Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 07:00

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Oscar WILDE
Le Fantôme de Canterville

et autres contes 
Titre original :  

The Canterville Ghost
Traduction : Jules Castier

Librairie Générale Française, Le Livre de Poche
Coll.Les Classiques de Poche, octobre 2009
1ère édition : 1891


Liste des éditions :

Marabout-Gérard (1972),
Livre de Poche (1988, 1991, 1992, 2009),
Livre de Poche jeunesse (1988, 1995, 1998, 2001),

Flammarion (1996),
Gallimard jeunesse ( 1994, 1997, 2007)
 

 

 

 

 

Oscar_Wilde.jpg L’excentrique auteur

Oscar Wilde, de son nom complet Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, naît  à Dublin le 16 octobre 1854. Jane Francesca Elgee, sa mère descend de la lignée du révérend Maturin, célèbre auteur de romans noirs, et est elle-même poétesse. Robert Wills Wilde, son père est un chirurgien réputé. Irlandais dans l'âme, Oscar Wilde est également anglais dans ses manières très étudiées qui transparaissent dans l'ensemble de son œuvre et qui ne font guère l'unanimité parmi les artistes de l'époque qui ne manquent pas de le critiquer.

Quelques années après la mort de sa sœur cadette Isola en 1867, Wilde commence ses études au Trinity College de 1973 à 1874, à Dublin, puis les poursuit au collège de Magdalen à Oxford de 1874 à 1878. Il découvre là-bas un monde de subtilité dans les nuances et de fins esprits qui ont un goût prononcé pour la beauté des arts anciens de la Renaissance et de l'Antiquité grecque. Wilde suit d'ailleurs quelques mois les cours de John Ruskin, homme de tête du  mouvement « esthète » dont l'intérêt se porte sur la littérature, la peinture et la musique et qui prône le Beau. Ses années à Oxford font de lui un personnage excentrique, vêtu de costumes de dandy. Brillant élève, son écriture peu descriptive, recèle cette étincelle d'esprit qui colore ses propos et leur donne l'éclat qui est tant admiré dans ses œuvres.

Installé à Londres en 1879, il est alors reçu par les plus hauts aristocrates tels que la duchesse de Portland ou Lord Pembroke, comme le signale Jean-Luc Steinmetz dans les commentaires qu’il fait du Fantôme de Canterville, (Le Livre de Poche, collection Classiques, octobre 2009). Il séduit par son « talent de causeur émérite », crée des mondes par sa simple parole, les colore par l’invention de mots, les fait vivre par une étincelle d’esprit qui habite tous ses discours.

En 1884, il épouse Constance Lloyd avec qui il aura deux fils, Cyril et Vyvyan, alors qu’il décide de mettre un terme à ses excentricités et d’améliorer l’image qu’il donne de lui. Il rédige plusieurs contes dont Le Fantôme de Canterville (1887). Cependant, il reprend très vite sa personnalité d’excentrique.

En 1891 paraît l’unique roman de Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, l’œuvre qui lui offrira la célébrité et des critiques concernant l’immoralité du héros et son extrême audace à parler de la force du plaisir. On y voit notamment une transposition de sa relation avec Lord Alfred Douglas qu’il rencontre la même année et avec qui il vit une relation passionnée. Mais en affichant publiquement son homosexualité, à une époque où elle est très mal considérée, il s’attire les foudres de la justice anglaise qui le condamne à une peine de deux ans de travaux forcés en 1895. A sa sortie, il s’exile en France, brisé, puis rejoint Lord Alfred Douglas en Italie. Il meurt le 30 novembre 1900 à Paris.


Son œuvre

Oscar Wilde adhère au mouvement esthète, et recherche le beau dans chacune de ses œuvres, autant dans la recherche de ses mots, de ses métaphores que dans l’esprit qui imprègne ses écrits.

Il n’écrit qu’un seul roman qu’il publie en 1891 sous sa forme achevée, Le Portrait de Dorian Gray. Il connaît le succès avec son œuvre mais choque également les Anglais pour ses personnages immoraux.

Il rédige des contes pour ses fils, The Happy Prince and Other Tales (Le Prince joyeux et autres contes), et des recueils de nouvelles dont notamment Le Crime de Lord Arthur Savile (Lord Arthur Savile’s crime, 1891) ou encore Le Fantôme de Canterville (Canterville Ghost, 1887). Il écrit aussi beaucoup de pièces de théâtre qui seront pour certaines censurées et interdites de représentation telles que Vera (1880), qui sera retirée de l’affiche la veille de la première.


Résumé

Le Fantôme de Canterville, une nouvelle écrite en 1887, raconte l’histoire d’une famille américaine qui s’installe dans un château hanté d’Angleterre sur le domaine de Canterville Chase. Les clichés et l’humour sont de mise avec un père ministre américain nommé Hiram B. Otis qui ne veut pas croire qu‘un certain fantôme nommé Sir Simon — qui a tué sa femme Eleanore de son vivant — hante les lieux depuis trois cents ans, une paire de jumeaux surnommés “Stars and Stripes” qui font des farces au pauvre Sir Simon, un jeune homme appelé Washington, qui s’active avec du détergent pour effacer une tache de sang qui réapparaît chaque matin dans la bibliothèque. Et enfin, une jeune fille, Virginia, dont la pureté rivalise avec les jeunes princesses stéréotypées des contes. Sans oublier Mme Otis, bonne mère de famille, qui apporte au fameux fantôme un élixir pour calmer d’éventuelles indigestions suite aux affreux cris qu’il lance le soir dans le château. Ainsi, cette famille américaine, très pragmatique, ruine le “métier du fantôme” qui aime raconter au lecteur tous les déguisements terrifiants qu’il a inventés et qui ont toujours fait leur effet sur les hôtes anglais du château. Il rappelle, non sans plaisir, qu’il a quelques illustres morts de peur à son actif.

Mais cette cruauté cache en réalité un cœur tendre, qui a été condamné à demeurer à Canterville Chase jusqu’à ce que l’amour d’un jeune enfant lui permette le repos éternel. Ici, le jeune enfant est incarné par Virginia à qui il raconte cette prophétie. La jeune fille, sensible, accepte de le suivre jusqu’à l’endroit où se trouvent ses restes, c’est-à-dire derrière un mur. Finalement, Sir Simon s’en va reposer en paix dans le Jardin de la Mort.



Analyse

Le Fantôme de Canterville veut s’inscrire dans la tradition anglaise des récits fantastiques. Cependant, Wilde s’amuse à détruire cette tradition gothique, qui cherche à terrifier un public amateur d’émotions fortes, en accumulant tout un ensemble de stéréotypes tels que les phénomènes atmosphériques qui précèdent l’arrivée de la famille Otis sur le domaine de Canterville Chase. En effet, un orage tonne et les éclairs zèbrent le ciel, comme pour annoncer un événement terrible qui n’aura finalement pas lieu. En outre, le manoir comporte des éléments qui montrent son ancienneté et plantent le décor de cette histoire « terrifiante » : les lambris, les vieilles armures. Puis, une tache de sang, preuve du meurtre d’Eleanore par son mari, Sir Simon, ne cesse d’apparaître dans la bibliothèque alors que le jeune Washington essaie différentes lotions détergentes pour la faire disparaître. 


Le métier de spectre

Le Fantôme de Canterville est bien évidemment le personnage principal de ce récit. Il tient par ailleurs son rôle de spectre très à cœur : en effet, il doit apparaître dans les couloirs du château de Canterville une fois par semaine et pousser des cris atroces les premier et troisième mercredi du mois. Mais alors que le lecteur s’attend à un terrifiant spectre qui hanterait les couloirs en traînant ses chaînes, Wilde s’applique à démystifier ce stéréotype. Effectivement, ce fantôme se montre théâtral, et peut-être trop, ce qui prête plus à rire qu’à effrayer : il s’applique à choisir plusieurs déguisements, qui portent tous un titre exagéré parmi lesquels « Daniel le Muet, ou le Squelette du Suicidé », « Jonas sans Tombe, ou le Voleur de Cadavres de Chertsey Barn ». En outre, il règle ses apparitions comme de véritables mises en scène :

« Vers le soir, il y eut un violent orage, et le vent était tellement déchaîné que toutes les fenêtres et les portes de la vieille maison tremblaient et claquaient. Bref, c’était précisément le temps qu’il aimait. Voici quel était son plan de bataille : il devait se rendre sans bruit dans la chambre de Washington Otis, lui adresser, du pied du lit, du baragouin inintelligible, et s’enfoncer par trois fois le poignard dans la gorge aux sons d’une musique lente. Il en voulait tout particulièrement à Washington, car il savait fort bien que c’était lui qui avait l’habitude d’effacer la célèbre tache de sang de Canterville avec de l’Extra-Détersif Pinkerton. Ayant ainsi amené le jouvenceau téméraire et imprudent à un état de terreur abjecte, il devait alors se rendre dans la chambre occupée par le ministre des États-Unis et sa femme, et là, poser une main moite sur le front de Mrs. Otis, cependant qu’il susurrerait, à l’oreille de son mari, les secrets effroyables du charnier. »
 

Cependant, alors que ces terrifiants déguisements, apportèrent un certain succès au fantôme en effrayant plusieurs hôtes précédents de Canterville, dont « la jolie Barbara Modish » qui rompit ses fiançailles avec le grand-père de Lord Canterville, c’est loin d’être le cas avec cette famille américaine. Ses tentatives désespérées pour la terrifier sont toutes mises en échec par les jumeaux qui s’amusent à le faire tourner en bourrique : en effet, ils fabriquent un spectre de toutes pièces afin d’épouvanter Sir Simon, ce qui fonctionne à merveille puisque le fantôme détale « en trébuchant sur son suaire ». Une autre fois, alors qu’il s’apprête à les effrayer en entrant dans leur chambre, il reçoit un seau d’eau, ce qui le fait fuir, rouge de honte. Par ailleurs, les jumeaux ne sont pas les seuls à briser ses « effets » pour faire peur : alors qu’il traîne ses chaînes dans les couloirs du château en plein milieu de la nuit, empêchant toute la famille Otis de dormir, Mr. Otis va à sa rencontre afin de lui donner de l’huile pour gaisser ses chaînes. Le fantôme ne fait plus peur, bien au contraire, il prête à rire.

De plus, loin d’être un spectre comme les autres, Sir Simon a des caractéristiques humaines : il peut se servir de la quatrième dimension à sa guise pour se matérialiser, ce qui, cependant, ne lui sert pas puisqu’il se prend les pieds dans les fils tendus par les jumeaux à travers les couloirs, glisse sur une pente savonneuse soigneusement réalisée par les mêmes garnements, ou bien attrape un gros rhume après avoir reçu un seau d’eau sur la tête.

Enfin, et pour terminer cette analyse sommaire, on comprend vite que Wilde n’épargne pas la famille américaine dans la caricature. Effectivement, la famille Otis affiche un pragmatisme à toute épreuve, et refuse de croire qu’un fantôme hante le château, même lorsque celui-ci se manifeste à plusieurs reprises. Mr. Otis lui fournit de l’huile pour ses chaînes, Mrs. Otis un élixir en croyant qu’il a des maux d’estomac, Washington s’efforçant d’effacer la tache de sang avec des lotions détergentes, inventions récentes à l’époque. C’est une satire des Américains, peuple qui, selon Wilde, croit que tout peut s’acheter avec de l’argent, même les fantômes.


Mon avis

Il ne faut, certes, pas s’attendre à un chef-d’œuvre avec Le Fantôme de Canterville, mais le mélange du réalisme et du fantastique est drolatique et fait sourire, notamment grâce à la démystification plaisante qu’opère l’auteur sur ce fantôme, prêt à tout pour faire son « métier » de spectre, la dernière chose qui lui reste. Une activité mise à mal par les plaisanteries cruelles des jumeaux Otis. On assiste avec un mélange de pitié et d’amusement à ces séances de brimades grotesques. Par ailleurs, l’élément le plus burlesque est, sans aucun doute, le rapport inversé entre celui qui fait peur et celui qui est effrayé. Il est vrai que finalement, c’est le spectre qui est victime des jumeaux et non l’inverse, comme cela devrait être.

Le Fantôme de Canterville est un livre à lire au coin du feu, un après-midi de pluie.
 

Élodie M., 1ère année édition-librairie


Par Elodie - Publié dans : fantastique, horreur
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