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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 07:00

Paul Auster Invisible

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Invisible
Roman traduit de l’américain
par Christine Le Bœuf
Henry Holt and Company, 2009
Actes Sud, 2010
Babel, 2012





 

 

 

 

 

 

 

 

L’écrivain

Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Il a commencé à écrire vers l’âge de 13 ans. De 1965 à 1970, il a étudié les littératures française, italienne et anglaise à l’université de Columbia. Pendant cette période, il écrit plutôt des poèmes et des critiques cinématographiques dans le magazine universitaire. Il aborde plus tard le roman et le théâtre. Paul Auster n’est pas seulement écrivain, il est aussi réalisateur. Il a notamment réalisé  Smoke et Brooklyn Boogie en collaboration avec Wayne Wang.

C’est un passionné de littérature française, il a notamment traduit de nombreux poèmes français en américain. Cette passion pour la langue française, il la tient de son oncle dont la terre d’accueil était la France. Paul Auster a d’ailleurs vécu en France de 1971 à 1975. Il est dit de lui qu’il est le « plus français des écrivains américains ». Il a d’abord connu le succès en France avant de percer aux États-Unis. Toute son œuvre est aujourd’hui publiée chez Actes Sud.

Ses romans ont tous un décor urbain, souvent celui de la ville de New York. Il s’est d’ailleurs fait connaître avec la  Trilogie new-yorkaise. Il considère New York comme un « laboratoire humain ». Il y a toujours vécu, et il aime cette ville parce qu’il y voit des gens de tous les horizons. C’est l’endroit qu’il connaît le mieux et il ne le quitterait pour rien au monde.

Il a obtenu le prix Médicis étranger pour  Léviathan en 1993. Il est aujourd’hui l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages qui lui ont permis de s’imposer comme une référence de la littérature postmoderne. Son dernier livre est Chroniques d’hiver (2013) ; il est considéré comme un roman autobiographique, statut que Paul Auster nuance un peu en répondant à François Busnel sur France Inter :

 

« Ni autobiographie ni Mémoires. Ce n'est pas non plus un récit. C'est une œuvre littéraire. Elle est composée de fragments autobiographiques, avec la structure d'une œuvre musicale. Le livre passe d'une année à l'autre. Là, j'ai 4 ou 5 ans, puis au paragraphe suivant j'ai 60 ans… »

 

Pour en savoir plus sur Paul Auster et son rapport à la ville de New York, vous pouvez aussi jeter un coup d’œil aux Carnets de route de François Busnel à l’adresse suivante :

 http://www.youtube.com/watch?v=TrOiZWjzbHk



Introduction au livre

Durant les premières pages du roman, le narrateur est Adam Walker. Adam est un jeune homme de vingt ans qui étudie à l’université de Columbia. On est alors en 1967 pendant une soirée. Et ce jeune homme va faire la rencontre de deux personnes qui vont radicalement changer sa vie. Ces deux personnes forment un couple singulier de dix ans plus âgé que lui. Elles se nomment Rudolf Born et Margot. Rudolf Born enseigne pour un an la politique à l’université de Columbia dans la School of International Affairs. C’est un personnage qui dérange dès les premières pages et dont on n’arrive pas à cerner les intentions :

 

 « Born déclara que Margot et lui étaient sur le point de partir quand il m’avait aperçu, planté seul dans mon coin, et m’avaient trouvé l’air si malheureux qu’ils avaient décidé de venir me remonter le moral – juste pour s’assurer que je ne me tranche pas la gorge avant la fin de la soirée. [...] Cet homme était-il entrain de m’insulter, ou essayait-il réellement de faire preuve de bienveillance envers un jeune inconnu égaré ? Ses paroles en elles-mêmes avaient un ton plutôt joueur, désarmant, mais il y avait dans les yeux de Born quand il les prononça une lueur froide et détachée, et je ne pus me défendre de l’impression qu’il me mettait à l’épreuve, qu’il me narguait, pour des raisons qui m’étaient totalement incompréhensibles. » (p. 10)

 

L’esprit de Born nous apparaît plus que complexe. Margot est quant à elle une femme plutôt mystérieuse et effacée. Adam Walker ne sait pas trop quoi penser de ces deux personnes et il aurait mieux valu pour lui qu’il ne les recroise jamais. Malheureusement il revoit Born dans un bar du campus. Celui-ci lui propose de créer son propre magazine littéraire. Adam se demande si Born ne se moque pas de lui, ils ne se connaissent qu’à peine. Mais il se lance finalement dans l’aventure.

Seulement, lors d’une soirée de ce printemps 1967 où tous deux se promènent à Riverside, Adam découvre la vraie nature de Born. Cela bouleversera sa vie, puisque comme il le dit : « Jamais je ne pourrais lui pardonner – et jamais je ne pourrais me pardonner, à moi. » (p. 71)



Un roman double

En poursuivant notre lecture jusqu’au second chapitre, on comprend que le premier n’est autre que la première partie du manuscrit d’Adam Walker : Printemps. Le narrateur est alors Jim, un ancien camarade d’Adam à l’université de Columbia. Ce second chapitre se déroule quarante ans après le premier. Adam écrit à Jim après des années d’absence car il a un urgent besoin d’aide. Il joint à sa lettre le manuscrit. Tous deux se sont toujours tenus en estime. On ne peut pas dire qu’ils aient été des amis proches, mais ils se sont toujours bien entendus sur leur passion commune : la littérature. Et Jim va finalement permettre à Adam d’achever son manuscrit, qui a pour titre 1967. Il ajoute au « Printemps » deux autres parties : « Été » et « Automne ». Alors qu’il ne lui reste plus qu’un an à vivre, il revient sur cette année 1967 et sur le personnage de Rudolf Born.

Il y a donc une intertextualité et des récits enchâssés. Ce sont des procédés que Paul Auster utilise régulièrement dans ses livres. Ici, le manuscrit d’Adam alterne avec le récit de Jim, chacun nous apportant à sa manière son lot de révélations.
 


Rudolf Born, un personnage diabolique

Adam fait le lien dès le début du livre entre Born et le poète du XIIème siècle du nom de Bertran de Born. Ce poète provençal fait dans son œuvre un éloge constant de la guerre. Quant à Rudolf Born, il dit que « la guerre est l’expression la plus pure, la plus vive de l’âme humaine. » (p. 11) Adam reprend l’image que Dante fait de Bertran de Born arrivant aux enfers. Et cela fait germer l’idée que Rudolf Born est sûrement lui-même possédé. C’est un personnage très impulsif, et on se demande s’il se préoccupe des autres. On s’interroge sur sa nature : est-il réellement humain ? Margot dit, en effet, de Born :

 

 «  Il y a de la violence en lui. Sous tout son charme et ses réparties spirituelles, il y a une vraie colère, une vraie violence » (p. 165)

 

Born est un homme charismatique, mais très lunatique comme nous le montre le passage suivant :

 

 « Ce Born-ci était différent de celui que j’avais commencé à connaître – le blagueur cassant et moqueur qui jubilait de ses propres mots d’esprit, le dandy expatrié, allègrement occupé à fonder des magazines et à inviter à dîner des étudiants de vingt ans. Quelque chose faisait rage en lui et, à présent que cet autre personnage m’avait été révélé, je me sentais pris de recul en sa présence, comprenant qu’il était le genre d’homme qui peut à tout moment entrer en éruption, quelqu’un qui prenait bel et bien plaisir à se mettre en colère. » (p. 38)

 

Rudolf Born est un opportuniste qui connaît la vie de Walker de long en large, sans que celui-ci lui ait raconté quoi que ce soit. Born est finalement bien plus puissant qu’il ne le laisse entendre. Il est loin d’être un simple politologue…



Adam Walker : un double de Paul Auster ?

Né juif, Adam a passé son enfance dans le New Jersey. Puis il a suivi des études littéraires à l’université de Columbia dans la ville de New York. C’est un jeune homme plutôt réservé et timide, malgré sa grande intelligence. Il participe tout de même aux publications de l’université et pratique le base-ball. Il affectionne tout particulièrement l’écriture et la lecture. Il se passionne pour la littérature française, qu’il traduit également.  Jim le décrit en ces termes :
   

«  De tous les jeunes inadaptés de notre petite bande, à l’université, Walker était celui qui m’avait paru le plus prometteur, et je considérais comme inévitable de commencer tôt au tard à entendre parler des livres qu’il aurait écrits ou à lire quelque chose qu’il aurait publié dans un magazine – poème ou roman, nouvelle ou article critique , peut-être une traduction de l’un de ses chers poètes français [...] » (p. 73).
   

Au cours de l’automne 1967, Adam Walker se rend à Paris où il participe au Junior Year Abroad Programm. Il y vit dans des conditions miteuses bien que propices à l’écriture. C’est un bel homme qui ne se rend pas compte de sa beauté, mais qui a beaucoup de succès auprès des filles. Il aime faire l’amour, et ne s’en cache pas tout au long de l’ouvrage.
   
Vous l’aurez compris : tous ces traits de caractère sont aussi ceux de Paul Auster. De plus, l’auteur place son personnage dans une période qu’il connaît puisque il l’a lui-même vécue. La guerre du Viêt-Nam est présente en Amérique et rend l’atmosphère terne et suffocante.
   
Mais Adam se différencie en bien des points de Paul Auster. Ce qui les sépare surtout c’est qu’il n’a pas poursuivi sa carrière d’écrivain et qu’il s’est finalement engagé « en faveur des humiliés et des invisibles » (p. 81). Dans ces conditions, 1967 reste la seule œuvre de sa vie.



L’exercice d’écriture

Paul Auster affirmait récemment durant l’interview sur France Inter :

 

 « Connaissez-vous cet écrivain américain spécialiste du sport, Red Smith ? Il a dit : "Écrire, c'est simple : ouvrez vos veines, et saignez." Les artistes sont des gens pour qui le monde n'est pas suffisant. Des gens blessés. Sinon, pourquoi nous enfermerions-nous dans une pièce pour écrire ? Essayons d'utiliser nos blessures pour rendre quelque chose à ce monde qui nous a tellement heurtés. »

 

Je trouve que cette idée s’applique aussi à Adam dans l’écriture de son manuscrit. Celui-ci a vécu quelque chose d’éprouvant qu’il voulait à tout prix retranscrire sur le papier. Mais il rencontre des soucis dans l’écriture de son livre :

 

 « En parlant de moi-même à la première personne, je m’étais étouffé, rendu invisible, je m’étais mis dans l’impossibilité de trouver ce que je cherchais. Il fallait que je me sépare de moi-même, que je prenne du recul et que je libère un espace entre moi et mon sujet (moi-même en l’occurrence), et je revins donc au début de la deuxième partie et entrepris de la rédiger à la troisième personne. » (p. 86)

 

Finalement, Adam adopte donc la deuxième personne pour la partie « Été » et la troisième pour la partie « Automne ». Du Je on passe au Tu, pour terminer avec le Il. Paul Auster prend cette même distance dans Chronique d’hiver où il utilise la deuxième personne. Ces techniques d’écriture sont donc propres à Paul Auster et permettent d’une certaine manière de ne pas devenir Invisible.


Maud, 1ère année édition/librairie 2012-2013

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, articles de Clément et  d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura et de Sarah.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 

Paul Auster La Chambre dérobée

 

 

 

Article d'Emilie sur La Chambre dérobée.

 

 

 

 

 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 

Paul Auster Le Livre des illusions

 

 

 

 

 

 

Le Livre des illusions, article de Manon

 

 

 

 

 

 

 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Invisible

 

 

 

 

 Article d'Émilie sur Invisible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

dasola 02/10/2013 17:06

Bonjour, j'ai dit tout le bien que je pensais de ce roman http://dasola.canalblog.com/archives/2010/05/11/17786137.html le 11/05/10. Il faudrait que je lise Chronique d'hiver mais j'ai un peu de
mal avec le genre autobiographie (puisque s'en est une). Bonne fin d'après-midi.

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