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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 07:00

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Paul AUSTER
Léviathan

(Leviathan)
Traduit de l’américain
par Christine Le Bœuf
Viking Press, 1992
Actes Sud, 1993
Babel, 1994
Livre de poche, 1996

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur
 
Né en 1947 dans le New Jersey et parfois qualifié de « plus français des écrivains américains », Paul Auster a traduit Sartre, Simenon ou Mallarmé lors de son séjour parisien. On lui doit des œuvres reconnues, notamment La Trilogie new yorkaise, Mr Vertigo, Dans le scriptorium et pour les cinéphiles les scénarii de Smoke et Brooklyn Boogie.
 
Léviathan sort en 1992, et est traduit en 1993 en France chez Actes Sud. Il remportera le prix Médicis étranger la même année.

 

Présentation du récit

« Il y a six jours, un homme a été tué par une explosion, au bord d’une route, dans le nord du Wisconsin » (page 1).
 
Peter Aaron écrivain de profession et narrateur de l’histoire reçoit la visite d’agents du FBI à son domicile. Ceux-ci ont retrouvé le corps d’un homme déchiqueté suite à l’explosion de sa propre bombe. Son numéro de téléphone était dans le portefeuille du défunt.
 
Peter Aaron pense tout de suite à son ami Benjamin Sachs, lui aussi écrivain, et devenu poseur de bombes, destructeur de répliques miniatures de la statue de la Liberté. Il en cache l’identité aux agents et décide de rédiger une biographie de son défunt ami avant que le FBI ne découvre l’identité de l’homme. Il veut, par ce biais, essayer de comprendre comment son ami a pu en arriver là, mais surtout expliquer les faits et en donner une version la plus proche possible de la vérité.

 Nous partons donc de la rencontre de ces deux personnages dans un bar miteux de New York, de la profonde amitié et de l’admiration véritable de Peter Aaron pour le talent de Sachs qui vont en naître. Et ainsi vont se greffer de nombreux personnages (presque tous féminins), des rencontres, qui vont faire avancer, évoluer le récit au fil des souvenirs du narrateur.
 
C’est donc un enchaînement de petites histoires dans l’histoire, tout cela rédigé en deux mois dans une forme d’urgence, de lutte contre la montre.
 
Mais finalement Léviathan, c’est surtout un étalage des thèmes qui sont chers à Paul Auster et que l’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre.
 
 
 
La statue de la liberté
 
Considérée comme seul emblème unanimement vénéré par les Américains, c’est donc pour la forte valeur symbolique qu’elle revêt que Sachs va s’y attaquer.

 

« Elle exprime l’espoir plus que la réalité, la foi plus que les faits, et on serait bien en peine de découvrir une seule personne qui veuille dénoncer les valeurs qu’elle représente : démocratie, liberté, égalité devant la loi » (page 281).


En réalité, dans le récit, il y’a deux éléments marquants. Le premier c’est une anecdote concernant l’enfance de Benjamin Sachs. Celui-ci et sa mère avaient décidé de visiter la statue de la Liberté, la vraie, et lors de l’ascension de la torche (qui était encore possible à l’époque) sa mère est prise de vertige et ne pourra redescendre que sur ses fesses une marche à la fois. La description de cet événement nous montre bien la panique que celle-ci a ressentie (page 54).


« De ma vie je n’ai éprouvé une panique pareille. Je me sentais complètement dérangée, retournée. Mon cœur était dans ma gorge, ma tête dans mes mains, mon estomac dans mes pieds. J’ai attrapé une telle peur en pensant à Benjamin que je me suis mise à lui hurler de redescendre. C’était horrible. Ma voix résonnait dans toute la statue de la Liberté, semblable au brame de quelque âme en peine ».


Le second événement en rapport avec la statue a, lui, un rôle central, charnière dans l’œuvre puisque c’est à partir de ce moment-là que la vie de Sachs va changer. Cela se passe au cours de la fête du centenaire de la statue de la liberté en 1986 à laquelle nos deux protagonistes sont présents. Ivre, Benjamin pourtant marié va flirter avec Maria (une ancienne relation de Peter), ils vont s’isoler pour regarder le feu d’artifice et il va alors escalader une balustrade dans le but d’obtenir une « meilleure vue » (en réalité l’objectif était plus charnel, simplement avoir un contact physique). Une troisième personne va arriver, trébucher et précipiter sa chute de quatre étages. Celle-ci sera freinée par des cordes à linge et il survivra mais en sera radicalement bouleversé. Après une longue période de mutisme, il considère sa vie passée comme un immense gâchis, et veut lui redonner un nouveau sens. Il se sépare, fuit dans le Vermont et s’attelle à la rédaction d’un nouveau livre qui aura pour titre « Léviathan ».

 

La part du destin
 
Le destin tient une part prépondérante dans l’ensemble de l’œuvre de Paul Auster.

 Benjamin Sachs est né le 6 août 1945, par exemple. Jour d’Hiroshima. Il se dit même « né avec la bombe » (page 39). C’est le destin qui fait trébucher la personne lors du feu d’artifice et c’est le destin qui veut qu’il en ait survécu. Comble du hasard au moment exact de la chute, Peter parlait de la visite de la statue de la Liberté par Benjamin et sa mère.

 C’est aussi la destinée qui agit quand il se perd en forêt, et tue un  homme, en légitime défense. Il s’avère que dans le coffre de cette personne, il trouve une mallette contenant de l’argent, un passeport au nom de Dimaggio et une autre mallette avec du matériel pour la création d’une bombe artisanale. Benjamin va alors partir dans une quête quasi mystique.

 Hasard et coïncidence jouent donc un rôle énorme dans ce roman et dans toute l’œuvre de Paul Auster. La vie de Sachs est faite d’événements improbables qui se télescopent, influent l’un sur l’autre.
 
 
 
Les femmes
 
Il y a une triple relation amoureuse dans ce roman, trois relations fortes et intenses finalement.
 
Tout d’abord, la brève relation de Peter avec Fanny, l’épouse de Ben. Celui va l’apprendre mais pardonner son ami.
 
Plus intéressante, plus dense, est la relation que Peter et Ben vont entretenir avec Maria, cette femme qui mettra Ben sur la piste de Lillian, veuve de Dimaggio. Maria est photographe, très fantasque. Paul Auster s’est directement inspiré de Sophie Calle pour ce personnage. Maria a eu une liaison de quelque temps avec Peter et c’est en voulant la séduire que Ben, lors de la soirée arrosée, va tomber du quatrième étage. C’est chez elle qu’il se réfugie après le meurtre de Dimaggio  et après avoir surpris son ex-femme avec un autre homme. C’est Maria qui le met sur les traces de Lillian, son ancienne complice de frasques adolescentes et femme de Dimaggio. Benjamin va se trouver piégé dans cette relation destructrice jusqu’à éprouver de l’admiration pour Dimaggio en pénétrant dans l’ancienne chambre du mari et en lisant sa thèse sur Berkman, un anarchiste d’origine russe. Il va alors s’identifier à lui et vouloir réaliser son œuvre inachevée.

 
 
Le rapport de l’œuvre à l’auteur et inversement
 
Il y a de très nombreux points de comparaison entre Paul Auster et le narrateur de Leviathan, dont le fait qu’ils  aient les mêmes initiales (Peter Aaron). Le narrateur a vécu en France, connu l’échec de son premier mariage d’où cependant va naître un enfant. Il est écrivain aussi. En difficulté financière, puis reconnu et auteur à succès, il va épouser Iris anagramme de Siri la propre femme d’Auster, Siri Hustvedt. Même l’épisode de la visite de la statue de la Liberté serait autobiographique. Ainsi, dans ce livre, Paul Auster utilise à nouveau sa propre vie pour illustrer son récit.

Mais dans ce roman, il y’a surtout un auteur en manque d’inspiration. Peter (en tant que double de Ben) représente la partie clivée de l’écrivain qui réussit à écrire quand même, non par choix mais par nécessité, (écrire au FBI pour réhabiliter la mémoire de son ami) face à Ben, romancier en mal d’inspiration et finalement auteur d’une seule œuvre majeure. Un peu comme deux facettes de l’écrivain : celui qui croit et celui qui ne croit plus.
 
 

La critique des USA
 
Le premier roman de Sachs, intitulé Le Nouveau Colosse, retrace toutes les contradictions de la société américaine. Pour lui l’Amérique a perdu le Nord. Il l’a écrit en prison, étant objecteur de conscience et ayant refusé de participer à la guerre du Vietnam. Il y a là des références à Henry David Thoreau, philosophe et poète américain du XIXème siècle qui prônait une vie simple menée loin de la société, dans les bois. Par exemple son livre La Désobéissance civile (1849), dans lequel il avance l'idée d'une résistance individuelle à un gouvernement jugé injuste, est considéré comme l'origine du concept contemporain de non-violence.

 Le « fantôme de la liberté» comme se fera appeler Sachs envoie des revendications à différents journaux :

 

« La Démocratie ne va pas de soi. Il faut se battre pour elle chaque jour, sinon nous risquons de la perdre. La seule arme dont nous disposons est la Loi » (page 282).


Il est intéressant de remarquer que Benjamin voit la Loi comme seule solution aux malheurs de l’Amérique.
 
Paul Auster se réfère surtout à la personnalité d’« Unabomber », ce mathématicien devenu terroriste, luttant contre une société qui perd son humanité.
 
Finalement ce roman nous montre une Amérique déboussolée qui a rejeté ses valeurs fondatrices, qui a perdu son idéal, Auster parlant d’« hypocrisie totale » d’une société ayant finalement pour fondement le racisme et l’esclavage.
 
 

Le Léviathan

Le Narrateur nous apprend que c’était le titre qu’avait choisi Benjamin pour le nouveau roman qu’il n’a jamais pu écrire, et ce sera finalement le titre du texte rédigé par Peter pour le FBI.
 
Le Léviathan est un monstre marin évoqué dans la Bible, celui qui engloutit Jonah. Mais c’est surtout le titre d’une œuvre de Thomas Hobbes qui présente l’Etat pourtant absolu et despotique, comme seul « garant d’une vraie société civile ». Nietzche appelait aussi l’État « un monstre froid ».

 
Cette histoire, c’est l’opposition, le combat de Sachs contre un État qu’il juge totalitaire, mais Léviathan, c’est surtout cette grande bouche qui engloutit l’écrivain et le transforme en terroriste martyr, tombant finalement dans le chaos.

  

Une autofiction ?
 
L’auteur a qualifié Léviathan de « livre très difficile à écrire, très âpre, une expérience somme toute assez pénible. »
 
Nous retrouvons dans cette œuvre tous ses procédés préférés : mise en abyme, digression, histoire dans l’histoire, part prépondérante du hasard.
 
Ce roman est un mélange de genres, une enquête policière, une biographie au gré des pensées du narrateur. L’écriture est simple mais efficace, le rythme soutenu.
 
Je pense qu’on peut parler d’autofiction pour définir ce texte.
 

Clément, Année spéciale édition-librairie 2012-2013

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, article d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura et de Sarah.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 

Paul Auster Le Livre des illusions

 

 

 

 

 

 

Le Livre des illusions, article de Manon

 

 

 

 

 

 

 

 


 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 


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