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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 07:00

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Patrice JUIFF
La Taille d’un ange
Albin Michel, 2008 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

patrice-juiff.jpgPatrice Juiff.

Patrice Juiff est plus connu pour ses talents de comédien que de romancier. Il a joué des petits rôles à la télévision (Rastignac, Les Rebelles de Moissac ou Le Nouveau Monde) et au cinéma (Le Temps Retrouvé ou Le Coût de la vie ; Dans le miroir une hirondelle ou Les Chiens pour les courts métrages).

Très peu d’informations sont disponibles à propos de la vie de Patrice Juiff. Pour ce qui est de sa carrière de romancier, elle a commencé en 2003 avec Frère et Sœur (Plon). S’ensuivent deux autres livres, Kathy (2006) et La Taille d’un ange (2008), tous deux publiés chez Albin Michel. Pour ce dernier, l’auteur a reçu le Grand Prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2008.

Peu connu, Patrice Juiff sera tout de même salué par la critique dans Le Figaro littéraire  où Stéphane Hoffman a écrit à propos de La Taille d’un ange : « Les neuf histoires racontées par Patrice Juiff vous glaceront le sang et vous feront fondre le cœur » ou encore dans L’Express où Thierry Gandillot souligne que « C’est là tout le talent de Patrice Juiff : s’emparer de l’abject et le porter au sublime ». De même, dans les quelques critiques que l’on trouvera sur cet auteur, tous s’accordent pour placer l’oeuvre Patrice Juiff dans la lignée de  Raymond Carver avec des personnages fragiles, complexes et terriblement humains.

 

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La Taille d’un ange.

«Peu importait sa mise en garde, j’étais trop heureuse de me trouver une maman, une vraie, la mienne, même avec seize ans de retard et des carences psychologiques importantes. Même débile mentale. Si elle avait été également manchote, cul-de-jatte et aveugle je n’en aurais pas été moins soulagée de la savoir en vie. »
« Un cœur en commun ».

La Taille d’un ange est un recueil de neuf nouvelles. Si la première caractéristique qui fait d’un récit une nouvelle est la brièveté, par conséquent l’élimination de tout ce qui amène l’intrigue comme dans le roman, c'est bien ce que fait Patrice Juiff qui plante le décor dès la première, voire la deuxième phrase de chaque nouvelle. Que ce soit dans « La Taille d’un ange »  : « Vince a pris douze ans de taule. Pour un viol qu’il n’a pas commis », dans « Le Dimanche matin » : « Papa nous tabasse tous les dimanche matins » ou encore dans « L’Atlantique à la nage » : « Ça ne m’était pas arrivé depuis un bon bout de temps de tomber amoureux », le lecteur plonge d’emblée au cœur du récit. Chaque nouvelle conduit le lecteur à suivre l’histoire des différents narrateurs à un moment clé où leurs existences vont être amenées à changer, volontairement ou non. On imagine facilement un univers passé, un présent bouleversant et un avenir incertain. En effet, les nouvelles s’arrêtent  de façon à laisser une libre interprétation au lecteur.

« Vince a pris douze ans de taule. Pour un double viol qu’il n’a pas commis. Je ne vois pas comment ni pourquoi il aurait violé deux filles alors qu’il avait ce qu’il fallait à la maison. Vince est un garçon gentil, doux et patient. Il ne m’a jamais forcée. Ni frappée. Ni quoi que ce soit. Ni aucune de ses ex. Ce n’est pas son genre. Au contraire, il y a pas mal de filles qui auraient voulu qu’il s’intéresse à elles, qui étaient prêtes à pas mal de choses pour ça. Mais Vince a toujours refusé leurs avances depuis qu’il est avec moi. Alors je ne sais pas comment on peut l’accuser de ce crime-là. »
« La Taille d’un ange ».

Toutes ces nouvelles sont écrites à la première personne. L’écriture de l’auteur tend à s’adapter à chaque personnage. Elle permet de mettre en évidence certains traits de caractère comme la naïveté d’une jeune fille, la colère d’un adolescent, l’angoisse et la peur d’une autre jeune fille ou encore le malaise et le regret.

Cependant, pour tous, l’écriture s’élabore en phrases courtes qui rythment le récit et donnent plus d’intensité au coup de théâtre final de chaque nouvelle. Le lecteur se retrouve aussi face à une écriture dessinant une trame qui semble suivre celle de la pensée, où se mêlent des répétitions, un langage cru, sans complexe ou recherche d’esthétique.

« Papa nous tabasse tous les dimanches matin. Il dit qu’il le fait parce qu’il nous aime. Parce que sans ça on deviendrait des monstres. Il dit que les enfants c’est comme les animaux et qu’il faut les dresser pour qu’ils ne se transforment pas en bêtes sauvages. Mais au contraire en personnes responsables. En adultes intégrés dans la société. Je ne sais pas pourquoi alors il tabasse maman qui n’est plus une enfant, même si elle chiale comme un bébé quand elle prend une raclée. Je crois aussi que papa doit nous aimer beaucoup vu le nombre de coups qu’il nous distribue chaque dimanche matin. »  
« Le dimanche matin ».

Le thème de la famille reste le plus important dans toute ces nouvelles où se succèdent diverses images du père dépeint comme alcoolique, violent, terrifiant, mort, absent ou regretté mais aussi comme un vrai père auquel le narrateur est inéluctablement lié par un attachement sentimental.

La mère est tour à tour montrée comme une mère-enfant (ou ado), une femme ayant ses propres désirs, qui peut être prête à abandonner ses enfants pour vivre, toute empreinte de naïveté, face aux personnages masculins.


Frères et sœurs sont liés, se protègent, s’aiment et se haïssent en même temps. Quant au couple, il apparaît déchiré et lié car aucun des deux n’ose quitter l’autre par peur de la solitude et de l’inconnu.

C’est dans ces tensions et contradictions permanentes chez les personnages, surtout chez les narrateurs, que leur humanité se trouve exaltée. Par l’expression des travers de leur pensée, ils se révèlent monstrueux mais aussi attendrissants ; le lecteur ressentira simultanément empathie et antipathie à leur égard.


Ces aspects contradictoires des personnages feront d’autant plus perdre pied au lecteur que les narrateurs présentent comme des banalités et des évidences une violence quasi quotidienne ou des sujet tabous comme l’adultère, la maladie d’Alzheimer, les handicaps mentaux, l’abandon ou encore l’alcoolisme qui est présent dans presque toutes les nouvelles. En tant que lecteur, on se retrouve dans un certain malaise, tout de même intéressant car révélateur de la complexité de l’être humain. Qui plus est, les narrateurs appartenant à différentes générations et aux deux sexes, le récit fictif particulier tend cependant au général puisqu’il se fonde sur des situations et des tabous qui, même cachés, font partie du quotidien de nombreuses personnes.

Voici l’adresse Internet d’un entretien avec Patrice Juiff à propos de La Taille d’un ange, qui permettra d’approfondir :  http://www.lyc-lumiere.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?article605


Anaïs Andreetta, deuxième année Bibliothèques-Médiathèques.

 


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Published by littexpress - dans Nouvelle
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