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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 00:00

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Le 23 Mai prochain, au festival de Cannes, sera présentée l'adaptation cinématographique du roman phare de la Beat Generation, Sur la route, de Jack Kerouac. Réalisant ce qu'ont rêvé nombre de ses prédécesseurs – s'attaquer (pour de bon) au mythe américain Kerouac – le Brésilien Walter Salles présentera le Carnet de voyage de « sa » route, sinueuse, folle, osée, époustouflante, et probablement éreintante : un voyage qui – espérons-le – sera à l'image de ceux de Kerouac et Cie, épuisante exploration de territoires, de soi, désespérante parfois, mais vivifiante.

Revenant sur les récits mêlés de Jack Kerouac, Sal Paradise (le narrateur de  Sur la route) et Walter Salles, le magazine culturel Trois couleurs a produit pour l'occasion un hors-série sur l'homme, le livre, et le film, On the road, « l'odyssée d'un mythe ».

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Trois couleurs
   
Le magazine Trois Couleurs est le mensuel culturel gratuit édité par MK2 Multimédia ; il ne traite pas uniquement du cinéma mais de la culture au sens large, couvre les nouveautés  de chaque sphère culturelle : musique, littérature, événements, magazines de bandes dessinées, jeux vidéo. Le magazine est né en 2007 sous l’impulsion d’Elisha Karmitz. Depuis 2011, le rédacteur en chef du mensuel est Étienne Rouillon. Pour ce huitième de la série (hors-série), c'est Aureliano Tonet qui porte la casquette du rédacteur en chef. Le mensuel est tiré à 200 000 exemplaires, il est diffusé uniquement à Paris.

Depuis 2009, la rédaction s’est donc consacrée à la publication de hors-séries : l’accent y est mis sur un artiste, un réalisateur ou un thème social particuliers. Le premier d’entre eux, paru en décembre 2009, était consacré aux Doors, à l’occasion de la sortie du documentaire de Tom DiCillo, intitulé When You’re Strange.

La rédaction a ainsi pris la tangente pour retourner aux origines de ce mythe littéraire. Glanés entre la Bretagne et la Californie, des archives, reportages et témoignages inédits permettent de comprendre la genèse de ce livre-monument, ainsi que son influence sur la littérature américaine du XXe siècle. Un aperçu de l'ampleur du défi auquel Walter Salles a dû faire face. Photos de tournage, extraits du scénario, croquis préparatoires retracent les étapes de cette aventure cinématographique, sans oublier la contribution exceptionnelle de toute l'équipe du film, du réalisateur à ses comédiens (Garret Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart, Kirsten Dunst, Viggo Mortensen), en passant par les techniciens et les producteurs.

 

 

 

« La Californie de Dean, pays délirant et suant, pays d'importance capitale, c'était celui où les amants solitaires, exilés et bizarres, viennent se rassembler comme des oiseaux, le pays où tout le monde, d'une manière ou d'une autre, ressemble aux acteurs de cinéma détraqués, beaux et décadents », Sur la route.

Kerouac avait écrit à son ami Neal Cassady, (Dean Moriarty dans la version censurée de 1957), probablement avant même de devenir écrivain : « Je révolutionnerai les lettres américaines et boirai du champagne avec les starlettes d'Hollywood ». Cette prédiction, qui témoigne d'une ambition guidée par le on_the_road_book_cover.jpgbesoin de tout expérimenter, aura été à demi confirmée, puisque Kerouac aura en effet bouleversé la littérature du XXe siècle, mais il lui aurait fallu vivre jusqu'à 90 ans pour se présenter, mercredi prochain, sur les marches de Cannes, riant de s'exposer ainsi parmi les stars hollywoodiennes : chose effectivement impossible, puisque force est de constater la faible espérance de vie propre – à quelques exceptions près – à ceux qui ont brûlé leur vie plutôt que de la voir se consumer, préférant l'intensité à la prudence et la mesure : « It's better to burn out than fade away » (Il vaut mieux brûler vivement que s'éteindre à petit feu), chantera Neil Young quelques années plus tard, parmi les nombreux témoins de l'influence « beat » dans la culture rock*.

C'est ainsi dès 1957 et le récent succès de On the road à peine édité que Kerouac écrit à Marlon Brando, lui proposant vivement d'acheter les droits d'adaptation de son roman. Fidèle à son tempérament, il est en perpétuelle recherche de nouvelles expériences : « Écrire des romans, ça devient trop facile, pareil pour le théâtre, j'écris une pièce en vingt-quatre heures. Allez Marlon, retrousse-toi les manches et réponds ! »*. L'ancien féru de football américain, avait déjà troqué ses cours de classe préparatoire à New York contre les rues de Harlem suant la rumeur Be Bop. Fasciné par l'énergie du souffle, l'improvisation, la syncope, Kerouac trouvait en Charlie Parker, Thelonious Monk ou Dizzy Gillespie, le moyen de tromper cette littérature codifiée, pudique, une littérature « d'après coups dans un lit de malade »*  : son écriture serait vivante, précipitée, celle de « gamins bourrés, échevelés, en rut », elle ne pouvait être qu'authentique, et donc spontanée, il fallait faire avec les mots ce que ces musiciens faisaient avec leurs instruments.

Passionné par le théâtre dès son enfance, c'est la perspective de mise en scène de son roman, de son propre personnage et de son entourage qui l'intéressent désormais. Cela rejoint cette tendance remarquable de Kerouac à agencer sa vie privée en faits transposables et améliorables dans son œuvre littéraire : dans Sur la route, Kerouac a sublimé ses aventures et celles de ses amis, « il a organisé sa vie en chapitres, à la manière d'un roman »*. Dans son nouvel enthousiasme, alors qu'il est vite dégoûté par la qualité de « King of the beats » qu'on veut bien lui confier, née de ce succès polémique qui a scindé et bouleversé la société américaine, Ti-Jean le breton (il ne connut jamais l'origine bretonne exacte des Kerouac : Huelgoat) se veut « résolument moderne », conformément à la révélation Rimbaud : Marlon jouera Dean, lui-même jouera Sal, et rassure Brando en lui affirmant qu'il a déjà tout pensé dans la forme : « Ne vous en faites pas pour la structure, je vois comment compresser et recomposer l'histoire, pour la faire parfaitement rentrer dans un cadre classique : un seul et unique voyage »*. Mais l'énorme difficulté qu'auront rencontrée tous ceux qui auront rêvé cette adaptation, c'est la forme anticonformiste et aucunement classique du roman. Ainsi, alors que Brando n'avait pas donné suite, Francis Ford Coppola a acheté les droits d'adaptation en 1979. Il a ensuite proposé à Jean-Luc Godard de le réaliser, sans aboutir, pour finalement voir Gus Van Sant compléter le tableau des prétendants : nouvel échec. Incontestablement, cette adaptation est un énorme casse-tête, d'autant plus qu'elle s'attaque à un roman d'une envergure monumentale. C'est finalement Walter Salles qui fera figure de bonne pioche.



Beat generation au cinéma

Si l’œuvre de Kerouac ne fut jamais adaptée au cinéma auparavant, l’esprit « beat » lui, avait déjà trouvé un écho dans le 7ème art.

Les premiers films furent tournés par les beats eux-mêmes, à l’image du court métrage Pull My Daisy, écrit par Jack Kerouac et réalisé par Robert Frank et Alfred Leslie. La modestie des budgets caractérisent ces premières réalisations. Tout cela change à partir de 1960 : les majors commence à s’intéresser au filon « beatnik ». Il en ressort la même année deux films emblématiques de cette tendance quelque peu caricaturale : The Beatniks et The Wild Ride. Ces deux films sont le prisme du dénigrement et de la caricature que subissent alors les beatniks. Cependant, le cinéma a su se rattraper pour livrer des œuvres reflétant la beauté et la singularité de cette génération. L’exemple le plus criant, le film de Dennis Hopper Easy Rider, réalisé en 1969 et ouvrant la voie des road movies, colle bien davantage au souffle de liberté, de la recherche d'immensité : celles de l'Amérique, de cette éternelle route vers l'ouest qui la caractérise, de sa colonisation aux virées de Dean et Sal dans la Hudson, en passant par la ruée vers l'or. « Road is life », dira Kerouac.   

Par sa complexité, l'adaptation n'avait donc jusqu'alors jamais été : la réalisation possible d'un récit aussi vivant, demande logiquement une implication et un travail gigantesque d'immersion. Ainsi, Walter Salles s'est entièrement donné dans ce projet : il a traversé l'Amérique sur les pas de Kerouac, a interviewé nombre de témoins de cette période. C'est l'engagement personnel et profond qui a sans doute joué pour beaucoup, la passion et la transmission de cette passion. L'important pour Salles n'a pas été de retranscrire à la lettre ce qu'il a pu savoir de cette époque par la lecture et ses recherches : il a fallu être fidèle mais créatif, trahir pour être plus fidèle. La productrice de Salles, Rebecca Yeldham, évoque une autre question importante : « Est-ce que Kerouac approuverait ce que je fais ? ».

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Road-movies : Carnets de voyage et Sur la route : « Il s'agit non plus de guérir le monde mais de brûler avec », Walter Salles.

La filmographie de Walter Salles témoigne d'un attrait prononcé pour les fuites, les embardées, et donc les road-movies. C'est notamment son film de 2004, Carnets de voyage, retraçant le périple d'Ernesto Guevara et Alberto Granado, partant à la rencontre du peuple sud-américain et dont la révélation aboutit à une transformation politique et sociale, qui rejoint le plus cette dernière réalisation. Cependant, Salles explique que Sur la route « marque une rupture dans le comportement, les moeurs d'une société »*. Les voyages de Sur la route sont tout autant (voire davantage) intérieurs et introspectifs que projetés sur une réalité physique : les bouleversements émanent d'un cercle privé, qui dans sa singularité va s'ériger en modèle ou en vice, contre son gré.

La réalisation du film a été précédée d'un documentaire, Looking for on the road (en référence à Kerouac qui considérait Sur la route comme un À la recherche du temps perdu en plus rapide), qui relate le travail de documentation et de recherches précédant le tournage. Salles explique qu'il a jugé nécessaire de décomplexifier l'adaptation en arpentant les routes qu'empruntèrent Kerouac et sa bande, pour mieux comprendre cette génération, partir à son tour à l'aventure et découvrir les restes de cette époque dans l'Amérique actuelle.

Quant à l'adaptation du style Kerouac, il s'est traduit dans la volonté de respecter au mieux ce qui fait d'après lui la grande originalité du roman, à savoir le dépassement du simple récit documentaire par un équilibre malicieux entre fidélité au réel et éléments résultant « d'une imagination libre et foisonnante ».

Les élans de spontanéité, l'écriture automatique, se sont transposés au cinéma par un travail d'improvisation des acteurs, des situations devant amener à des dialogues et des expressions non préméditées, pour mieux retranscrire cette vitesse du mouvement constant, de la pulsion des corps, contrastant avec des moments plus contemplatifs soulignant les moments d'accélération.



« J'ai entendu Hard Rain's A-gonna fall de Dylan et j'ai pleuré. Je me suis dit que le relais avait été passé. », Allen Ginsberg

Par l'influence considérable de la beat generation sur la culture rock américaine, de Bob Dylan à Patti Smith, en passant par The Doors, Tom Waits, et plus récemment Saul Williams ou le groupe franco-américain Moriarty (hommage direct à Dean Moriarty), la B.O du film, réalisée par l'Argentin Gustavo Santaolalla – il avait déjà accompagné les Carnets de voyage du même Walter Salles – aura une importance à part entière dans cette adaptation. À la façon dont les écrivains « beat » restaient des jours entiers à dérouler oralement leurs écrits au sein d'assemblées dignes de concerts de rock, Charlie Parker pouvait jouer du saxo sans jamais s'arrêter, note Santaolalla. Cependant, n'étant pas un véritable musicien Jazz, et bien que conscient de l'influence Be-bop qu'entonne le roman, il dit s'être inspiré de divers musiciens, notamment Moondog (contemporain et ami de Charlie Parker), Harry Patch ou John Cage, et a de plus beaucoup utilisé les percussions : « Beaucoup de percussions pour établir un lien avec l'Afrique, des sonorités métissées, tribales et urbaines »*.



« Walter Salles a travaillé très dur à cette adaptation, et je souhaite vivement qu'elle réussisse », Francis Ford Coppola. Souhaitons-le aussi.


Nicolas et Guillaume, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Citations tirées du hors-série # 8: Sur la route, d'après Jack Kerouac : un homme, un livre, un film. L'odyssée d'un mythe. (Edité par Trois couleurs, Mai 2012)

Sur la route, réalisé par Walter Salles, avec Garrett Hedlund (Dean Moriarty), Sam Riley (Sal Paradise), Kristen Stewart (Marylou), Kirsten Dunst (Camille), Viggo Mortensen (Old Bull Lee)... sort le 23 Mai 2012 en salles et sera présenté ce même jour en compétition officielle du festival de Cannes.

 Des informations exclusives liées à ce projet sont à retrouver sur les pages Facebook officielles Sur la route et On the road , le compte Twitter @OnTheRoad_Official et le site officiel du film :

 http://www.facebook.com/TroisCouleurs


 https://twitter.com/#!/Trois_Couleurs


 http://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_couleurs_magazine

 

 

 

 

KEROUAC et la BEAT GENERATION sur LITTEXPRESS

 

 

jacK kerouac Sur la route

 

 

 

 

 

 Article de Nicolas sur Jack Kerouac, Sur la route

 

 

 

 

 


 

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Article de Charlotte sur la Beat Generation

 

 

 



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Carnet de voyage d'Elisa sur les traces d'Hemingway, Miller et Kerouac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by littexpress - dans EVENEMENTS
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