puis au cinéma ou dans une série télévisée, et qui accrochent son désir. Il s’agit là d’une référence aux Contes des mille et une nuits. Ces muses marquent les heures, les fuseaux horaires, les rotations du globe. Elles apparaissent et se succèdent d’est en ouest. Le narrateur recherche ces muses, il en a besoin, mais elles sont ignares, comme chez Homère  qui évoque le savoir limité des muses dans  L’Iliade.

Le chapitre 9 est une réécriture de Voyelles de Rimbaud. Plusieurs passages rappellent également L’Enfer de Dante : les récits de crimes sexuels et de querelles religieuses, de même que le nom d’une des muses, Selva.
 
On trouve aussi des références à Ovide, Racine, Tolstoï, Cendrars, Hemingway, Sade, Prévert, Ronsard, Molière et sans doute encore beaucoup d’autres.


Les jeux

Le narrateur fait souvent des jeux de mots, c’est assez amusant. Par exemple des trafiquants de tissu se retrouvent « dans de beaux draps », ou encore il est question de « hoquets sur glace ».

La langue

La polémique qui oppose le narrateur à Fix est prétexte à une réflexion de Rolin sur la pratique d’écrivain.

Fix,
« Anatole Fix de l’Académie française », incarne, en littérature, une position néoclassique rétrograde et académique. Il reproche au narrateur son manque de clarté et d’économie de la langue. Rolin se place en effet plus dans la lignée de l’excès de la littérature française, avec Rabelais et Hugo voire Céline. Il se réclame d’ailleurs plus souvent d’auteurs étrangers, de James Joyce notamment. Comme Céline, Rolin utilise beaucoup les points de suspension. Le style est saccadé, syncopé, il a à voir avec la langue orale. C’est une langue étonnante, torrentielle, un mélange de vulgarité, de trivialité et souvent aussi de poésie. Elle emprunte à toutes les langues et tous les registres. Le style est presque extravagant avec parenthèses, digressions, humour noir, un brin pédant parfois. Ce sont les mots qui comptent, le monde n’existe que par la représentation que l’on en donne et que l’on en a.

Mon avis

Si le projet paraît d’emblée un peu fou et que les longues listes d’événements insignifiants rendent parfois le roman difficile à lire, j’ai cependant été séduite par la poésie de la langue de Rolin.

« Car on peut aimer les lettres comme des femmes, aussi, à la taille souple, aux jambes nerveuses, aux reins creux, des femmes aux belles, aux éternelles boucles, à la fois Salomé et Shéhérazade, environnées du poudroiement de leurs bijoux et colifichets […] » (p.538)

Barbara, AS Bib-Méd-Pat



Olivier ROLIN sur LITTEXPRESS





Article de Marie sur Tigre en papier.





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