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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 19:00








Olivier ROLIN
Tigre en papier

Seuil, Fictions et compagnie, 2002
Points, 2003





















L’AUTEUR

Olivier Jean Rolin, dit Olivier Rolin, est né le 17 mai 1947 à Boulogne-Billancourt ; il passe son enfance au Sénégal, puis il étudie au lycée Louis-le-Grand et à l'École Normale Supérieure. Il est diplômé en philosophie et en lettres. Membre dirigeant de l'organisation maoïste Gauche prolétarienne, il est le chef de la branche militaire Nouvelle Résistance Populaire, ou NRP, qui pratique des actions violentes, attentats et enlèvements. Puis il collabore, en tant que pigiste, aux journaux Libération et Le Nouvel Observateur.

Certaines de ses œuvres sont inspirées par mai 68 et son passage à la Gauche prolétarienne. Il a obtenu le Prix Femina pour son livre Port Soudan en 1994. Il est aujourd’hui membre du comité de rédaction de la revue Le Meilleur des mondes.


RÉSUMÉ

Martin, quinquagénaire et ancien militant de « la Cause » (branche maoïste de la gauche prolétarienne) à la fin des années soixante, fait le tour du périphérique parisien toute la nuit en compagnie de Marie, fille de son ancien compagnon  de lutte Treize, dans une DS nommée « Remember ». Elle veut savoir comment et pourquoi son père est mort, quelle cause ils défendaient. Et lui, pris dans le flot de ses souvenirs lui raconte tout ou presque, ne cache rien au lecteur : ni leurs actes (qu’ils pensaient être à l’époque des actes de bravoure), ni les regrets, ni le regard à la fois nostalgique et désabusé qu’il porte aujourd’hui sur ses actions passées.


L’ŒUVRE

Au début du récit, on est en présence de deux personnages : Martin et une femme nommée « la fille de Treize » dont on apprendra plus tard le prénom : Marie. Cette dernière n’a pas beaucoup d’épaisseur ; elle est là comme servant d’excuse au narrateur pour pouvoir raconter son passé. Ses interventions ne sont jamais directes mais rapportées par Martin qui les répète

Martin est le narrateur ;  il utilise successivement le tu ou le vous et le je ou le nous pour raconter son histoire, ce qui donne une impression de recul ou de proximité selon l’usage du pronom. Comme  s'il voulait mettre une certaine distance entre lui et certains de ses actes passés, ou au contraire être pleinement identifié comme acteur des faits qu’il retranscrit. On peut le considérer comme le personnage principal du récit puisque s’il n’était pas là, l’histoire ne nous serait pas racontée. Il y a beaucoup d’autres personnages dans le roman, ce qui peut quelquefois perdre le lecteur qui ne sait plus qui fait quoi, qui est l'ami de qui et parfois même qui est l’ennemi.

Le roman est ponctué de questionnements entre parenthèses sur de petits détails qui rendent le témoignage encore plus authentique et qui servent également à insérer des réflexions personnelles du narrateur. Ainsi on a l’impression d’être dans l’esprit du narrateur, de savoir tout ce qu’il pense. Ce qui permet également de rendre plus réaliste encore l’histoire, c’est le côté brouillon des souvenirs. En effet, Martin mélange un peu toutes ses aventures, elles ne sont pas chronologiques et il va lui arriver de s’arrêter au milieu d’un récit parce qu’il s’est souvenu d’une autre anecdote. Il va également mêler le récit de ses propres souvenirs à l'évocation de la Cause et aux récits de ses voyages au Vietnam où il recherche le lieu où son père, combattant durant les guerres coloniales, est mort.

Ce récit peut donc être considéré comme la confession d’un homme nostalgique de son passé qui a du mal à trouver sa place dans la société d’aujourd’hui et qui par conséquent cherche à se remémorer les bons moments du passé. On peut se demander s'il considère également cela comme un devoir de mémoire, en apportant un témoignage aux nouvelles générations comme celle de Marie qui correspond à une jeunesse qu’il n’aime pas car il la trouve formatée, incapable de penser par elle-même et ne menant aucun combat.

Mais on peut aussi le voir comme une double confession : tout d’abord à Marie mais également à lui-même, comme une psychanalyse. En effet, cela l’entraîne dans une réflexion rétrospective sur les actes qu’il a commis. Il se rend alors compte que ce qu’il cherchait avec ses camarades c’était l’héroïsme, le danger, l’interdit et le sang, et que les combats qu’ils menaient n’avaient finalement pour but que de les émanciper eux-mêmes, et non l’humanité. Ce qui lui apparaît alors c’est le ridicule de son passé, le fait qu’au final, il reproche beaucoup de choses aux jeunes d’aujourd’hui mais que lui n’a rien fait de plus, il était plein d’idéaux mais n’a été acteur de rien.

Au-delà d’une réflexion politique approfondie on peut observer un désenchantement par rapport à la société d’aujourd’hui au travers d’un élément important du récit : les panneaux publicitaires. En effet, les deux personnages tournent toute la nuit sur le périphérique parisien et voient défiler ces panneaux qui nous sont décrits tout au long du roman comme un fil rouge. C’est une vision de la société de consommation d’aujourd’hui en total décalage avec ce que le narrateur peut décrire dans son récit. On peut se poser la question de savoir si c’est un nouveau regard ironique sur les combats menés par Martin et ses amis qui ont abouti à ces panneaux publicitaires. Et finalement, les tigres en papier qui représentaient à leur époque le capitalisme à la recherche d’un nouveau souffle, ne seraient-ce pas eux aujourd’hui qui ne savent pas comment se placer dans une société qu’ils ne comprennent presque plus ?

Pour le lecteur cela peut paraitre rébarbatif et sans intérêt, c’est pourquoi certains ne lisent pas ces passages ; pour ma part, j’ai trouvé que ces moments permettaient de faire un pause dans le récit et pouvaient amener à réfléchir sur ce qui avait été dit précédemment.

Pour finir, j’ai trouvé un côté émouvant à ce roman. En effet il est difficile de faire un bilan sur sa vie passé et de se rendre compte que tout ce en quoi on a cru n’a abouti à rien, que l’on s’est trompé sur le sens de ses choix. De plus, on peut se demander si au fond, le but de tous ces combats n’était pas une revanche sur la mort, survenue de manière stupide, de son père lors d’une guerre coloniale, et qu’au final il n’a pas réussi à prendre.

Aurélie, 2e année Bib.-Méd.

Olivier ROLIN sur LITTEXPRESS





Article de Marie sur Tigre en papier.












Article de Barbara sur L'Invention du monde

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