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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 07:00

Paul-Auster-Invisible.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Invisible
traduit de l’américain
par Christine Le Bœuf
Actes Sud,
Collection Babel, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster

Né en 1947 à Newark (New Jersey), il commence à étudier, dès 1970, les littératures française, anglaise et italienne à la Columbia University. Il publie alors des articles sur le cinéma dans le Columbia Review Magazine, et écrit ses premiers poèmes.

Paul Auster fera plusieurs séjours à Paris, l’occasion pour lui d’approfondir son intérêt pour la poésie française. Il traduira les poètes surréalistes et dirigera une anthologie de la poésie française au XXème siècle. Par la suite, il publiera plusieurs recueils de poésie, ainsi que des textes critiques.

En 1974, il rentre à New York, ville qui occupe une place centrale dans son œuvre et qui sera pour lui le moteur de la fiction.

Le passage à la prose se fera en 1979. Il est important pour l’étude d’Invisible d’évoquer l’écriture de son autobiographie, The Invention of Solitude, publiée en 1982. Cependant, il ne s’agit en aucun cas d’un discours de vérité mais de l’écriture de sa propre fiction. En effet, il écrit la première partie, « Portrait de l’homme invisible », à la suite de la mort de son père. Il reconstitue alors l’existence de ce dernier, allant jusqu’à l’inventer, le créer. Enfin, la deuxième partie, « Livre de la mémoire », voit disparaître son nom propre au profit d’une narration à la troisième personne qui transcrit son errance entre New York et Paris.



Les personnages

Adam Walker

Le roman débute en 1967, à la première personne du singulier : « J’étais alors étudiant en deuxième année à Columbia, gamin ignorant affamé de livres et pétri de la conviction (ou de l’illusion) que je deviendrais un jour assez bon pour me dire poète. » (p.7)

On établit dès à présent le lien entre le narrateur Adam Walker et l’auteur Paul Auster ; la question se pose alors d’une autofiction. Ce parallèle est confirmé par la biographie réalisée par un autre personnage Rudolf Born et relatée par Adam.

 

« Pendant ce temps, vous pouvez peut-être nous parler un peu de Westfield, New Jersey.

Westfield ? répétai-je, étonné de découvrir que Born savait où j’étais né. D’où sortez-vous Westfield ?

Ce n’était pas difficile, dit-il. Il se trouve que j’en ai appris pas mal sur vous ces derniers jours. Votre père, par exemple, Joseph Walker, cinquante-quatre ans, mieux connu sous le nom de Bud, propriétaire et gérant du supermarché Shop-Rite, dans la rue du patelin. Votre mère, Marjorie, autrement dit, Marge, a quarante-six ans et a mis au monde trois enfants : votre sœur Gwyn en novembre 1945 ; vous en mars 1947 ; et votre frère Andrew en Juillet 1950. […] Et vous, mon jeune ami intellectuel, mon orfèvre en herbe des mots, traducteur d’obscurs poètes médiévaux, il s’avère que vous avez été pendant vos études secondaires un jour de baseball exceptionnel, capitaine de l’équipe scolaire, pas moins. » (p.43-44)

 

Rudolf Born

Tout le roman s’articule autour de ces deux personnages, au destin lié, que sont Adam Walker et Rudolf Born. Ce dernier est rencontré par le narrateur dès le début du récit. « C’est au printemps 1967 que je lui ai serré la main pour la première fois. […] Lorsqu’il se présenta sous le nom de Rudolf Born, mes pensées allèrent aussitôt au poète. […] Je ne sais plus pourquoi je me trouvais là. » (p.7-8)

Rudolf Born apparaît au lecteur sous les traits que lui donne Adam puisqu’il s’agit d’un narrateur interne. La question se pose dès lors de la subjectivité du portrait :

 

« Sans que je m’en sois aperçu, deux personnes venaient de s’asseoir sur le radiateur, un homme et une femme, tous deux plus âgés que moi. […] Ils faisaient, me sembla-t-il, un couple incongru. Born en complet de lin blanc froissé, pas très net, avec sous la veste une chemise blanche également froissée, et la femme (dont il s’avéra que le nom était Margot) tout de noir vêtue. […] Que vis-je d’autre en ces premiers instants ? Un teint pâle, des cheveux roux négligés (coupés plus court que ceux de la plupart des hommes à cette époque), un beau visage carré, sans signe distinctif particulier (un visage générique, en quelque sorte, un visage qui deviendrait invisible dans n’importe quelle foule) et des yeux bruns et calmes, les yeux inquisiteurs d’un homme qui semblait n’avoir peur de rien. Ni mince ni lourd, ni grand ni petit, et donnant néanmoins une impression de force physique, peut-être en raison de l’épaisseur de ses mains. » (p.8-9)

 

Au cours du roman, l’existence de Rudolf Born est remise en question, mais elle sera confirmée par des recherches entreprises sur le campus de Columbia  par un autre personnage, Jim. Ce dernier apprend « d’un des administrateurs de la School of International Affairs que Rudolf Born y avait été professeur invité pendant l’année académique 1966-1967 ». (p. 242)

Enfin, plusieurs personnages évoqueront les activités secrètes du personnage, des hypothèses qui seront attestées par  Born lui-même, lors d’une conversation à la fin du roman :

 

« – C’est un livre sur ta vie.

– Oui, mais que sais-tu de ma vie, Cécile ?

– Tu étais professeur, maintenant à la retraite, en affaires publiques et internationales.

– Entre autres choses, oui. Mais je n’ai pas fait qu’enseigner, j’ai aussi travaillé pour le gouvernement.

[…]

– Et quel genre de travail ?

– Un travail confidentiel
 
– Un travail confidentiel… tu veux parler d’espionnage ?

– De magouille tous azimuts, ma très chère » (p.277)

 

 

Jim, de son nom James Freeman

Ce personnage n’intervient que dans la deuxième partie du roman, il s’agit d’un second narrateur interne. C’est sous sa narration que se déroulera le reste du roman. Le lecteur ne connaît que très peu de choses sur lui, il se présente ainsi :

 

« Aux temps lointains de notre jeunesse, nous avons été amis, Walker et moi. Nous étions entrés ensemble à Columbia en 1965, deux étudiants de première année originaires du New Jersey ». (p.73)

 

Les conversations révèlent son métier d’écrivain.


Gwyn

Gwyn est la sœur d’Adam. Elle sera au centre du récit d’Adam de la deuxième partie. Elle est un personnage important puisque c’est elle qui instaure le doute dans la dernière partie du roman et place le récit d’Adam dans l’ère du soupçon.


Cécile Juin

Ce personnage apparaît dans la troisième partie du récit, lorsque Adam se trouve à Paris. Elle semble être un personnage secondaire dont se sert Adam pour parvenir à ses fins, mais elle se révèle être un personnage indispensable au récit. En effet, elle est un des seuls personnages à faire le lien entre le passé et le présent. Elle est un témoin, le seul témoin réel qui relie tous les personnages entre eux ; elle est la seule à pouvoir évoquer la relation entre Adam et Rudolf. C’est son témoignage qui clôt le roman.

Cécile est décrite par Adam dans un premier temps :

 

« Plus petite, moins imposante que sa mère, elle a des cheveux châtains coupés court, les poignets minces et les épaules étroites, les yeux vifs et mobiles. […] Non pas une jolie fille, presque un peu terne, à vrai dire, et pourtant son visage est intéressant à observer : menton menu, nez long, joues rondes, une bouche expressive. » (p.182)

 

Jim fait une description comparative de Cécile :

 

« À en juger d’après les descriptions que Walker avait faites d’elle dans ses notes pour Automne, sa silhouette s’était significativement épaissie depuis 1967. La mince jeune fille de dix-huit-ans aux épaules étroites était désormais une femme de cinquante-huit ans ronde et bien en chair, aux cheveux bruns et courts (teints : quelques racines grises visibles quand elle me serra la main et s’assit en face de moi), au visage légèrement ridé, au menton à peine avachi et avec les mêmes yeux vifs et alertes que Walker avait remarqués lors de leur première rencontre. » (p. 247-248)

 

 

L’intrigue

Le roman est découpé en quatre parties qui reconstituent le roman autobiographique d’Adam Walker.

 

 

1ère partie

Le roman s’ouvre sur l’autobiographie du narrateur, à partir du printemps de l’année 1967, et sa rencontre avec Rudolf Born. Ce qui scellera réellement ces deux destins est le meurtre de Cedric Williams, jeune noir de dix-huit ans par Rudolf Born.

Le doute s’installe dès lors sur la sincérité de Born :

 

« Born avait l’intention de m’emmener dans un restaurant cubain au coin de Broadway et de la 109e Rue (l’Idéal, un de ses endroits préférés) mais, comme nous traversions vers l’ouest le campus de Columbia, il me proposa de continuer de marcher au-delà de Broadway et de nous diriger vers Riverside Drive, où nous pourrions nous arrêter un moment pour regarder l’Hudson avant de continuer vers Downtown en longeant le parc. […] La nuit était désormais tout à fait tombée, et on voyait difficilement à plus d’un ou deux mètres devant soi. […] j’aperçus la silhouette indistincte de quelqu’un qui sortait d’un seuil obscur. Une seconde plus tard, Born me saisit le bras et me dit de m’arrêter. […] Le gamin avait un revolver dans la main. » (p .63-34)

 

Born n’a-t-il pas volontairement conduit Adam dans ce lieu ? L’agresseur était-il commandité par Born ?

Cette partie finit sur la dénonciation de Born par Adam, malgré les menaces conférées. Born ne sera pas inquiété car il a déjà quitté l’Amérique pour la France.


2ème partie

Le roman reprend en 2007, le narrateur n’est plus Adam mais Jim. Le lecteur apprend dans une lettre d’Adam à Jim que la partie que nous venons de lire n’est autre que le premier chapitre du roman qu’écrit Adam. S’il contacte son ancien ami Jim, c’est parce que ce dernier est écrivain et qu’Adam est en proie à un blocage qui l’empêche d’écrire le deuxième chapitre.

 

« En guise de préambule, je joins ici un brouillon inachevé du premier chapitre d’un livre que j’essaie d’écrire. Je voudrais le  continuer, mais j’ai l’impression de me trouver devant un mur de difficulté et d’incertitude – peur est peut-être le mot que je cherche – et j’espère que parler avec toi pourrait me donner le courage de le franchir ou de l’abattre. Je devrais ajouter (au cas où tu t’interrogerais) que ce n’est pas une œuvre de fiction. » (p.74)

 

Dans une lettre, Adam retrace brièvement sa vie de 1969 à 2007.

Puis suivra la deuxième partie du roman d’Adam, « Été », qui relate l’été d’Adam de l’année 1967, suite au meurtre. Il occupe alors un emploi à la Butler Library, et cohabite avec sa sœur Gwyn jusqu’à son départ pour Paris. Ce deuxième chapitre du roman est la suite de l’autobiographie d’Adam, mais elle est écrite à la deuxième personne du singulier.

 

« Le printemps cède la place à l’été. Pour toi, c’est l’été après le printemps de Rudolf Born mais, pour le reste du monde, c’est l’été de la guerre des Six Jours, l’été des émeutes raciales dans plus de cent villes américaines, l’été de l’Amour. […] Sans Gwyn, tu ne serais jamais arrivé jusque-là. Si grand que fût ton désir de te forger une vie à toi, hors d’atteinte de ta famille, la maison était l’endroit où tu vivais et, sans Gwyn pour te protéger dans cette maison, tu aurais étouffé, annihilé, poussé au bord de la folie. Aucun souvenir de la prime enfance, mais tu la vois d’abord à cinq ans dans la baignoire où vous êtes assis, nus, tous les deux, […] et tu la regardes, avec un émerveillement recueilli. Déjà tu l’aimais plus que quiconque en ce monde, et jusqu’à tes six ou sept ans tu as tenu pour acquis que tu vivrais toujours avec elle, que vous finiriez mari et femme ».  (p .91 et 108)

 

Cette deuxième partie se clôt avec la fin du deuxième chapitre d’ « Été » et le départ d’Adam pour Paris.


3ème partie

La troisième partie annonce la rencontre entre Adam et Jim :

 

« Une semaine après avoir lu le texte d’Été, je me trouvais à Oakland, en Californie, en train de sonner à la porte de la maison de Walker […] Je ne pourrais expliquer pourquoi j’y attachais tant d’importance, mais je souhaitais qu’il me regarde dans les yeux quand je lui dirais que je n’étais pas écœuré par ce qu’il avait écrit, que je ne trouvais cela ni brutal ni horrible (pour lui resservir ses propres termes) […] Tel était le petit discours que j’avais répété dans ma tête […] mais je n’eus jamais la possibilité de dire ce que je voulais dire. Il s’avéra que Walker était mort vingt-quatre heures exactement après m’avoir envoyé le manuscrit ». (p.149)

 

Jim est accueilli par la fille d’Adam qui lui remet les notes pour le chapitre trois, « Automne ». Cette partie relate la rentrée universitaire d’Adam à Paris, la rencontre avec Rudolf Born, sa compagne et Cécile, le projet de vengeance, jusqu’à l’expulsion d’Adam par les autorités.

Le lecteur entre de nouveau dans l’ère du soupçon, mais soupçon d’une nouvelle nature : le doute entre fiction et réalité (autobiographie).

 

« Adieu, Margot. Adieu, Cécile, Adieu, Hélène. Quarante ans après, elles n’ont pas plus de substance que des fantômes. Ce ne sont plus que des fantômes, à présent, et bientôt W. cheminera en leur compagnie. » (p. 229)

 

L’utilisation du terme « fantôme » remet en question l’existence de ces personnages. De plus, si Adam (W.) doit cheminer parmi ces personnages, peut-être n’existe-il pas lui-même, peut-être est-ce une fiction montée de toute pièce. Par ailleurs, cette interrogation sur l’existence des personnages renvoie à la pensée d’Adam, le jour de sa rencontre avec Born et Margot : «  ils me semblaient devenir irréels – comme s’ils avaient été des personnages imaginaires dans une histoire qui se serait passée dans ma tête ». (p .15)


4ème partie

La dernière partie du roman s’ouvre sur le retour de Jim chez lui, à New York. Le voyage de ce dernier l’amène à se rappeler le retour d’Adam à New York en 1967.

La fin du roman est ancrée dans l’ère du soupçon et ce, dès la rencontre avec Gwyn à qui Jim fit lire le roman de son père. La réaction de Gwyn est inattendue :

 

« Je ne comprends pas, me dit-elle. C’est en majorité si vrai, si exactement juste, et puis il y a tous ces trucs qu’il a inventés. Ça n’a aucun sens. […] Ce qu’Adam a écrit est purement imaginaire.

Ce n’est sans doute pas à moi de te le demander, mais pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? Surtout si les autres parties de l’histoire sont vraies.

Je ne sais pas si elles sont vraies. En tout cas je ne peux pas vérifier si elles le sont. Mais toutes ces autres choses correspondent à ce qu’Adam m’a raconté à l’époque, il y a quarante ans. Je n’ai jamais rencontré Born, ni Margot, ni Cécile, ni Hélène. » (p. 238-239).

 

Suite à ces révélations, Jim ne sait plus quoi penser. Il commence une enquête afin de retrouver les protagonistes de ce roman. C’est alors qu’il contacte Cécile qui lui parlera de Paris après le départ d’Adam et ses relations avec Born. Elle en viendra à confier à Jim son journal intime, lequel révèle la complexité du personnage de Born et laisse le lecteur dans le doute.

Après avoir essayé de résumer l’intrigue, on constate que le roman est construit sur une double intrigue : tout d’abord celle liée au meurtre de Cedric Williams et fondée sur la vengeance d’Adam, sa quête de justice. Cette première intrigue fait voyager le lecteur entre New York et Paris, durant l’année 1967. Elle le tient en haleine jusqu’à la dernière page puisque le doute demeure sur la véritable identité du meurtrier. Est-ce réellement Rudolf Born alors que celui-ci admet avoir poignardé le jeune Williams mais nie avoir porté le coup mortel ?

 

« Tu penses à quoi ?

Ce que vous avez fait à ce garçon.

    […]

Un coup, c’est tout. Tu étais là. Tu as vu ce qui s’est passé. Il allait nous tirer dessus.

    […]

Et dans le parc ? Plus de douze coups de couteau après ce premier. Pourquoi diable avez-vous fait ça ?

Je n’ai pas fait ça. Je sais que tu ne me crois pas, mais je n’ai rien eu à voir là-dedans. Oui, je l’ai transporté dans le parc après ton départ, mais quand je suis arrivé là, il était mort. Pourquoi aurais-je continué à frapper un mort ? Tout ce que je voulais, c’était me tirer de là aussi vite que possible.

Alors qui l’a fait ?

Je n’en ai aucune idée. Un malade. Une créature nocturne. New York est un endroit sinistre, après tout. » (p.174-175)

 

La deuxième intrigue prend forme dans la deuxième partie du roman. Nous sommes donc en 2007, Jim découvre l’histoire de cette année 1967 et conseille Adam pour que celui-ci parvienne à finir de l’écrire. Mais la mort d’Adam amène Jim à finir lui-même la rédaction du roman ; une écriture autobiographique remise alors en question par Gwyn.

Cette intrigue est fondée sur la quête de vérité de Jim, mais aussi du lecteur. Cette année 1967 est-elle réalité ou fiction ? Où s’arrête l’autobiographie et où commence la fiction ?

Les formes d’écriture utilisées participent à la vraisemblance, au réalisme du récit.



L’écriture dans Invisible

Invisible est un récit multiforme, un enchâssement littéraire dont le motif central ne cesse de se déplacer, le lecteur se retrouvant confronté aux méandres psychologiques des personnages et notamment d’Adam Walker et Rudolf Born. Il s’agit d’un véritable art narratif offrant un « laboratoire de possibilités humaines » (p.263). Le roman Invisible apparaît premièrement au lecteur comme une autobiographie, avec un narrateur interne qui écrit à la première personne. Mais ce récit exploite toutes les formes d’écriture au long du roman.

La deuxième partie comprend de nombreux échanges épistolaires entre Adam et Jim :

 

« Voici un peu moins d’un an (au printemps 2007), un colis exprès est arrivé chez moi à Brooklyn. Il contenait le manuscrit de l’histoire de Born racontée par Walker (la première partie de ce livre), accompagnée d’une lettre de présentation d’Adam rédigée en ces termes :

 

" Cher Jim,

 Pardonne cette intrusion après un si long silence. […]" (p.74)

 

Cet échange introduit un nouvel élément : le narrateur principal n’est pas Adam, qui est uniquement le narrateur de son autobiographie, de son roman, mais Jim qui est le narrateur d’Invisible.

La correspondance est accompagnée de discours téléphoniques rapportés – « Un mois passa, peut-être un peu plus, et alors, quand je m’y attendais le moins, il reprit contact avec moi. Non par lettre, cette fois, mais par téléphone. » (p. 87)

 

Enfin, Invisible est clos par un extrait du journal intime de Cécile, sur une période de trois mois, qui décrit son séjour auprès de Rudolf Born :

 

« Je tiens un journal depuis que j’ai douze ans, et j’ai écrit un bon nombre de pages sur ce qui s’est passé pendant ma visite chez Rudolf. Un témoignage en direct si vous voulez. » (p. 256)

 

Ainsi, le personnage de Jim est à l’origine du roman Invisible, qui n’est autre que la forme finale du roman d’Adam. Mais Invisible est construit sur une mise en abyme, celle de la rédaction du roman d’Adam, de la mise en forme des notes par Jim – ce qui participe à ancrer le roman d’ans l’ère du soupçon. En effet, le lecteur assiste à une disparition progressive du narrateur : du « je » au « tu », puis du « tu » au « il », celui-ci finit par devenir invisible. Cette forme d’écriture est porteuse d’une réflexion sur l’acte d’écriture :

 

« En parlant de moi à la première personne, je m’étais étouffé, rendu invisible, je m’étais mis dans l’impossibilité de trouver ce que je cherchais. Il fallait que je me sépare de moi-même, que je prenne du recul et que je libère un espace entre moi et mon sujet (moi-même, en l’occurrence), et je revins donc au début de la deuxième partie et entrepris de la rédiger à la troisième personne. Je devint Il, et la distance créée par ce léger déplacement me permit d’achever le livre. » (p .86)

 

Le lecteur est laissé seul face au doute – peut-on dire que le lecteur écrit lui-même l’histoire en un sens ? Le lecteur, par ce procédé, s’identifie peu à peu au personnage, plongeant dans ses méandres psychiques. Sentiment de mal-être, témoin des agissements, des pensées « perverses ». La pression, la honte laissent place au doute. Avons-nous fantasmé ? Pourquoi avons-nous cru à cette histoire ? Pourquoi serait-ce fictionnel alors que nombre d’éléments sont réels ?

De plus, le personnage de Jim qui permet cette mise en abyme entretient le doute en dévoilant les ressorts de la fiction.

 

« [Je] revins m’asseoir sur le lit avec le résumé de la troisième et dernière partie du livre de Walker. Télégraphique. Aucune phrase complète. Du début à la fin, écrit comme suit : Va faire des courses. S’endort. Allume une cigarette. À la troisième personne, cette fois. Troisième personne, tout au présent et, par conséquent, je décidai de suivre son exemple et de rédiger son récit exactement de cette façon : à la troisième personne, tout au présent. En ce qui concerne les pages ci-jointes, fais-en ce que tu veux. […] En dépit de mon intervention éditoriale dans le texte, au sens le plus profond et le plus vrai de ce que raconter une histoire signifie, Automne est du premier au dernier mot l’œuvre de Walker en personne. » (p. 157)

« J’ai déjà décrit de quelle façon j’ai mis en forme les notes de Walker pour Automne. Quant aux noms, conformément aux instructions de Gwyn, ils sont inventés et le lecteur peut, par conséquent, être assuré qu’Adam Walker n’est pas Adam Walker. […] Même Born n’est pas Born. Son vrai nom était proche de celui d’un autre poète provençal et j’ai pris la liberté de substituer à la traduction de cet autre poète par celui que j’ai nommé Walker une traduction faite par moi, ce qui signifie que les références à l’Enfer de Dante, à la première page de ce livre, ne figuraient pas dans le manuscrit original de celui que j’ai nommé Walker. Enfin, je suppose que je n’ai nul besoin d’ajouter que je ne m’appelle pas Jim. » (p. 243)

 

Ces extraits ne témoignent-ils par de la volonté de préserver l’identité et l’intégrité des personnes impliquées ?



Le décor urbain

Ce roman s’inscrit dans la thématique du roman contemporain et urbain. En effet, le décor urbain participe à l’ancrage du récit dans le réel. Le lieu est le moteur de la fiction. Adam décrit avec précision (six pages) le chemin parcouru dans Manhattan jusqu’à Riverside Park :


Paul-Auster-Invisible-Riverside-park-2.jpg

 

« Empruntant le trottoir de Riverside Drive, nous commençâmes à marcher vers le sud. Plusieurs réverbères étaient éteints et, en approchant du coin de la 112e Rue, nous pénétrâmes dans une zone de ténèbres et d’obscurité de la longueur du bloc […] » (p. 63).

 

Le narrateur instaure un climat glauque, menaçant, annonciateur du meurtre. New-York est un lieu de mystère, de secret et d’intrigue. Il s’agit d’une des rares descriptions de New York dans ce roman. La fluidité de l’écriture sert l’image des lieux qu’il décrit. Au charme de la ville, à sa grandeur, se substitue la peur de trouver au détour d’une rue, la méchanceté, l’injustice, le mal.

Il faut tout de même noter la description de la Butler Library dans laquelle Adam travailla durant l’été 1967 :

 

« Et ainsi commence la journée. Tu franchis la porte d’entrée, la lourde porte d’entrée aux ferrements de bronze poli, tu montes l’escalier de marbre, lances un coup d’œil au portrait d’Eisenhower […] et tu pénètres dans une pièce à droite du bureau de la réception […] » (p. 94).

« Une sensation d’irréalité t’envahit chaque fois que tu mets le pied dans les réserves silencieuses, un sentiment de n’être pas vraiment là, d’être coincé dans un corps qui a cessé de t’appartenir » (p. 97).

 

Paul-Auster-Invisible-Butler-library.jpg

 

Ainsi, ce lieu est chargé de mystère. Il crée une atmosphère de malaise, celui-même que semble ressentir le narrateur dans ce lieu. L’utilisation de la deuxième personne du singulier participe à l’identification du lecteur, qui se retrouve témoin, voire acteur des pensées perverses du personnage. Adam semble comme invisible dans ce lieu et ses pensées le rattachent à la réalité ; son travail très mécanique fait de lui un robot, seul le travail bien fait compte et il s’en trouve presque déshumanisé, c’est alors que les pulsions interviennent et font de lui un homme intègre.



Par la suite, nous trouvons plusieurs descriptions de Paris, réalisées par Adam et par Jim. Adam nous décrit son lieu de vie :

 

« L’hôtel du Sud est un établissement miteux, décrépi, situé rue Mazarine, dans le 6e arrondissement, non loin de la station de métro Odéron, boulevard Saint-Germain. En Amérique, un immeuble dans un tel état de délabrement serait condamné à la démolition, mais ce n’est pas l’Amérique, ici, et la ruine lamentable que Walker habite désormais n’en est pas moins un édifice historique datant du XVIIe siècle, croit-il, sinon d’encore avant, ce qui signifie qu’en dépit de sa crasse et de sa vétusté, en dépit des grincements des marches usées du minuscule escalier en colimaçon, son nouveau gîte n’est pas totalement dépourvu de charme. […] » (p. 158).

 

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Description complétée par Jim qui cherche à resituer préciser l’hôtel qui n’existe plus :

 

« […] je souhaitais retourner rue Dauphine cette fois-ci car il se trouvait que c’était en plein le quartier où Walker avait vécu en 1967. L’hôtel du Sud pouvait bien avoir disparu, un grand nombre des endroits qu’il avait fréquentés étaient toujours là. Vagenende était toujours là. La Palette et le café Continu étaient toujours en activité et même le restau U de la rue Mazet servait toujours des repas immangeables à des étudiants affamés. » (p. 247)

 

 

Il semblerait qu’Adam cherche par ses descriptions à opposer la ville de New York et celle de Paris. N’est-ce pas aussi une vision de son for intérieur ? Ce choix apparaît aussi comme une mise en situation pour se consacrer à l’écriture : on peut y voir une volonté de dépouillement pour parvenir à s’extraire de lui-même.

Ainsi, le décor urbain influence la perception du lecteur et sa représentation du réel. La ville est le lieu du crime, de la perversion, de la noirceur comme nous l’avons vu pour New York. Mais il est aussi le reflet des personnages et de leur psyché. Jim écrira concernant les descriptions réalisée par Adam :

 

« Au début d’Automne, il fait de l’hôtel Sud une description assez élaborée, il signale comment Born est vêtu lors de leur première rencontre au café mais, peu à peu, ses descriptions commencent à s’appliquer moins au monde matériel qu’aux états intimes. » (p. 223)

 

Dans l’œuvre d’Auster, la ville, le décor urbain est à la fois un espace concret et virtuel, déréalisé qui conduit à l’errance au cœur de la psyché des personnages – aspect prégnant dans la description que fait Adam de la bibliothèque – mais aussi à l’errance psychologique du personnage solitaire qu’est Adam.

Enfin, nous pouvons ajouter que le décor brouille la perception des choses. Le réel n’a plus aucune stabilité à l’image du monde qui se révèle être un véritable chaos. Finalement, comme le dit Jim, « Seul Paris est Paris ».

Ce qu’on voit n’est pas ce que l’on vit. Cette fonction du décor urbain est évoquée à la fin du roman, dans le journal intime de Cécile. Tout d’abord, nous pouvons noter la description minutieuse de l’île et de la résidence de Rudolf Born :

 

« La maison s’appelle Moon Hill — « montagne de la Lune » — et les conditions de vie y sont primitives. Les fenêtres sont de larges ouvertures taillées dans le roc, non vitrées. L’air passe à travers, la pluie passe à travers, les insectes et les oiseaux passent à travers et il n’y a guère de distinction entre le dedans et le dehors. […] Le paysage est à la fois luxuriant et aride. Une végétation abondante partout (palmiers, caoutchoucs, une centaine de variétés de fleurs sauvages), mais la terre volcanique est parsemée de pierres et  de rochers. […] » (p .260 à 261)

 

Le journal est clos par une description de ce qu’observe Cécile en quittant l’île :

 

« Un champ aride s’étendait devant moi, un champ aride et poussiéreux, semé de pierres grises de formes et de tailles diverses, et, dispersés entre les pierres de ce champ, une cinquantaine ou une soixantaine d’hommes et de femmes, tenant chacun un marteau dans une main et un ciseau dans l’autre, frappaient sur ces pierres jusqu’à ce qu’elles se brisent en deux, […] Cinquante ou soixante hommes et femmes à peau noire accroupis dans ce champ, […] Je demeurai là longtemps, immobile, à les regarder. Je regardais, j’écoutais, et je me demandais si j’avais jamais rien vu de comparable. C’était le genre de travail qu’on associe d’habitude à l’idée de prisonniers, d’individus enchaînés, mais ces gens-ci n’étaient pas dans les chaînes. […] » (p. 288-289).

 

 

 

La place de la poésie

Comme nous l’avons annoncé dans la biographie, Paul Auster a beaucoup étudié la poésie, et notamment la poésie contemporaine et surréaliste. Cet intérêt se retrouve dans Invisible, avec l’évocation de nombre de poètes — de la Grèce antique à la poésie du XXème siècle.


Lycophron — Alexandra


Poète grec du IVème siècle avant J.C., il est l’un des sept poètes de la Pléiade tragique et la Pléiade poétique qui œuvrent pour la pureté de la langue.


Bertran de Born

Poète du XIIème et XIIIème siècle, il est le maître du sirvente politique qui aborde des thèmes violents comme la joie de la guerre. Il s’inscrit dans la tradition de la poésie occitane médiévale. L’image de Bertran de Born arrivant aux Enfers décrite par Dante inspira Paul Auster. Invisible offre la traduction anglaise d’un poème réalisée par Walker à partir d’une interprétation française d’un poème en provençal (p.96). Paul Auster avait-il réalisé ce travail auparavant ? A-t-il étudié ce poète ?


Milton

Poète anglais du XVIIème siècle, il est l’auteur de poèmes épiques et de sonnets qui traduisent les sentiments et les impressions sur des événements précis, historiques ou personnels. La Bible aura une influence cruciale sur son œuvre. Dans le roman, Adam Walker a assisté aux cours sur le poète — peut-être comme Paul Auster — et découvre une édition du Paradis perdu datant de 1670 :

 

« Ce n’est pas l’édition originale de 1667 mais presque, un exemplaire sorti de presse du vivant de Milton, un livre que le poète pourrait avoir tenu entre les  mains, c’est concevable, et tu t’émerveilles de ce que ce précieux volume ne soit pas enfermé quelque part dans une chambre forte thermostatique réservée aux livres rares mais laissé à l’air libre dans l’atmosphère moisie des réserves. » (p. 96)

 

L’émerveillement du narrateur devant cet ouvrage, le bonheur qu’il ressent avec ce livre en main semblent traduire la passion de Paul Auster lui-même pour ce poète.


Georges Perec

Écrivain français du XXème siècle, c’est son roman Les Choses qui est évoqué. Une œuvre qui traite de la recherche du bonheur à travers le consumérisme. Les personnages sont matérialistes et sont secondaires comparés aux choses qui sont décrites. Cette plongée dans le rêve des personnages du roman peut faire allusion au propre roman de Walker : est-ce la réalité ou le récit d’un rêve, d’un fantasme ?


Paul Éluard

Poète d’avant-garde du XXème siècle, il participe au mouvement dada et au surréalisme. Son poème Capitale de la douleur, mentionné dans le roman (p.199), est une exaltation lucide du désir. Il aborde les thèmes de la maladie, de la solitude, de la mort toujours menaçante : c’est ce qui donne son prix au bonheur.

Ces thèmes rappellent les thèmes abordés dans Invisible : la maladie et la mort d’Adam Walker mais aussi sa solitude dévoilée notamment lors de son travail à la bibliothèque. De plus, nous retrouvons l’exaltation du désir avec la révélation de ses fantasmes.


George Oppen

Poète américain du XXème siècle, il est à l’origine du courant de l’objectivisme qui désigne la recherche poétique contemporaine. Le travail des objectivistes se fonde sur une forme d’effacement du poète derrière des créations qui veulent donner accès objectivement au réel. Cette poésie américaine, par ses origines, rompt avec le lyrisme par lequel l’auteur incarnait son jugement dans le texte, elle est épurée de tout jugement subjectif. Le travail objectiviste interroge le rapport entre les énoncés, il les questionne afin de mettre en lumière des liens inapparents. Il ne s’agit pas de métaphore – intensification imagée d’une relation réelle – mais de dévoilement de liaisons cachées dans le réel objectif. Ce travail s’intéresse donc à la formation symbolique du réel.

Reznikoff, une des figures majeures de l’objectivisme, précisait :

 

« Je suppose qu’on peut qualifier du terme « objectiviste » un écrivain qui n’écrit pas directement sur ses sentiments, mais sur ce qu’il voit et ce qu’il entend, qui se restreint presque au témoignage devant une cours d’assises, qui exprime ses sentiments indirectement par le choix de son sujet, et, s’il écrit en vers, par sa musique. »

 

La définition de ce courant littéraire nous amène à nous interroger sur l’importance que lui accorde Paul Auster. En effet, son écriture semble tendre vers l’objectivisme par le fait que les narrateurs ne cherchent pas à apporter de jugement subjectif mais dévoilent le réel tel qu’ils le voient, l’entendent – Cécile écrit dans son journal : « Je regardais, j’écoutais, et je me demandais si j’avais jamais rien vu de comparable » (p. 289).


De plus, le poème écrit par Adam lui-même semble s’inscrire dans ce courant :
 

 

« Never nothing but the dream of nothing

never anything but the dream of all » (p. 214)   

« Jamais rien que le rêve de rien

jamais autre chose que le rêve de tout » (p. 214)

 

Le poème de George Oppen présent dans le roman se révèle être le creuset de l’œuvre  Invisible.

 

« Impossible to doubt the world : it can be seen.

And because it is inevocable

I cannot be understood, and I believe that fact is lethal »

George Oppen, This in Which, (p. 173 dans Invisible)   

« Impossible de douter du monde : on part le voir

Et parce qu’il est irrévocable

Il ne peut être compris, et je crois que cela est mortel. »

George Oppen, This in Which

 

Tout comme P. Auster, George Oppen transcrit sa quête du réel par la ville et la mer observées. Dans ses poèmes ressurgit  ce qu’il a vécu, vu et entendu.

 

« Possible

De se servir

Des mots à condition de les traiter

En ennemis.

Pas en ennemis – en fantômes

Devenus fous

Dans les métros

Et bien sûr dans les institutions

Et les banques. Si on les capture

Un par un en procédant
 
Avec soin, ils retrouveront

J’espère leur rigueur 

Et leur sens. »

George Oppen, Poésie complète,
traduite par Yves di Manno, José Corti.

Le petit trou au fond de l'œil

Comme l'appelait Williams, le petit trou

Nous a laissés nus face

Au monde

Et ne se refermera pas.

Le monde y jette

Un regard vide

Et nous composons

Des couleurs

La sensation

Du foyer

Et certains à l'intérieur

Sont si violents

Et si seuls

Qu'ils ne trouvent pas le repos.

 

Ces deux poèmes ont valeur de manifestes pour G. Oppen mais éclairent aussi l’œuvre de P. Auser.



Conclusion

Invisible de Paul Auster est une œuvre qui se tend entre la biographie personnelle et la fiction. Il existe un décalage entre le « moi » auteur et le « moi » social, biographique. Cette tension et ce doute sont une dénégation qui mène à la mort de l’auteur : l’œuvre est un lieu hybride où s’affrontent l’auteur et son portrait in absentia, avec la présence simultanée du réel et de l’imaginaire.

Où est la vérité ? Où est l’histoire ? Ce roman est à la fois une exploration des possibles romanesques et un « laboratoire des possibilités humaines » (p. 263). Adam reste, malgré les éléments biographiques, un personnage mystérieux. Mais Rudolf Born est le personnage le plus insaisissable, on ne connaît finalement rien de lui. Les personnages et les voix disparaissent – du « je » au « il » – pour ne laisser au lecteur que le mystère de l’année 1967.

Ce roman met le lecteur mal à l’aise du fait de la plongée dans les méandres psychiques des personnages. La pression est palpable face aux fantasmes d’Adam, mêlée à une forme d’empathie envers le héros. Mais l’effondrement est d’autant plus important lors de la mise en doute du récit autobiographique : le lecteur est à la dérive, il est en haleine, dans l’attente d’une fin romanesque qui ne vient pas. Le lecteur est tributaire des choix de l’auteur qui a pris le parti du non-dit, de l’ « invisible ». Mais n’est-ce pas cela la fiction ?
                                   
Le roman se clôt sur une interrogation – une scène anachronique avec la réalité du XXème siècle : Rudolf Born se fait servir par du personnel noir, on croirait vivre au temps de l’esclavage, pourtant ils ne sont pas esclaves. Cette réalité est renforcée par ces hommes et femmes noirs « tenant chacun un marteau dans une main et un ciseau dans l’autre, frappaient sur ces pierres jusqu’à ce qu’elles se brisent en deux » (p. 289) – qu’est-ce que la réalité ? Dans ce roman, dans ce monde – fictif ou réel – la réalité de ce qu’on voit n’est pas la réalité vécue.


Émilie D., 1ère année Bibliothèque

 

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