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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 07:00

Paul Auster Cité de verre


 

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Cité de verre
Titre original :
City of glass
Traduit de l’américain
par Pierre Furlan
Actes Sud, 1987
Livre de poche, 1994

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie de Paul Auster, consultable sur Evene.fr

 
http://www.evene.fr/celebre/biographie/paul-auster-1230.php

 

Ce livre est le premier volume de la Trilogie new-yorkaise composée de « Cité de verre », « Revenants » et de « La chambre dérobée ».

 



Tout commence par un hasard, un hasard qui changera à jamais la vie de Daniel Quinn, écrivain de romans policiers sous le pseudonyme de William Wallace.

Ayant perdu sa femme et son enfant, ce dernier vit désormais à l’écart de la civilisation. Il passe six mois de l’année à écrire, cloîtré chez lui, et les six autres mois à errer dans les rues de New York.

Un coup de téléphone retentit tard dans la nuit dans son petit appartement perdu dans l’immensité de New York. On demande le détective Paul Auster, d’urgence. Quinn a beau expliquer que c’est une erreur, les coups de téléphone se multiplient.

Face à l’insistance de son mystérieux interlocuteur, il se décide finalement à se faire passer pour ce Paul Auster, et commence alors pour lui une nouvelle vie. Il obtient un rendez-vous et c’est ainsi qu’il rencontre Peter Stillman et sa femme Virginia. Peter est un personnage étrange, à l’aspect fantomatique. Habillé tout de blanc, de couleur de peau très pâle, il laisse à Quinn la sensation qu’il est invisible.

Stillman lui explique qu’il court un grave danger, que son père, qui l’a séquestré pendant près de neuf ans durant son enfance, a été remis en liberté et qu’il va chercher à le retrouver.

Son langage est fragmentaire, enfantin. C’est une des séquelles du long isolement au cours duquel il a perdu peu à peu contact avec le monde humain. Privé de lumière, enfermé, frappé si un mot sortait de sa bouche, il est progressivement devenu un « enfant sauvage », un être humain privé de toute forme d’éducation. Ce n’est qu’après sa libération qu’il a pu enfin se civiliser.

Commence alors une longue filature dans les rues de New York, au cours de laquelle Quinn garde contact avec les Stillman par téléphone. Il retrouve le père de Stillman et le poursuit, s’enfonçant dans l’interminable labyrinthe de la ville.

Par ailleurs, au cours de son enquête, Quinn cherche à entrer en contact avec le vrai Paul Auster afin de lui expliquer la situation. Il parvient à le rencontrer, mais ce dernier n’a rien d’un détective, il est écrivain.

C’est donc toujours seul qu’il continue à interpréter son rôle de détective, suivant les pas du père de Stillman, mais les choses se compliquent : las de sa filature, il finit par entrer en contact avec ce dernier, qui transpire la folie. Chaque jour, Quinn se présente à lui sous un nouveau nom, sous une nouvelle identité, et ira même jusqu'à se faire passer pour son fils. Mais, à chaque fois, le père Stillman ne semble pas le reconnaître. Cette situation dure plusieurs jours, puis l’énigmatique personnage disparaît. Commence alors une chute vertigineuse pour Quinn, durant laquelle tout ce qui se rapporte à son enquête s’évapore… Mais c’est aussi et surtout son identité qu’il perd peu à peu tout au long de son enquête, détruite par la solitude et la folie…

 

Ce qui frappe d’abord dans ce livre, c’est le thème de l’identité. Quinn est hanté par le traumatisme causé par la mort de sa femme et de son enfant et vit complètement exclu de la société. L’enquête est pour lui l’occasion de se sentir exister à nouveau ; il utilise le personnage de fiction de ses romans policier, Max Work, pour se créer une nouvelle personnalité, celle du détective Paul Auster. Il s’oublie peu à peu en tant que Quinn jusqu’à devenir le fictif détective Paul Auster. Mais les multiples identités qu’il emprunte ne lui permettent jamais de combler le néant à l’intérieur de lui-même. Il se perd peu à peu, devient de plus en plus sauvage. L’apogée de sa folie survient lorsque tout ce qui le ramène à son investigation disparaît, car il n’a plus de raison d’agir sous l’identité du détective Paul Auster, et ne peut redevenir le Quinn qu’il était autrefois. Il devient donc une ombre, un fantôme, et s’efface.

 

Le fils Stillman, lui, recherche également son identité, il souhaite devenir quelqu’un de « normal ». Privé d’éducation et de toute forme de langage pendant son enfance à cause de son père, il est comparable à un « enfant sauvage » selon la définition du sociologue Lucien Malson. Même lorsqu’il semble s’être civilisé, les séquelles de son isolement restent toujours visibles, notamment au niveau du langage.

« Je dis ce qu’ils disent parce que je ne sais rien. Je ne suis que le pauvre Peter Stillman, le garçon qui ne peut pas se souvenir. Bouh hou hou. Bon gré mal gré. Petit cornichon. Excusez-moi. Ils disent. Mais le pauvre petit Peter, que dit-il, lui ? Rien, rien. Plus rien.

C’était ça.. Noir. Très noir. Aussi noir que tout noir. Ils disent : c’était ta chambre. Comme si je pouvais en parler. Du noir je veux dire. Merci. »

Ainsi, Paul Auster montre l’importance de la parole, car c’est la capacité à exprimer sa pensée, à montrer que l’on est civilisé, et c’est ce qui différencie les hommes des animaux, du sauvage.
 


Quant au père Stillman, il est aussi un homme sauvage, un homme qui a perdu son identité d’être humain. Il vit en dehors de la société. C’est à cause d’un traumatisme, celui de la mort de sa femme, et de son rêve de créer le « langage de Dieu » et de « recoller les fragments du monde », qu’il a peu à peu sombré dans la folie et dans la marginalité.



Enfin, l’auteur introduit habilement, et de manière parfois presque imperceptible, de nombreuses références à la quête identitaire tout au long du récit : Quinn parle avec une de ses lectrices à propos de son livre et elle lui dit :

« Il y a un endroit où le personnage se perd qui fait pas mal peur ».

 Premier dialogue entre Quinn et le père Stillman :

« Je n’ai pas pour habitude de parler à des inconnus ».

On retrouve tout au long du texte des allusions comme celles-ci, qui soulignent le thème de la recherche d’identité.

 
 
Mais Cité de verre, c’est aussi une réflexion constante avec les personnages, un jeu de miroir continuel dans lequel les personnages et le lecteur se perdent. Par une subtile mise en abyme, Paul Auster sème la confusion, les personnages de l’histoire se reflètent tous les uns les autres.

Tous les personnages principaux sont intimement liés à Quinn par leurs habitudes, leurs histoires, leurs personnalités, leurs apparences…

Mais il y a aussi confusion entre fiction et réalité : l’auteur se met lui même en scène en tant que personnage du livre, mais il y introduit aussi des souvenirs, des situations, des événements, des lieux que lui-même a connus. Ce que Paul Auster met dans son œuvre, c’est un peu de lui-même.

Enfin, le narrateur est « un ami de Paul Auster » et l’histoire est racontée à la manière d’un témoignage car ce même narrateur se base sur un cahier écrit par Quinn pour transmettre les faits. On a ainsi l’impression que les personnages sortent du livre pour s’introduire dans la réalité du lecteur.
 


Ce qui caractérise aussi cette oeuvre, c’est l’intertextualité. De nombreuses références au récit d’apprentissage sont présentes. Dans le roman d’apprentissage, le personnage devient un individu grâce au voyage, en découvrant le monde et la société qui l’entoure. Par des allusions ou des citations d’auteurs tels que Rousseau (Les Confessions), Montaigne (Essais), Edgar Allan Poe, (Les aventures d’Arthur Gordon Pym), etc.,  Paul Auster insiste sur la quête du moi par l’errance des personnages. Mais à cause de leur traumatisme, ces derniers n’arrivent jamais à se forger. Au lieu de se construire par le voyage et la découverte du monde, les personnages de Cité de verre se détruisent, ils ne parviennent pas à sortir des espaces de solitude et d’errance qu’ils traversent et finissent par disparaître.

 Cite-de-verre-BD.jpg
La ville de New York a un rôle important dans le livre. C’est un lieu d’errance, dans lequel les personnages vont et viennent, et se perdent. New York représente aussi l’errance psychologique : c’est en se promenant que les personnages se perdent dans leurs pensées, s’enferment en eux-mêmes.

Lors de la description, c’est l’image du labyrinthe qui revient sans cesse. La ville est décrite par ses multiples rues et ses immeubles, ce qui donne une sensation d’oppression, mais aussi d’impasse. Où qu’il aille, Quinn est condamné à errer et à ne jamais trouver la sortie (à savoir la conquête de son identité), il est entouré de murs et de chemins qui ne le mènent nulle part. Il se perd aussi dans la foule, dans le perpétuel mouvement de la ville et des gens qui l’entourent, sans jamais pouvoir s’y mêler. Il est exclu du rythme, est transparent, invisible, aux yeux de la société.

« New York était un espace inépuisable, un labyrinthe de pas infinis, et, aussi loin qu’il allât et quelle que fût la connaissance qu’il eût des quartiers et de ses rues, elle lui donnait toujours la sensation qu’il était perdu. Perdu non seulement dans la cité, mais tout autant en lui-même. »

 
Bastien, 1ère année Édition/Librairie

 


 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, article d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.

 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 


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