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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 07:00

 _GARNIER.jpgEntre chien et loup



Pascal Garnier par lui-même


D'après mes papiers, je suis né le 4 juillet 1949, à Paris, 14e. Je ne m'en souviens plus, mais admettons. Ensuite... Enfance normale, dans une famille normale de Français moyens comme on dit, mais pour ma part, de plus en plus moyen à mesure que je m'aperçois qu'on m'a vendu le monde sans mode d'emploi et qu'on a abusé de mon innocence par le biais d'une publicité mensongère. Vers quinze ans, l'Éducation nationale et moi décidons de rompre d'un commun accord. Je n'en peux plus, j'étouffe, la vraie vie est ailleurs. Je vais donc voir si j'y suis. A cette époque, les routes sont encore praticables, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, et toujours plus loin à l'Est. Comme ça, tête en l'air, pendant une dizaine d'années jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'au fond, c'est tout petit le grand monde et qu'en plus, vu sa rotondité, on en revient toujours à la case départ.


Arrive alors la femme et avec elle l'enfant. Autour de moi, mes fidèles compagnons de route rentrent à la niche les uns après les autres, enterrant leurs rêves et leurs illusions comme des os à ronger, pour plus tard, quand ils seront vieux, quand ils n'auront plus de dents. Par défi devant une telle débandade, je me lance dans le rock'n roll et pour dire vrai, je me reçois très mal. Je ne suis pas plus doué pour être pop star que père de famille. Toutefois, en écrivant mes pauvres chansonnettes, j'ai pris goût aux mots. Au fond de moi je nourris le fol espoir d'écrire plus long, un livre par exemple. Mais la pauvreté de mon vocabulaire et ma méconnaissance de l'orthographe et de la conjugaison se dressent devant moi comme d'infranchissables barrières. Alors je divorce, je me remarie, je fais un peu de déco pour des magazines féminins, je bricole par-ci par-là, je m'égare parfois dans des combines plus ou moins avouables, bref, je tue le temps, je me solubilise. Et je retrouve la qualité d'ennui de mon enfance d'une douceur opiacée. J'ai trente-cinq ans.


Ne s'évadent que ceux qui sont incarcérés, et d'une certaine manière c'est mon cas. Je n'ai plus le choix, ma seule issue c'est le format 21 x 27 d'une page blanche. J'y creuse laborieusement mon trou sur un coin de table de cuisine. Je meuble mon vide. Une nouvelle, puis deux, puis trois, puis... Un jour un éditeur au bout du fil, et pas des moindres, POL. Un recueil de douze nouvelles sort sous le titre de : "L'année sabbatique". Une bonne soixantaine de livres suivront chez différents éditeurs, pour la jeunesse, pour les adultes, en noire, en blanche (cette forme d'apartheid ne me concerne pas). Voilà, tout cela est un peu brouillon, je le reconnais. J'écris parce que, comme disait Pessoa : « La littérature est bien la preuve que la vie ne suffit pas. »



Hommages à Pascal Garnier

Alexis Brocas et François Aubel (Nouvel Observateur) :
http://www.magazine-litteraire.com/content/hommage/article.html?id=15607

Christine Ferniot (Télérama) :
http://www.telerama.fr/livre/pascal-garnier-a-rejoint-le-grand-loin,53353.php#xtor=RSS-22

Christophe Dupuis (Libraire) :
http://bibliobs.nouvelobs.com/20100308/18181/hommage-a-pascal-garnier

Marcus Malte (Ecrivain) :
http://bibliobs.nouvelobs.com/20100308/18183/lecrivain-marcus-malte-se-souvient-de-pascal-garnier




La critique


Des textes à l'humour terriblement grinçant. Qui broient le noir et serrent le cœur. C'est qu'il est incroyablement proche de ses personnages (...) et de ses lecteurs aussi. Allant sans cesse des uns aux autres, dans un souci du complément.
Xavier Houssin, Le Monde des livres

Rien que du noir chez Garnier ? Non, comme la lune, le romancier diffuse un rayon de lumière qui révèle les lâchetés et les névroses de ses personnages. Et, dans un feu troublant de ressemblances, l'ampleur des nôtres.
François Aubel, Le Magazine littéraire

Pascal Garnier prend la réalité pour ce qu'elle est – effrayante. Il plonge ses personnages – monstres et innocents – dans une dérive suffocante, sans jamais céder au cynisme. Ici un brin d'espoir, ici, une envolée lyrique. Et toujours cette écriture ample, sensuelle, pour dire la folle destinée du genre humain.
Martine Laval, Télérama

Du bonheur, les héros de Pascal Garnier ne connaissent que des flashs, tranchants comme des scalpels. Leur quotidien, c'est la vieillesse, la solitude, la décrépitude. No future, toute la crudité et l'implacabilité de la vie sont là, dans ces mots cliniques et familiers distillés au fil de romans courts et intensément noirs.
Alexandra Schwartzbrod, Libération
GARNIER-LE-GRAND-LOIN.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal GARNIER
Le grand loin

Zulma, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'histoire : L'itinéraire d'une chute

Homme placide à la vie insipide, n'ayant rien à faire, Marc s'est toujours contenté d'être.


Une vie qu'il menait par procuration à travers Chloé sa deuxième épouse qui lui imposait  passions, amis, dîners. Ces dîners où la voix de Marc ne portait pas aux oreilles des autres. Ce dîner où « quelqu'un avait évoqué la ville du Sud Ouest et il s'était jeté dessus comme un noyé sur une bouée : Moi aussi, je connais Agen ! », et le silence pesant qu'avait provoqué cette annonce tonitruante.


Marc ressentait le besoin d'être pris dans ce grand mouvement qu'est la vie, comme ce flot des voitures qu'il regardait passer accoudé à la rambarde du pont qui surplombait l'autoroute.


Ni l'adoption récente de Boudu, un chat au nom prophétique, ni la proposition de Chloé, partir en voyage à Budapest, « ville sympa et proche » ne pourraient le satisfaire.


Lui a des envies d'ailleurs, de lointain. Envies désormais devenu irrépressibles. 


Parfois même, il songe à la terre de feu, « lieu où la terre s'achève, le bec dans l'eau […], une falaise surplombant la mer et lui,assis au bord, barattant le vide de ses pieds nus. Le bout du monde devait ressembler à certains petits coins de Bretagne. C'était un peu décevant ».

Pour lui, l'aventure, le lointain, c'était Agen, là où tout commence et où tout s'achève.

Qui mieux que sa fille Anne, conçue lors de son premier mariage, aujourd'hui internée en hôpital psychiatrique, pouvait incarner cette instabilité, ébranler sa routine? C'est avec elle, compagnon de voyage idéal, qu'il choisi de partir au Touquet. Une petite escapade qui deviendra vite une fugue, un voyage sans espoir de retour. Cette équipée absurde finira par se perdre au détour des routes qu'ils croiseront, des cadavres qu'ils laisseront dans leur sillage.

 

 

Le style : Tendrement cruel

Dans son dernier roman ou plutôt dans sa dernière longue nouvelle, Pascal Garnier, un des meilleurs stylistes français du roman noir – s'il faut le classer dans un genre, chose qu'il n'approuvait guère :   « Cette forme d’apartheid ne me concerne pa s»  – nous raconte une fois de plus l'histoire de personnages ordinaires, modestes, « des cabossés de l'existence ». Ici, il se place de nouveau en écrivain des âmes perdues afin de nous livrer l'histoire de Marc, personnage principal, et sa lente descente aux enfers. 


Dans son œuvre, la tension, le mal-être des personnages est perceptible dès les premières pages ; chacun d'eux semble évoluer dans un confort certes bancal mais tout de même réel.


L'art de Pascal Garnier consiste à décrire ces moments où tout chavire dans la vie de ses personnages : « le croche-pied qui fait basculer un destin ». Cet instant bref mais lourd de conséquence où les gens se perdent, se pervertissent, abdiquent.


Chez cet écrivain le fond est toujours servi par la forme. Un style épuré, minimaliste, un sens du détail, un art de la concision, de nombreux aphorismes, des ambiances, des atmosphères presque apocalyptiques et des personnages aux silhouettes ignobles façon Bacon.


Pascal Garnier était un écrivain tendrement cruel à l'humour noir qui ne tombait jamais dans le cynisme, une façon pour lui et ses lecteurs de rire de la vie, pour ne pas en pleurer.

 

D'autres textes
GARNIER-L-A26.gif 







L'A26

Zulma, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

Bernard, employé de la SCNF atteint d'un cancer incurable, vit au côté de sa sœur Yolande à qui il a consacré sa vie quitte à gâcher la sienne. Elle, tondue à la Libération pour avoir sympathisé avec l'ennemi, reste traumatisée par cet événement ; depuis, elle ne sort plus de chez elle et se contente de regarder le monde à travers un trou dans un de ses volets qu'elle garde constamment fermés.


Pour elle, son frère devrait se contenter de faire comme elle, « ne rien aimer, comme ça on est jamais déçu et on fout la paix aux autres ».


Frère et sœur vont se contenter de cette minable existence jusqu'à ce que Bernard soit mis en congé maladie à durée indéterminée. Dès lors tout bascule pour lui et il commencera à enterrer des cadavres dans le chantier de l'A26 non loin de la cabane où ils vivent.

Un des meilleurs livres de Pascal Garnier selon moi. Une ambiance, une atmosphère très sombre, très tendue voire dérangeante qui vous prend aux tripes.

PASCAL-GARNIER-LUNE-CAPTIVE.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lune captive dans un œil mort

Zulma, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martial et Odette sont deux jeunes retraités qui ont cédé aux avances d'un agent en immobilier spécialisé en résidence senior.


Ce type de résidence que nous pouvions autrefois observer outre-Atlantique et qui ont la fâcheuse tendance de se développer en France. Sorte de club Méditerranée ultra sécurisé, où la vie des résidents est entièrement planifiée allant  jusqu'à aménager des plages horaires pour les visite familiales, seul moment où les gens de l'extérieur ont la possibilité de pénétrer entre ces murs.


Le petit paradis dans lequel le couple croyait avoir emménagé, leur permettant ainsi de se tenir à l'écart des nombreux dangers du monde extérieur, se révèle vite être d'un ennui mortel, un véritable enfer dans lequel chaque résident va peu à peu révéler sa véritable nature.

Humour noir et portraits acerbes sont les principales caractéristiques de ce roman dans lequel Pascal Garnier s'attache à dénoncer ceux qui vendent du rêve comme ceux qui vendent de la peur.

 

Benjamin, 1ère année Éd.-Lib.

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