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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 19:00











Olivier
ROLIN
L’Invention du monde

Editions du Seuil,
Coll. Fictions & compagnie,1993
 Points, 1995


        
















L’auteur

Olivier Rolin est né en 1947. Après mai 68, diplômé de lettres et philosophie, il dirige la branche armée de la Gauche Prolétarienne qui suivait les préceptes du petit livre rouge de Mao, période qu’il relate dans son livre Tigre en papier sorti en 2002. L’organisation se dissout en 1973 et après quelques années vides, il devient éditeur au Seuil à partir de 1978, ensuite journaliste au Nouvel Observateur et à Libération. Il est également membre du comité de rédaction de la revue Le meilleur des mondes (thèmes : américanophobie, critique des totalitarismes et antisionisme) éditée par Denoël.

Son premier roman Phénomène futur est publié en 1983 ; en tout, il a écrit environ sept essais et neuf romans dont les thèmes les plus représentés sont l’histoire, la géographie, les femmes et les révolutions.



Sa démarche

L’invention du monde est paru en 1993 au Seuil ; c’est un gros projet littéraire qui raconte une journée du monde, d’une part avec la presse quotidienne de différents pays et avec un narrateur

Olivier Rolin a entrepris son travail deux ans avant de commencer à écrire le livre. Il s’est construit un réseau de correspondants dans le monde entier afin qu’ils lui envoient la presse du lendemain du 21 mars 1989. Pourquoi cette journée ? L’écrivain ne voulait pas choisir un jour lié à une culture plutôt qu’à une autre ; il a
donc exclu tous les jours de fête (le premier janvier pour nous par exemple), il a préféré se fonder sur un critère astronomique qui lui paraissait commun à tous les pays : le 21 mars 1989, jour de l’équinoxe de printemps. Il  donc retenu 491 journaux en 31 langues différentes, qu’il a fait traduire, qu’il a classés et triés pendant deux ans.
Le risque de cette façon de procéder était de faire un catalogue mais ce n’est pas le cas puisque l’auteur a ajouté un narrateur qui, au milieu des événements réels, raconte une histoire inventée.

Le but étant de décrire une journée du monde, on a au final des centaines d’histoires, de personnes, d’événements réels dans un récit continu avec le « je », le narrateur, qui est mêlé à tous ces événements alors qu’il est le seul à ne pas être réel.


Le début

Le narrateur, qui est écrivain, passe une soirée à jouer aux cartes dans un club avec plusieurs personnages dont Drauch son éditeur. Là il fait le pari de faire le tour du monde en quarante-huit heures : « Faire un portrait du monde, plus exactement. Le tour du monde en un jour. Excellente idée, me répondit-on, mais c’est impossible. (…) À supposer que vous y parveniez, ce sera un fatras qui tombera des mains au bout de dix pages » (p. 31). L’éditeur prend le pari mais le chapitre suivant commence par le narrateur qui nous dit : « Il est possible que je me sois endormi et que j’aie rêvé, (...) il y en a bien qui affirment que je suis enfermé, (...) il est possible que je sois fou ». (p.33). Dès le début, le réel se mêle à la fiction.

Le récit est composé en 48 chapitres correspondant aux 48 heures d’une journée, en tenant compte du décalage horaire.

Le texte comprend beaucoup d’énumérations, des centaines de personnages et d’événements qui se croisent et se mélangent. L’auteur utilise beaucoup de noms propres et mélange des langues différentes.

Le narrateur est un personnage plutôt présenté comme une entité mégalomane ; il voit tout et sait tout à la manière d’un dieu, il s’adresse à des femmes qu’il choisit, des muses et leur raconte ce qu’il se passe sur la Terre.


Un personnage récurrent


Le narrateur est poursuivi tout au long du récit par un personnage du nom de Fix (référence au Tour du monde en 80 jours) qui prend plusieurs apparences (détective, psychanalyste, touriste, académicien). Le principal reproche que Fix fait au narrateur, c’est de ne pas faire un roman traditionnel, par exemple p.231 : « N’importe quoi ! Des rapports de police, maintenant des chaussures, des slips, des cicatrices ! Des détails sans intérêt, sans intérêt littéraire aucun, je veux dire ! »  « Je l’avais bien dit, que ça ne ferait jamais un roman, mais un fatras assommant. Où sont les personnages, où est l’histoire, la psychologie ? » Même si Fix est présenté comme un personnage un peu médiocre, c’est le seul auquel le lecteur puisse se rattacher quand il est un peu perdu au milieu de toutes ces informations, et ses interventions vont toujours dans le sens de ramener le narrateur dans une réalité et pose les questions qu’on se pose soi-même quand on lit le livre.

A la fin, le narrateur est perdu au milieu de ce qu’il se passe, il perd un peu la mémoire, c’est plutôt la fiction et même peut-être la folie qui prennent le pas sur le réel. Le narrateur a raconté le monde comme un objet durant tout le récit et à la fin c’est lui qui devient un objet avec toute la terre qui le regarde et il se retrouve seul :
« C’est comme si toute la terre, assemblée et théâtre géographique, me contemplait : moi l’œil universel, devenu l’universel objet », et plus loin il nous dit : « Oui, pour la première fois, je me vois moi, moi seul, au bout de l’espace, infiniment seul ».


Les principales références


Ce roman contient énormément de références à des grands auteurs sous forme de citations ou d’allusions, trop nombreuses pour être répertoriées. Cependant, les références les plus importantes sont trois romans :

Le tour du monde en 80 jours, notamment à travers le narrateur, identifié à Phileas Fogg qui sur un pari décide de faire un tour du monde, et l’inspecteur Fix qui, dans L’invention du monde, est présent sous le même nom et poursuit aussi le personnage principal tout au long du livre pour en quelque sorte l’empêcher de mener son projet à bien.

Ensuite deux romans de James Joyce, d’abord Finnegans Wake et ensuite Ulysse dans lequel chaque chapitre est construit différemment : on trouve différentes techniques d’écriture dans le récit, le fait de faire des listes de ce qu’il voit, en abandonnant la structure classique du roman et aussi le fait qu'Ulysse raconte l’histoire d’une seule journée.

Le but du livre

Pour Olivier Rolin, ce sont les paris impossibles qui font vivre la littérature. La littérature ne doit pas être conformiste mais doit sortir du format classique du 19e siècle.

A la fin du livre il cite d’ailleurs les Leçons américaines d’Italo Calvino :
« La littérature ne peut vivre que si on lui assigne des objectifs démesurés, voire impossibles à atteindre. Il faut que poètes et écrivains se lancent dans des entreprises que nul autre ne saurait imaginer, si l’on veut que la littérature continue de remplir une fonction. »

Christelle, A.S. Ed.-Lib.


Olivier ROLIN sur LITTEXPRESS

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Article de Barbara sur L'Invention du monde










Articles d'Aurélie et de Marie sur Tigre en papier.





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