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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 07:00

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Patti SMITH
Just kids
traduit de l’américain
par Héloïse Esquié
éditions Denoël, 2010.



 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Patti Smith naît à Chicago le 30 décembre 1946 et grandit à Pittman dans le New-Jersey. Jeune fille, elle a déjà, malgré une éducation religieuse relativement féroce, une forte attirance pour le rock’n’roll, et en particulier pour la figure de Brian Jones à qui elle voue un véritable culte. Elle dévore les écrits de Dylan Thomas, Burroughs ou Ginsberg et rêve d’une vie aussi mouvementée et intense que celle de son héros Arthur Rimbaud. À vingt et un ans, sa décision est prise : il faut quitter le New-Jersey pour investir Greenwich Village (lieu de rassemblement de tous les artistes underground du moment). C’est de cette époque où elle n’était pas encore chanteuse que va nous parler Patti Smith dans Just Kids, son premier roman autobiographique.



L’écrit…

Just Kids tient avant tout du roman d’initiation : c’est la Patti arrivée à New-York en 1967 après avoir confié son bébé qu’elle a eu trop jeune à une famille d’accueil, qu’elle a choisi de raconter. Elle débarque à New-York sans argent ; d’abord employée dans une librairie de Manhattan, Patti Smith rencontre Robert Mapplethorpe, celui qui allait devenir l’un des plus grands photographes américains, et dont elle deviendra la fidèle amie et confidente. Celui-ci la prend sous son aile et l’invite à emménager avec lui au célèbre Chelsea Hotel, à la pointe d’East Village, où elle rencontre de nombreuses personnalités artistiques. Sa propre pratique artistique y prend de la force : elle ne cesse de peindre, d’écrire et joue de la musique.



… et sa visée

Just Kids s’ouvre et se ferme sur la disparition de Robert Mapplethorpe mort, en 1989, du sida. À l’évidence, il ne s’agit pas d’un livre sur le rock’n’roll ; le jour précèdant la mort de Robert, Patti Smith lui avait promis d’écrire un livre sur leur amitié et l’amour qu’ils se portaient. Donc son but n’était pas d’écrire sur le rock. Car la musique, dans ce livre, Patti Smith en parle très peu ; d’ailleurs le récit s’achève avec ses premiers concerts au CBGB et l’enregistrement de son premier album en 1975,  Horses. Sa route l’a menée au rock’n’roll, mais avant, il y a eu Robert. D’ailleurs Patti Smith s’épanche librement et abondamment sur son amour/amitié éperdu(e) pour lui. Au détour des pages, des clichés savamment choisis mettent en lumière cette relation amoureuse. Patti Smith a su saisir ces instants éphémères d’un bonheur (leur bonheur) noué par des lendemains incertains. Elle écrit avec dévotion cette relation, faite d’une amitié complexe, exigeante, toujours en constante évolution.



Une rétrospective des années 60

Just Kids s’impose aussi comme une formidable cartographie du New York Arty (Lower East Side) où se prostitue Robert Mapplethorpe dans les chambres miteuses du Chelsea Hotel où elle vit avec lui, du hall de cet hôtel où elle croise William Burroughs au Max’s Kansas City où se rendent Andy Warhol et sa clique, centre de la bohème new-yorkaise. C’est un temps où l’underground était possible que saisit et restitue Patti Smith .C’est cette fidélité aux artistes qui ont su si bien l’inspirer que Patti Smith va décrire avec l’âme du poète transformant au fil des pages son autobiographie en un document chargé d’émotion, retraçant le monde artistique des années 60/70. Elle a compulsé, pour ce livre qu’elle a pensé et écrit pendant plus de treize ans, tous ses journaux intimes, où chaque détail était consigné, des coupes de cheveux qu’elle administre à Mapplethorpe à la lumière de la lune, ou l’atmosphère du New-York des années 60 ou 70. On comprend alors mieux la parfaite description (à la perle près) des colliers qu’elle fabriquait avec Robert ou le récit détaillé de sa première rencontre avec Allen Ginsberg. C’est en nous emmenant au plus exact de sa vie dans les années 60 que Patti Smith arrive à recréer cette ambiance et à la faire partager.



Le style marqué d’une poètesse.

Il est connu que les lyrics de Patti Smith sont poétiques, qu’elle a publié des livres de poésie, qu’elle voue un culte depuis son plus jeune âge à Rimbaud, mais l’écriture de Just Kids va au plus précis, évite les grandes phrases, les effets lyriques. Limpide et dénué d’amertume malgré les coups durs (le sida, la pauvreté…), son style restitue son exaltation avec une innocence toujours intacte. Elle voulait aussi écrire un livre sur la loyauté, la découverte de soi à travers la poésie, le rock ou la photographie.

Et que cela inspire d’autres générations. Ce sont des descriptions simples, belles et puissantes que l’on retrouve dans Just Kids, et qui nous permettent de nous replonger dans un univers méconnu, inattendu et aux multiples facettes.

« J’ai voulu écrire un livre qu’un non lecteur puisse lire, mais qu’un amoureux de la lecture puisse apprécier aussi. J’ai essayé de faire un film avec les mots, avec, en tête, la nouvelle vague française »

« Même si William Burroughs était mon ami, si je voyais Gregory Corso tout le temps, si Allen Ginsberg m’a beaucoup appris, je n’ai pas voulu leur consacrer trop de place et risquer de dévier de mon histoire avec Robert. Et puis à l’époque tout était différent, il n’y avait pas un culte de la célébrité comme aujourd’hui. À l’époque, je pouvais me retrouver assise dans une pièce à discuter avec Janis Joplin, un type des Byrds et un autre du Jefferson Aiplane, alors qu’ils étaient connus et que moi j’étais juste une gamine qui travaillait dans une librairie. Il n’y avait pas tant d’écart entre nous. Nous étions habillés pareil, avions à peu près le même âge, ils ne vivaient pas dans des VIP room. Ils venaient des années 60, des beatniks, des luttes politiques, sociétales. Ils inventaient une forme à mesure qu’ils vivaient et travaillaient »

C’est de cette invention que témoigne Just Kids et c’est pour cela qu’il apparaît un peu comme une ode à la création. Patti Smith parle du temps révolu de la Beat-Génération où de multiples arts étaient réunis (notamment au Chelsea Hôtel, épicentre des artistes new-yorkais) et où on pensait encore pouvoir faire bouger les choses. Just Kids est au final un concentré d’espoir et d’idéaux qui émergeait ces années-là. Mais aussi une ode à la vie car c’est avant tout un livre sur et pour Robert Mapplethorpe, son premier amour, celui avec qui elle s’est construite et grâce à qui elle est devenue la chanteuse d’aujourd’hui.


Ésilda, 1ère année Éd.-Lib.

 


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