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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 07:00

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Patrick MODIANO
L’Herbe des nuits
Gallimard
Collection Blanche, 2012




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Patrick-Modiano.jpgL'auteur

Patrick Modiano est né en 1945 à Boulogne-Billancourt, d'un père juif et d'une mère flamande, actrice de théâtre. Bien qu'il soit né après la fin de l'occupation allemande, il restera marqué par cette époque comme s'il l'avait vécue et ne cessera de l'évoquer dans la plupart de ses écrits.

Patrick Modiano n'aura que trop peu connu les joies de la vie de famille. Ses parents, ne pouvant (ou ne voulant) assurer son éducation, l'inscrivent dans différents pensionnats où il passe la majeure partie de sa scolarité jusqu'à l'obtention, en 1962, de son baccalauréat qui sera son seul diplôme.

C'est en 1968 que paraît son premier roman, La Place de l'étoile (Gallimard), qui connaîtt un franc succès et reçoit le prix Nimier et le prix Fénéon. S'ensuivent près d'une quarantaine de roman dont Rue des boutiques obscures (Gallimard) qui reçoit, en 1978, le prix Goncourt.

En plus de ses romans, il participe à l'écriture de scénarios pour le cinéma et la télévision, de textes de chansons et d'albums pour la jeunesse.

Si c’est un homme discret, cela ne l’empêche pas de fleurir régulièrement les tables des libraires et d’attirer un large public.



Entre fiction et réalité

En lisant sa biographie, on se rend compte que Patrick Modiano distille des épisodes de sa vie à travers son œuvre.

La nostalgie, la recherche de visages disparus, l’errance, la clandestinité, la jeunesse et ses indécisions, et surtout la période trouble de l’Occupation sont des thèmes récurrents de ses romans, souvent liés à sa propre histoire.

S'il s'inspire énormément de ses expériences personnelles, il les déguise habilement sous une foule de détails qu'il glane dans de vieux documents (d’anciens annuaires, des plans de ville...). Ces détails, en apparence anodins (un numéro de rue, le nom d'un hôtel...), brouillent la réalité et nous permettent de ne pas simplement lire ses romans, mais de les vivre.

« J'ai conservé une feuille de papier bleu à l'en tête du docteur Génia Karvé,  oto-rhino-laryngologiste, 12 avenue Victor Hugo 16éme, Passy 38-80  » (De si braves garçons, Gallimard, collection Folio, 1982, page 35.)

Lire des romans de Patrick Modiano, c’est comme regarder les photos aux tons sépia d’un Paris oublié ou méconnu, où les personnages ne sont que les passagers de l’Histoire, des ombres qui ne laissent qu’un vague souvenir et qui pourtant reviennent un jour vous visiter.



L’Herbe des nuits

En quelques mots…

Jean, se promène dans le quartier de Montparnasse. Au détour des rues, il se souvient que, bien des années auparavant, cet arrondissement fut le théâtre d’une partie de sa jeunesse. En parcourant les avenues, en passant devant les bâtiments, des noms lui reviennent : Dannie, Aghamouri, Chastagnier, Marciano… Ce groupe qu’il appelait « la bande de l’Unic Hôtel ».

Commence alors pour lui un voyage dans le passé, dans cette période trouble qui est celle de la France au temps de la décolonisation. Par le biais d’un petit carnet noir où il avait pour habitude de consigner les détails de sa jeunesse (noms, adresse,  rendez-vous…), il se rappelle Dannie, jeune fille mystérieuse qui s’est empêtrée dans une « sale affaire », avec pour complices cette bande de jeunes hommes ayant tous un lien avec le Maroc et se réunissant la nuit dans le hall d’un hôtel de Montparnasse.


Qui étaient-ils vraiment ?

Quels étaient leurs agissements ?

Quels liens entre Dannie et ses hommes ?

Pourquoi la police enquêtait-elle sur eux ?

Autant de questions qui parfois restent sans réponse et entraînent le narrateur dans les lignes de ce carnet noir où les visages se croisent et se redessinent, tout comme la ville de Paris dans cette période incertaine des années 60.

Entre rêve et réalité, présent et passé, le voyage commence rue d’Odessa…



Une invitation au voyage « modianesque »

Si le terme « modianesque » venait à apparaître dans le dictionnaire la définition serait la suivante :

Modianesque : En référence à l’auteur Patrick Modiano. Se dit d’une situation ou d’un personnage clair-obscur, où apparaissent de façon récurrente les thèmes de la recherche de soi, de la nostalgie, et de la reconstitution du passé.


Une fois n’est pas coutume, Patrick Modiano nous livre un roman où s’écrit en filigrane un partie de sa vie.

Dans L’Herbe des nuits, le narrateur est la représentation que Modiano se fait de lui-même dans cette période d’incertitudes que fut sa jeunesse dans la France des années 60.

On sent que Modiano utilise la voix de son héros pour s’exprimer. En effet, le personnage de Jean est un écrivain qui a environ soixante ans, mais au-delà ces informations, on perçoit entre les lignes le sentiment de doute que l’auteur a ressenti dans sa jeunesse, qu’il qualifie lui-même d’« incertaine », et son malaise par rapport à l’autobiographie – « […] on évite d’écrire les détails trop intimes de notre vie de crainte qu’une fois fixés sur le papier ils ne nous appartiennent plus » (p. 36) –,  qui le pousse à écrire ici, comme dans une majeure partie de ses romans, une autofiction. On peut noter d’ailleurs que Jean utilise parfois les mêmes formules que des personnages d’autres romans  : « […] nous étions à la merci de leurs silences » (p. 168)  que l’on peut retrouver dans Le Café de la jeunesse perdue (Gallimard, 2007).

C’est donc une sorte de double enquête que mène Patrick Modiano, celle sur l’affaire qui unit cet étrange groupe de l’Unic Hotel à la mort d’un homme (librement inspirée de l’affaire Ben Barka), et celle plus intime, de la recherche de repères dans une période trouble de la vie du narrateur.

Le roman est une succession d’alternances entre passé et présent, un voyage dans un Paris des années 60 mystérieux, presque onirique, loin de l’image de carte postale que l’on s’en fait.

C’est avec une écriture poétique, faite de phrases courtes, de mots simples que Modiano nous entraîne dans son univers si particulier. Le rythme de ses phrases s’associe au rythme des pas du narrateur, une balade nocturne des petites impasses aux grandes avenues parisiennes, toujours avec cette sensation de clandestinité, de doute dans laquelle erre une jeunesse en quête de repères.



On reproche beaucoup à Patrick Modiano de réécrire sans cesse la même histoire, la sienne. Mais chaque déguisement que revêt sa vie au travers de ses romans est toujours un plaisir de lecture. Quand on lit Modiano, on s’imagine difficilement qu’il ait un mal fou à s’exprimer oralement ! Il manie clairement mieux les mots lorsqu’il les pose sur le papier que lorsqu’il les dit.
 
Il reste pour moi un auteur touchant, qui nous entraîne dans ses tourments avec pudeur, poésie et surtout simplicité, un voyage dans un Paris méconnu, où les rues nous semblent pourtant familières tant il nous fait partager ses émotions, ses souvenirs.

Comme en une thérapie par l’écriture, Modiano se livre, certes jamais directement (excepté dans Un pedigree, Gallimard, 2005), toujours sous le masque de ses personnages, peut-être pour nous laisser cette impression de flottement, de mystère qui le caractérise tant.


Julie, 1ère année édition-librairie

Sources

 http://lereseaumodiano.blogspot.fr/

 http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/09/28/patrick-modiano-en-noir-et-brume_1766315_3260.html

Pour l’affaire Ben Barka :

 http://www.lexpress.fr/actualite/societe/histoire/chronologie-de-l-affaire-ben-barka_484113.html

Bibliographie :
 http://lereseaumodiano.blogspot.fr/p/les-livres-de-patrick-modiano.html

Émission « La grande Librairie » avec P. Modiano, J. Échenoz et P. Quignard
4/10/2012 sur France 5

Documentaire « Patrick Modiano, je me souviens de tout »
12/06/2012 sur France 5


 

 

Patrick MODIANO sur LITTEXPRESS

 

Patrick Modiano De si braves garçons

 

 

 

 

 

 

Article de Guillaume sur De si braves garçons.

 


 

 

 

 

 

modiano.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 Article de Pauline sur Dimanches d'Août

 

 

 



              








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