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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 07:00

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Oscar WILDE
Le Portrait de Dorian Gray
Titre original
The Picture of Dorian Gray
Traduction de Michel Etienne,
revue par Daniel Mortier
Pocket Classiques, 1991
1ère édition : 1890

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L'âme est une réalité terrible. On peut l'acheter, la vendre ou l'échanger, l'empoisonner, ou la rendre parfaite. Chacun de nous a une âme. J'en suis sûr. »

Le Portrait de Dorian Gray débute dans l'atelier du peintre Basil Hallward, qui réalise le portrait d'un jeune homme à la beauté sensationnelle et d'une innocence sans tache, Dorian Gray. Le drame se noue dans un lieu semblable au jardin d'Éden où Adam et Ève ont perdu leur innocence en croquant dans la pomme de la connaissance, et où Dorian perdra la sienne, son âme corrompue par les paroles envoûtantes d'un dandy blasé qui rappelle Wilde lui même, lord Henry. Prenant conscience du caractère éphémère de sa jeunesse et de sa beauté, Dorian fait le vœu insensé qui le conduira à sa perte : « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi . Il n'est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »

Le premier acte de la tragédie dont Dorian est le héros, à peine ouvert, se referme déjà sur la perte de son innocence. Un héros, oui, jeune, à la beauté parfaite que ni les signes du temps ni les turpitudes du destin ne peuvent altérer, mais un antihéros également, dont le narcissisme sans borne, la cruauté développée par l'assurance de son impunité causent la mort de toutes les personnes qui l'ont réellement approché, et le poussent inexorablement vers sa propre mort.

La première à subir les conséquences des agissements de Dorian est une jeune actrice dont il tombe passionnément amoureux, Sybil Vane. Subjugué par son jeu d'actrice, il la demande en mariage. Mais en découvrant la réalité de l'amour, Sybil a perdu le sentiment de réalité que le théâtre lui inspirait et par là même a perdu son talent. Déçu, Dorian la quitte de façon cruelle et rentre chez lui. Mais à son retour, la bouche de son double peint a un pli cruel qu'il ne lui avait pas remarqué. Il prend alors conscience qu'il a mal agi – « Pourtant, il devait à ce portrait de savoir combien il avait été injuste et cruel envers Sybil Vane. » – et décide de réparer son erreur en se faisant pardonner par Sybil. Mais au matin, lord Henry lui apprend qu'elle est morte dans la nuit.

La mort de Sybil est un moment charnière du roman, le moment à partir duquel il n'y a pas de retour en arrière. Le portrait, reflet de l'âme du jeune homme, a perdu son innocence, la fatalité est déjà en marche, sa vision de la vie a déjà changé ; il n'est plus capable de ressentir la réalité des choses, les moments passés avec Sybil lui apparaissent lointains et il ne ressent pas de peine réelle quand il apprend sa mort :

 « Cependant je dois reconnaître que cet événement ne m'a pas ému autant qu'il l'aurait dû. Il m'apparaît comme le dénouement sublime d'une pièce étonnante. Il a toute l'effrayante beauté d'une tragédie grecque, une tragédie où j'ai joué un grand rôle mais d'où je sors indemne. »

Quant à Lord Henry, le seul intérêt de la mort de la jeune fille à ses yeux est esthétique :

« Sa mort à quelque chose de si beau ! Je suis heureux d'appartenir à un siècle où s'accomplissent de tels prodiges. Ils nous font croire à la réalité de tout ce que nous avions pris pour des jeux : le romanesque, la passion, et l'amour. »

Ces deux extrait nous donnent à voir ce qui va devenir la philosophie de vie de Dorian à partir de ce moment : la quête du beau, des plaisirs, l'hédonisme. Il s'entoure de belles choses, tapisseries, pierreries, tandis que son portrait par un mouvement inverse gagne en laideur. Comme Des Esseintes, le héros du petit livre jaune dont Dorian dit qu'il l'a ensorcelé, qu'il est resté prisonnier de son influence pendant de nombreuses années (il s'agit de À Rebours, de Joris Karl Huysmans), il s'abîme dans des plaisirs de plus en plus pervers afin de se sentir vivre, de ressentir des émotions que ni les œuvres d'art ni les maîtresses ne lui procurent plus : « Il avait des appétits insensés qui, une fois repus, se révélaient plus dévorants encore. »

De nombreux autres seront victime de l'attirance fatale qu'exerce Dorian sur ceux qu'il rencontre. Basil qu'il rencontre par hasard un soir de brouillard lui reproche l'influence néfaste qu'il a eue sur certains jeunes hommes, et la déchéance qui semble toucher tous ceux qui l'approchent de trop près. C'est donc le peintre qui sera la deuxième victime du Dorian Gray. Après lui avoir montré le reflet de son âme, le portrait qu'il a lui même réalisé, pris d'un accès de haine incontrôlé envers Basil Hallward, il le poignarde. Et de nouveau, son crime atroce n'éveille que peu d'émotions en lui. Son âme est trop corrompue pour qu'il puisse encore ressentir quelque sentiment que ce soit. Il se contente de régler les détails de la disparition du corps, soumettant pour cela un jeune chimiste de sa connaissance à un chantage qui aura pour conséquence le suicide de ce dernier, mais pas avant qu'il n'ait fait disparaître le corps du peintre. La disparition du corps par des procédés chimiques est une nouvelle forme de merveilleux dans le roman, non plus le merveilleux traditionnel du souhait insensé qui se réalise mais un merveilleux moderne qui illustre les prodiges que permettent les avancées de la science.

La dernière personne qui meurt parce qu'elle a croisé la route de Dorian est le frère de Sybil, James Vane. Il n'a eu de cesse de se venger depuis la mort de sa sœur mais ne connaît de Dorian que ce surnom de Prince Charmant que Sybil lui avait donné. Un soir, dans un bouge des bas-fonds de Londres, il entend une prostituée appeler Dorian « Prince Charmant » et le poursuit dans la rue pour le tuer. Mais quand il le rejoint, l'homme qu'il a sous les yeux est bien trop jeune pour avoir tué sa sœur presque vingt ans auparavant. Il le laisse donc partir avant de s'apercevoir de son erreur. Alors qu'il a suivi Dorian dans un pavillon de chasse où celui-ci passe le week-end avec des amis, il se fait accidentellement tirer dessus. C'est la délivrance pour Dorian Gray qui décide de changer, de devenir meilleur.

« Culture et corruption, répéta Dorian Gray. J'ai connu passablement les deux. Maintenant, je suis effrayé de découvrir qu'elles sont toujours inséparables. J'ai un nouvel idéal, Harry. Je vais changer. Je crois que j'ai déjà changé. »

Impatient de voir les changements sur son portrait, de constater le début de rédemption de son âme, il se rend dans la pièce où est entreposé le tableau. Ce n'est pas le retour de l'innocence qu'il constate alors, mais le masque de l'hypocrisie.

Désespéré, il transperce le tableau avec le même couteau qui a tué Basil. On retrouvera le corps d'un vieillard défiguré au pied du portrait qui, lui, montre de nouveau le beau jeune homme innocent que fut Dorian.

Le Portrait de Dorian Gray synthétise plusieurs des influences d'Oscar Wilde, et il y fait plus ou moins directement référence dans le roman.

On retrouve une grande figure de la décadence romaine, Pétrone : « Il trouvait un plaisir subtil à s'imaginer qu'il était pour le Londres de son époque ce qu'avait été pour la Rome de l'empereur Néron l'auteur du Satyricon [de Pétrone] »

Il fait également référence à Théophile Gautier : « Pour eux, il était de ceux qui, selon Dante, cherchent à atteindre la perfection par le culte de la beauté. Pour lui, comme pour Gautier, ''le monde visible existait'' »

On trouve également des références à Walter Pater, qui fut le maître de Wilde à Oxford, et qui a contribué à définir l'esthétisme, courant illustré par Lord Henry à de nombreuses reprises dans le roman :

« nous ne savons plus donner de jolis noms aux choses et pourtant les noms sont tout. C'est pourquoi je déteste le réalisme vulgaire en littérature. L'homme qui appelle une bêche une bêche devrait être condamné à en tenir une toute sa vie. Il n'est bon qu'à cela. »

Cependant, l'influence la plus marquante dans ce livre est sans nul doute celle de Joris Karl Huysmans et de son œuvre À Rebours. C'est le livre jaune donné par Lord Henry qui ensorcelle tant Dorian, et de nombreuses références implicites y sont faites, notamment dans tout le chapitre sur les objets que Dorian Gray collectionne (pierreries, tapisseries, parfums...) qui est une reprise plutôt fidèle de plusieurs chapitre de À Rebours.

« Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d'un vert accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge ; de péridots vert poireau ; d'olivines vert olive ; et elles se détachèrent de branches en almadine et en ouwarovite d'un rouge violacé, jetant des paillettes d'un éclat sec de même que ces micas de tartre qui luisent dans l'intérieur des futailles. »

La façon dont Des Esseintes séduit et influence un jeune garçon dans À Rebours est assez semblable à l'influence qu'a exercée Lord Henry sur Dorian au début du livre.

Je conseille vraiment la lecture de ce roman, et comme Daniel Mortier le dit dans sa préface, « Parmi les livres qu'on a lus, il y a ceux qu'on oublie, alors même qu'ils vous ont apporté un grand plaisir […] Et puis il y a les livres dont le souvenir reste gravé et vous accompagne. ». Pour moi, Le Portrait de Dorian Gray fait partie de la deuxième catégorie.


Filmographie : voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Portrait_de_Dorian_Gray

Informations sur la vie de l'auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde


L.F., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

Oscar WILDE sur LITTEXPRESS

 

 

Oscar Wilde Le Fantome de Canterville

 

 

 

 

 

 

 

  Article d'Élodie sur Le Fantôme de Canterville.

 

 

 

 

 

 

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