Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 07:00

Orson-scott-card-le-prophete-rouge.gif

 

 

 

 

Orson Scott CARD

Les Chroniques d’Alvin le faiseur

 tome 2 : Le Prophète rouge

titre original

Red Prophet

Première édition Tor Books, 1988

traduction de Patrick Couton

L’Atalante, 1992

Intégrale : L’Atalante, 1996

Folio SF, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Orson Scott Card est un romancier américain né en 1951. Il commence à écrire en 1977. Auteur prolifique reconnu dès les années 1980, il a plusieurs fois été récompensé depuis pour ses œuvres de fiction et de fantasy (prix Nébula, prix Hugo, prix John Campbell Mémorial, prix World Fantasy, Prix Cosmos 2000). Le Prophète rouge, sortie en 1988, a été salué par le prix Locus.

 

Le Prophète rouge est le second tome des Chroniques d’Alvin le faiseur, une série qui relate les péripéties initiatiques du héros éponyme.

 

Cette uchronie  se déroulant au XIXème siècle s’ancre dans une Amérique merveilleuse où les grands bouleversements historiques tirent leur origine des talents cachés de chacun des acteurs. La grande Histoire s’y construit à partir des recoupements de multiples destins particuliers dont certains sont passés à la postérité. Toute la beauté de cette œuvre réside dans la finesse de la liaison entre le fabuleux et le réel qui donne une causalité poétique aux événements, une profondeur incontestable aux personnages et enrichit la mythologie associée aux figures célèbres qui peuplent les coulisses de l’histoire car l’auteur les a librement réinterprétés pour notre plus grand bonheur.

 

Alvin est mis au monde par une nuit d’orage dans l’auberge de la famille de Peggy. La petite fille est une torche, elle a le don de voir les multiples avenirs possibles. Lui est le septième fils d’un septième fils ce qui lui confère un pouvoir subtil mais hors du commun et fait de lui une cible de choix pour le Défaiseur, entité voulant plonger le monde dans le chaos pour l’anéantir. Les deux enfants sont liés par le destin. Dans le premier tome, la fillette veille à distance sur le petit garçon dont elle a repéré les facultés.

 

Au commencement du Prophète Rouge Alvin a dix ans et sa rencontre avec Lolla-Wossiky va changer leurs vies. Le pouvoir de cet Indien notoirement alcoolique est l’empathie, qui fait de sa vie un enfer depuis qu’il a assisté, enfant impuissant, au meurtre de son père par un Blanc. Le « bruit noir » de la détonation du revolver résonne encore dans son esprit des années après, l’obligeant à boire pour atténuer la douleur. Miraculeusement guéri par Alvin, il va entraîner l’enfant dans un voyage dans les terres indiennes de l’Amérique pour unifier les tribus rivales autour de son frère, le respecté et redoutable Takumsaw, contre l’envahisseur blanc. Orson Scott Card met en scène une alliance qui mène à une mémorable et sanglante bataille : Tippi-cannoe, dont les historiens actuels disent qu’elle aurait radicalement transformé l’Histoire des Indiens d’Amérique s’ils l’avaient gagnée. Si Alvin avait réellement existé, l’issue de la bataille en aurait-elle été changée ?

 

 Chaque Indien a un totem, un animal avec qui il a un lien, une relation d’influence. Lolla-Wossiky vient de voir la lumière du sien et la suit ce qui le conduit à s’introduire dans la maison d’Alvin. Lui qui n’y croyait plus, qui pensait s’être coupé de son peuple par sa soumission aux colons blancs qui lui fournissent l’alcool  qui le soulage de ses mots, voit enfin une issue à son calvaire. Un moyen de se racheter une conduite, de retourner vers son peuple. Mais il ne sait pas ce qui l’attend. (p. 129-138).

 

Lolla-Wossiky est un personnage ayant réellement existé. sa description donnée par Orson Scott Card cadre avec ce que l’on sait du personnage qui était effectivement borgne et alcoolique. Sa légende veut qu’il ait failli mourir et que durant le temps où il a été inconscient il ait eu une vision. Cette vision appelant à l’unification des différentes tribus indiennes pourtant farouchement rivales autour d’un intérêt commun : la conservation de leur territoire. Tekumsaw est décrit par les militaires de l’époque comme le plus grand chef de guerre indien de l’Histoire. Ce point de vue est partagé par les indiens. Quelle que soit la façon dont cela s’est fait, il est avéré que  Tekumsaw et son frère ont réussi un exploit qui ne s’était jamais produit et ne s’est pas reproduit depuis en constituant leur fédération. De brillants succès militaires ont laissé poindre une lueur d’espoir quant au succès de l’entreprise. Mais la bataille de Tippi-cannoe a mis fin  au rêve, cela à cause d’une erreur stratégique de la part de la fédération qui dans sa précipitation et son inquiétude face au déploiement ennemi s’est lancée dans la bataille alors que son stratège principal, Tekumsaw, était absent. La transformation spectaculaire de Lolla-Wossiky, qui était a priori méprisé par ses compatriotes, en prophète influent parmi les chefs de tribu n’est pas expliquée. Si les capacités guerrières de son frère sont connues et expliquent le respect et l’écoute qu’il a pu recevoir, l’importance qu’a pris le prophète peut paraître surprenante et on félicitera l’initiative de l’auteur d’exhumer cette histoire énigmatique qui soulève des problèmes de conscience encore aujourd’hui.

 

Pour de plus amples explication sur les faits historiques je vous renvoie au documentaire d’Arte « Terre indienne, la vision de Tecumseh » en 2 parties diffusé le 25 août 2012 :

 

http://www.dailymotion.com/video/xmev6c_terres-indiennes-la-vision-de-tecumseh-1-2_news

 


 Les Chroniques d’Alvin le faiseur comptent 7 tomes :

  • Le septième fils traite de l’installation des colons en Amérique à travers l’histoire de la famille d’Alvin dans son enfance ,
  • Le Prophète Rouge,
  • L’Apprenti, où Alvin devenu apprenti forgeron dans le village où il est né rencontre Peggy,
  • Le Compagnon, où le petit frère d’Alvin, septième fils lui aussi, du fait de la mort précoce d’un de ses frères laisse éclater sa haine pour le fils prodige et rallie le Défaiseur (on soulignera l’apparition de Napoléon et de Balzac qui se rangent du coté de Calvin) ,
  • Flamme de vie, qui aborde le sujet de l’esclavage et permet l’introduction du personnage d’Abraham Lincoln, avocat encore peu connu mais apprécié et talentueux 
  • et  La Cité de Cristal, dernier volet où pèse l’ombre de la guerre de Sécession.

 

Le thème de l’enfant aux potentialités extraordinaires est récurrent chez cet auteur qui prend plaisir à mettre en scène de jeunes héros en formation comme Alvin, Ender et Bean. Il a dédié un cycle à chacun  d’eux.

 

  • Le Cycle d’Ender, dont deux tomes ont été primé consécutivement, ce qui ne s’était jamais vu, met en scène l’éducation du héros éponyme. Dès son plus jeune âge, il est repéré pour devenir le commandant des forces terriennes dans leur combat contre une invasion extraterrestre décisive pour le sort de l’humanité. À six ans il est envoyé dans une école spatiale spartiate où aucun sévice ne lui sera épargné. De leur côté, son frère et sa sœur, surdoués comme lui mais ayant été refusés, l’un pour sa violence, l’autre pour sa douceur, décident de devenir chroniqueurs politiques sous pseudonyme et influencent l’opinion publique sur les réseaux sociaux.
  •  La Saga des ombres se déroule dans le même univers mais se focalise sur Bean, officier de neuf ans sous les ordres d’Ender (qui en a onze). Le récit débute avec l’enfance chaotique du jeune garçon et donne un éclairage particulier aux événements du Cycle d’Ender.

 

Ce qui est frappant dans l’écriture d’Orson Scott Card n’est pas la qualité littéraire de son texte mais la simplicité de celui-ci car il retranscrit le regard de l’enfant qui grandit, de ses incompréhensions, ses frustrations et ses joies avec une sincérité qui pénètre. Alvin est candide, inconscient des forces qui le menacent tandis qu’Ender est caractérisé par sa lucidité dans l’adversité mais tous deux se distinguent par leur volonté qui les pousse à dépasser leurs limites.

 

Le style du passage où figure l’extrait cité plus haut est plutôt haché, ce qui permet à l’auteur de sauter du point de vue d’un personnage à celui d’un autre en reliant deux discours intérieurs parfois dans le cadre d’une même phrase. Ses descriptions franches sont sans concession, le récit prend alors parfois des allures de conte, d’autant que le potentiel haïssable des personnages historiques antagonistes est volontairement gonflé par l’auteur qui le précise en début d’ouvrage. Les visions et malédictions lancées par les personnages y contribuent aussi. Je pense ici à la malédiction lancée par le prophète au gouverneur Harrison qui pour ses meurtres voit ses mains se tacher d’un sang qui ne peut être lavé que par le récit de ses crimes à chaque étranger qu’il rencontre.

 

 

 

Orson Scott Card publie également des romans en tome unique comme Enchantement qui exploite le conte de la Belle au bois dormant en intégrant des voyages dans le temps et des personnages du folklore russe tels que Baba Yaga. Yvan, Américain d’origine russe rentre dans son pays et est projeté dans le passé où il réveille Katharina, princesse gardée par le dieu Ours sur ordre de la sorcière. Les deux personnages apprendront à se supporter puis à s’aimer en se confrontant consécutivement à leurs propres appréhensions et à celles de l’autre en voyageant dans les deux époques.

 

Pour plus de détail concernant la bibliographie de l’auteur : http://noosfere.com/heberg/fbeurg/card.htm

 

 


Amandine Bettin, AS édition-librairie 2012-2013

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Amandine - dans fantasy
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives