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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:00

Olivier-Rolin-Suite-a-l-hotel-Crystal.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Olivier ROLIN
Suite à l’hôtel Crystal
Le Seuil, 2004
Le Seuil, « Points », 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

L’auteur

Né en 1947, Olivier Rolin passe une partie de son enfance en Afrique. À partir de 1968, il s’engage dans le groupuscule maoïste la Gauche prolétarienne, autoproclamé Nouvelle Résistance populaire (NRP). Après l’autodissolution de ce groupe, il vivra clandestinement pendant dix ans. Ensuite, il travaille aux éditions du Seuil où il publiera finalement l’essentiel de son oeuvre.

C’est un auteur connu pour ses récits de voyage et ses romans.
 

L’œuvre

1994 : Il reçoit le prix Femina pour Port-Soudan, ou le terrible retour en France d’un ex-gauchiste, après une parenthèse de vingt ans sur les bords de la mer Rouge.

2002 : Tigre en papier, au Seuil. Il y évoque sans complaisance les élans et les aveuglements de sa jeunesse militante.

2004 : Suite à l’hôtel Crystal (Éditions du Seuil).

2008 : Un chasseur de lions romance la vie d’un pittoresque aventurier français, ami de Manet qui avait fait de lui un curieux portrait en chasseur de lions.

2010 :  Bakou, derniers jours : « En 2003, de retour d’Afghanistan, j’avais dû m’arrêter à Bakou, Azerbaïdjan. J’écrivais alors Suite à l’hôtel Crystal. Ce livre est en quelque sorte le journal de mon séjour dans la ville où j’étais supposé mourir. Portraits, choses vues, rêveries, notes de voyage, etc.»



Suite à l'hôtel Crystal

Cette œuvre très déroutante se présente comme une série de descriptions très précises de chambres d’hôtel du monde entier, où a séjourné l’auteur. Dans chaque chapitre, la description d’une chambre sert de point de départ à un « micro-récit » assez farfelu relatant les prétendues aventures du narrateur.

Sur la page de titre, l’œuvre est présentée comme un roman. Elle  débute par une citation de Georges Perec, tirée d’Espèces d’espaces (œuvre qui sera évoquée à nouveau au cours du roman), et qui peut être lue comme une clé de compréhension du texte : « Je garde une mémoire exceptionnelle, je la crois même assez prodigieuse, de tous les lieux où j’ai dormi ». En effet, O. Rolin nous explique qu’il a l’intention, dans cette œuvre, de réaliser le projet qu’avait Perec de décrire les chambres où il avait séjourné (voir l’œuvre Espèces d’espaces, publié chez Galilée en 1974, dans lequel il évoque son projet avorté Lieux où j'ai dormi.) Rolin considère aussi Suite à l’hôtel Crystal comme « une autobiographie rêvée. »

 perec-especes-d-espaces-copie-1.jpg

Le livre débute par un avertissement, présenté comme étant celui de l’éditeur, qui nous informe que l’auteur est décédé et que les feuillets du roman ont été retrouvés dans des circonstances très étranges, dans une valise récupérée aux objets trouvés. D’emblée, cela aiguise l’attention du lecteur. L’éditeur décrit ces fragments de texte comme  étant griffonnés sur des « supports disparates ».

Une autre caractéristique majeure de ce roman est que le narrateur est également auteur et personnage principal.

 

La structure des chapitres, des « mini-nouvelles » :

La description méticuleuse des chambres

La dimension de la chambre est spécifiée et tous les meubles sont décrits : dimensions, matière, couleur, style. La marque des appareils est généralement donnée. Le narrateur utilise de nombreuses indications de couleurs et des images teintées d’ironie, par exemple au chapitre 9, p. 49 : « un tabouret rectangulaire à roulettes […] tendu de tissu vert pisseux » ; au chapitre 20, p. 103 : « Ah, le couvre-lit, si vous voulez le savoir, est à dominante rose dégueulis, ou rose dentier, si on préfère l’image. »
 
Parfois, le narrateur utilise, voire réutilise des termes rares ou recherchés, ce qui augmente le caractère méticuleux et comique de ces descriptions : il évoque au chapitre 26, p 139 : « un lavabo conchyliforme » et au chapitre 38, p 205 : « un abat-jour tronconique ».

La vue de la fenêtre ou du balcon est décrite avec précision et contribue aussi à créer une atmosphère plus ou moins agréable ou « couleur locale ». Ces courts tableaux sont toujours riches en notations concernant la lumière et les couleurs, ce qui produit souvent un effet poétique.

 

 montreal-saint-laurent.jpg Le Saint-Laurent à Montréal

 

Au sein de ces descriptions, plusieurs éléments sont récurrents d’une chambre à l’autre : certains objets, notamment des tableaux ou photos au mur, mais aussi les miroirs dans lesquels le narrateur observe son reflet vieillissant, ce qui donne souvent lieu à un bref autoportrait physique, peu élogieux.

La précision quasi maniaque de ces descriptions est déstabilisante et prend rapidement une dimension dérisoire. Le lecteur tend à se demander si cette avalanche de détails gratuits ne révèle pas un désordre mental du narrateur : obsession, fixation paranoïaque… Un tel effort d’exhaustivité dans la description rappelle l’ouvrage de Georges Perec :  Tentative  d’épuisement d’un lieu parisien.  Pourtant, comme Perec, l’auteur insuffle une ironie très perceptible à ses tableaux. Cette ironie semble être l’indice qu’il ne faut pas lire le texte au premier degré. De ce point de vue, on peut donc considérer Suite à l’hôtel Crystal comme un véritable exercice de style et un jeu avec le lecteur.

 
Une ou des péripéties en rapport avec la chambre

Elles mettent généralement en scène le narrateur dans des rôles d’espion, d’assassin, de complice d’affaires louches, ou encore de séducteur sur le retour. Le récit  est à la première personne, ce qui suggère, au premier abord, qu’il s’agit d’un roman autobiographique.
 
Les aventures de notre « héros » font intervenir une ribambelle d’autres personnages, dont certains sont récurrents.


·         Pour les personnages féminins :

Ils sont très nombreux. Le point commun de toutes ces femmes est d’avoir eu une aventure, en général plutôt courte, avec le narrateur. Parmi les femmes récurrentes dans le livre, il faut citer :
 

  • Mélanie Melbourne, qui a pour caractéristique de se faire régulièrement enlever pour des rançons ; le narrateur doit passer beaucoup de temps à essayer de la sauver,
  •  Pashmina Pachelbel, une strip-teaseuse turque, « ex-miss Turquie ».

 
Ces  femmes sont souvent associées aux opérations frauduleuses des personnages masculins.


·         Pour les personnages masculins :

Eux aussi sont de nationalités variés et leur nom apporte une touche supplémentaire d’exotisme à l’univers du récit.  Ce jeu sur les noms est inspiré d’Antoine Volodine. Ce sont tous des escrocs ou des trafiquants et ils ont un physique assez ingrat, décrit avec humour par le narrateur. Parmi les principaux, l’accent est mis sur :

 

  • Grigor Iliouchinsk, dit Gricha, un ex-colonel de l'armée soviétique, « une espèce de mafieux russe,  qui cherche un client à qui vendre des ogives nucléaires » (p. 151),
  •  Pavel Schmelk, ingénieur tchèque,
  • Thémistocle Papadiamantides, un marin grec contrebandier qui trafique du caviar, du pétrole et de l’alcool.

 

Le narrateur a également été plusieurs fois en relation avec des groupements aux activités louches : tout d’abord, la SIREN (Silk International Enterprise), une « joint-venture » qui exporte des armes en provenance du Vietnam (p 234), mais aussi la mystérieuse « Rpop #%µ© !!3/4oep2&», qu’on soupçonne d’être une mafia.

 
Le cas de la chambre de l’hôtel Crystal à Nancy
 
Il faut signaler que cet hôtel existe réellement à Nancy (j’ignore depuis quand) : c’est un Best Western.

La suite mentionnée dans le titre est évoquée à plusieurs reprises, alors que curieusement le narrateur n’en a quasiment aucun souvenir. Pourtant, au chapitre 33, après avoir fait un récit détaillé d’une fête qui s’y déroule, il annonce contre toute attente : « Tout ça, naturellement, est pure invention. Cette fête n’a jamais eu lieu. Je me tue à vous dire que je n’ai AUCUN souvenir de l’hôtel Crystal. » (p 176)

La dernière phrase du livre est d’ailleurs consacrée à cet hôtel, comme un pied de nez au lecteur : « Hôtel Crystal rue Chanzy à Nancy, dont je ne me souviens toujours pas… ».

 

Une autofiction et une littérature de voyage alternative : humour, ironie, dérision

Littérature de voyage ?

Olivier Rolin est considéré comme un « écrivain voyageur », De fait, dans Suite à l’hôtel Crystal, chaque chambre nous transporte dans un lieu différent, souvent dans des pays étrangers.

Cependant, ce livre s’écarte considérablement des autres récits de voyage de Rolin : tout d’abord, il est d’emblée présenté comme un roman. En outre, plus qu’un récit de voyages, Suite à l’hôtel Crystal apparaît plutôt comme un détournement, une parodie du récit de voyage et d’aventures, dans la mesure où les péripéties y tiennent bien plus de place que les descriptions de paysages ou les découvertes culturelles. En outre, tous les déplacements du « héros »  ont un but frauduleux : il ne s’agit en aucun cas de voyages à but touristique. Enfin, seuls les aspects financiers ou criminels des pays sont évoqués, par exemple les trafics de ressources naturelles. Il s’agit donc d’une forme de perversion de la littérature de voyage.

 
Autobiographie ou autofiction ?

Pour ce qui est de la dimension autobiographique, nous avons vu qu’il y a une triple identité entre auteur, narrateur et personnage principal, sans pour autant que l’on puisse dire précisément à quels moments le récit est réellement autobiographique. Tout d’abord, l’œuvre donne une large place aux souvenirs du narrateur, ce qui est typique du genre autobiographique. En outre, Rolin évoque le métier d’écrivain au chapitre 40 : il le fait cependant d’une façon assez triviale, toujours avec ironie et en jouant sur les clichés attachés à la profession.

Pourtant, plusieurs caractéristiques de l’œuvre relèvent clairement de l’autofiction, comme le caractère souvent invraisemblable des aventures relatées. C’est le cas au chapitre 32 : à Cotonou, le protagoniste achète au marché une momie de singe vendue pour le culte vaudou, et dans laquelle, a posteriori, il croit reconnaître son ancien acolyte Papadiamantides, décédé dans des circonstances assez louches : ici, le récit bascule dans le mauvais goût macabre et totalement délirant, et en même temps dans le comique loufoque.

En outre, au moins trois des chambres d’hôtel décrites semblent être totalement imaginaires,  puisqu’il est impossible de les rattacher à un lieu.

L’autobiographie est également pervertie par la vision prémonitoire et récurrente que le narrateur a de sa propre mort ; il va jusqu’à la mettre en scène de manière assez théâtralisée : il se suicide dans sa chambre avec son revolver. Cette vision est une sorte de fantasme d’anticipation. D’ailleurs Olivier Rolin  a voulu savoir si cette mort annoncée allait réellement avoir lieu : dans Bakou, derniers jours, il raconte comment il s’est rendu à Bakou en 2009, spécialement pour vérifier : « Si je suis ici, à Bakou, c'est pour voir si la mort y a rendez-vous avec moi ». (Bakou, derniers jours, 2010)

 Bakou.jpg

De plus, le narrateur confie beaucoup de ses fantasmes sexuels : par moments, on a  même du mal à déterminer à quel moment la réalité laisse place au fantasme. Un aspect assez machiste transparaît sous ces fantasmes, puisque tous les personnages féminins sont considérés avant tout comme des objets sexuels, souvent soumis, comme on peut le voir au chapitre 24, p 131 : « Mon penchant sadique me porte à aimer faire l’amour à des femmes en pleurs. »

D’ailleurs, dans ses rapports avec les femmes, le narrateur se décrit volontiers comme un animal, plus précisément un porc ou un sanglier.

 
L’humour : une mise à distance

Pour terminer, on ressent dans cette oeuvre, outre de l’ironie et de la dérision, un comique de répétition : retour des mêmes formules, des mêmes personnages,  description des mêmes objets, références répétées à ses entreprises mafieuses, retour des mêmes impressions comme celle de sa déchéance physique qu’il constate dans la glace. De plus, on comprend que ce livre n’est pas à lire au premier degré, il ne doit pas être considéré comme représentatif d’un genre connu et clairement identifié, comme le roman ou l’autobiographie. L’humour porte donc à la fois sur le fond et sur la forme, sur l’écriture de l’oeuvre elle-même.

 

L’intertextualité et la supercherie littéraire

Les formes de l’intertextualité

Deux formes d’intertextualité coexistent : l’intertextualité « physique », puisque le texte est écrit sur des supports d’autres textes, et l’intertextualité « intellectuelle » : les nombreuses références à des auteurs.

D’après l’avertissement, nous sommes face au mystère d’une écriture fragmentaire au sens concret, sur des fragments de supports ; en outre, l’éditeur présumé du volume émet l’hypothèse que nous aurions entre les mains une « supercherie » littéraire, d’abord parce que ces fragments ont été retrouvés dans des circonstances « rocambolesques », que les accents de leur auteur sont  ceux d’« un faussaire ironique », et enfin parce que ce texte contient diverses « bizarreries, incohérences ou contradictions ».

Revenons sur l’aspect fragmentaire : chaque chapitre est rédigé sur un support, un fragment différent, soit sur les pages de garde d’une œuvre littéraire, soit sur celles d’un guide touristique, soit sur des cartes postales, ou encore du papier à lettres. Le texte de Suite à l’Hôtel Crystal se superpose ainsi à d’autres textes préexistants qu’Olivier Rolin a lus et appréciés.

En outre, ce texte se construit par rapport à d’autres textes littéraires antérieurs auxquels il fait fréquemment référence, en particulier l’œuvre de Georges Perec, mais aussi les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand (1849-1850), l’écrivain anglais du XVIIème siècle Samuel Pepys, auteur d’un journal (dont la version non expurgée ne fut publiée qu’entre 1970 et 1983), le poète Henri Michaux et beaucoup d’autres.
 
Le narrateur se propose même d’écrire ou de  continuer des œuvres littéraires avortées ou restées inachevées. Sont notamment citées :

Espèces d’espaces et Lieux où j'ai dormi de Perec : c’est le projet central de l’œuvre. Perec apparaît par moments comme un double d’Olivier Rolin lui-même.

Flaubert, pour son roman inachevé Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881).

l'écrivain autrichien Robert Musil pour son roman également inachevé L'Homme sans qualités (1930-1932).

À propos de ces écrivains, le narrateur explique : « Ma façon de les lire, c’est de les achever, voilà tout ».

Au chapitre 38, le narrateur relate même le pèlerinage littéraire qu’il a effectué dans la région de Vancouver, sur les traces de l’écrivain anglais Malcolm Lowry (1909-1957). Il évoque notamment son œuvre célèbre de 1937,  Au-dessous du volcan. Alors que ces éléments semblent tout à faits vraisemblables, la suite du chapitre l’est beaucoup moins : le héros prétend avoir acheté par hasard dans une brocante une valise, dans la doublure de laquelle il découvre peu après des notes manuscrites ou dactylographiées de Malcolm Lowry, qui sont en fait les ébauches de Au-dessous du volcan : « Je reconnus immédiatement l’écriture de ce vieux Malc. » (p. 207)

Cette découverte peut se lire comme une vraie mise en abyme du roman d’O. Rolin, puisque les deux œuvres auraient été retrouvées dans des conditions similaires : sous forme de fragments, dans une valise anonyme. Le chapitre 38 fonctionne donc en écho à l’avertissement initial.

 MALCOLM-LOWRY.jpg

Malcolm Lowry

 

Le double sens du titre

Le contenu du livre peut être considéré comme déceptif par rapport à ce titre alléchant, dans lequel le mot « suite » est associé au nom « Crystal », à effet précieux : pourtant, les chambres qui nous sont dépeintes sont loin d’être des suites, certaines sont même assez miteuses. On peut donc voir dans ce titre une intention ironique de l’auteur, qui cherche à appâter le lecteur en jouant avec son imaginaire.  La supercherie est ouvertement révélée vers la fin et le narrateur en profite pour se moquer du lecteur : « Une suite à l’hôtel Crystal… Et vous y avez cru ! Ce n’est pourtant pas le genre d’hôtel où il y a des suites ! » (p 176)

Le terme « suite » peut aussi faire référence aux éléments inachevés de ce roman, comme de ceux des autres écrivains qu’il a évoqués. Ce mot peut donc être interprété comme la promesse faite au lecteur de continuer l’œuvre, promesse jamais tenue dans tous les cas : pour bon nombre de micro-récits interrompus, le lecteur n’en connaîtra jamais la suite.

La dimension fictionnelle est donc omniprésente : autofiction, faux projet, faux éditeur ! Ce roman est vraiment un jeu à plusieurs niveaux avec le lecteur.
 

Le jeu sur l’origine de l’œuvre, sa genèse et ses interprétations

Les noms fictifs de professeurs ou de chercheurs en littérature ayant tenté d’interpréter Suite à l’hôtel Crystal sont cités de façon récurrente, généralement en notes, ainsi que leurs hypothèses : nous pouvons lire ces notes comme une parodie des ouvrages d’études universitaires aux théories parfois déconcertantes, ainsi que comme un regard plein d’humour d’Olivier Rolin sur sa propre œuvre.

Ainsi, au chapitre 37, p 201, la note 1 précise : « Madame Anne Laurenceau prend argument de ce support pour étayer sa thèse (« Un cas archétypique de migration des genres », in Actes des troisièmes rencontres de Génétique textuelle de l’université d’Oulan Bator, vol. 2) ».
 
Le vocabulaire employé est volontairement savant et alambiqué. En même temps, les termes s’enchaînent de façon à créer un effet comique. Malgré tout, il s’avère que l’analyse de la prétendue Anne Laurenceau semble tout à fait correspondre au processus de genèse de Suite à l’hôtel Crystal : le livre prend effectivement  l’apparence d’un document « informationnel, antifictionnel » (p. 202), catalogue de chambres d’hôtels, qui passe « par une phase autobiographique » et même « autofictionnelle », pour se transformer en « une construction romanesque ». Or, l’auteur fait mine de se moquer de cette hypothèse qu’il qualifie de « baroque ».

 Enfin, au dernier chapitre, nous est présentée la « thèse ingénieuse » du « Professeur Aptekman » : pour lui, ce roman exprime le difficile « travail du souvenir » et sa transcription dans la littérature (p. 236, note 4). Selon cet éminent chercheur, Suite à l’hôtel Crystal traduit une résistance de l’auteur à la mémoire, sorte de refoulement psychanalytique. La littérature servirait donc de révélateur, d’accoucheur à la manière de la maïeutique socratique. Quant au terme « Crystal » du titre, il désignerait un cristal noir : l’onyx de cristal, en minéralogie, à travers lequel l’auteur essaie vainement de distinguer des événements passés. Là aussi, les termes savants prêtent à sourire : pourtant, une fois encore, l’analyse proposée rend assez bien compte de l’atmosphère de ce livre. En effet, le lecteur ne saura jamais pourquoi Olivier Rolin revient avec insistance sur la chambre de l’hôtel Crystal, à Nancy, tout en prétendant ne pas s’en souvenir : cette énigme peut être vue, tout simplement, comme un jeu destiné à frustrer la curiosité du lecteur.

Malgré tout, l’auteur dément les hypothèses selon lesquelles cette œuvre relèverait de la fiction : il le fait de façon assez adroite et ambiguë, car il laisse entendre qu’une partie des aventures le mettant en scène peuvent être romancées, du fait des difficultés qu’il a à se les remémorer. L’auteur résume cette idée par la formule, volontairement vague, « l’ambiguïté de ce qui est passé ». Il soutient en revanche que la description de chaque chambre est rigoureusement exacte. Pour plus de conviction, il interpelle directement le lecteur : «Vous n’avez qu’à aller visiter l’une ou l’autre, toutes si vous voulez. Vous serez bien obligés de constater que TOUT est scrupuleusement exact. » (p 217)

 

Conclusion

J’ai beaucoup aimé ce livre : il ne ressemble à aucune de mes précédentes lectures car il n’est ni vraiment roman, ni autobiographie, ni récit de voyage. Au début, j’ai eu du mal à « avaler » les descriptions des chambres, qui sont plutôt rébarbatives, mais il y a un tel humour dans ces détails, tout comme dans les micro-récits, que j’ai beaucoup ri dans l’ensemble. Je recommande fortement cette lecture pour se dépayser, dans tous les sens du terme.


Sylvaine, AS Bibliothèques

 

 

Olivier ROLIN sur LITTEXPRESS

 

Olivier Rolin Bakou derniers jours

 

 

 

 

Article de Florian sur Bakou, derniers jours.

 

 

 

 

 

 

 

Olivier-Rolin-L-Invention-du-monde.gif




Articles de Chrystelle et de Barbara sur L'Invention du monde




 

 






Articles d'Aurélie et de Marie sur Tigre en papier.


 

 

 

 

 

 

 Compte rendu par Sylvaine d'une rencontre avec Olivier Rolin.

 

 

 

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