Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 07:00

Roth-Exit-le-fantome.gif


 

 

 

 

 

 

Philip ROTH
Exit le fantôme
Titre original
Exit Ghost, 2007
traduit par
Marie-Claire Pasquier
Gallimard, 2009
Folio, 2011





 

 

 

 

 

 

Philip Roth

Voir  l'article de Caroline.


Exit le fantôme

Le héros, Nathan Zuckerman, revient à New-York, après s’être exilé pendant onze ans en pleine campagne, dans les Berkshire. En partant de New-York, il s’était complètement coupé du monde. À 71 ans, il revient donc à Manhattan afin de soigner son incontinence, causée par l’ablation de la prostate qu’il a subie à la suite d’un cancer. Il espère ainsi retrouver une certaine liberté. L’intervention redonne un élan à sa vie.

 

« Mais en venant à New-York, en quelques heures seulement, New-York avait eu sur moi l’effet qu’il a sur tout le monde : il avait ouvert le champ des possibles. L’espoir avait ressurgi. »

 

Ce nouvel élan va lui permettre de faire trois rencontres qui vont changer sa « fin » de vie.

Il va alors sans réfléchir répondre à une annonce d’échange d’appartements : tout lui redevient possible, du moins en apparence. Il rencontre le couple Jamie Logan et Billy Davidoff. Nathan tombe instantanément sous le charme de Jamie. C’est grâce à elle que Nathan redécouvre le désir. Philip Roth dit d’ailleurs du désir que «  la fin de l’existence ne signifie pas la fin du désir ». C’est à travers ce couple que l’auteur nous présente l’ambiance des États-Unis après les attentats (l’histoire se passe trois ans après, durant les élections où Bush sera réélu). Nathan qui, lui, était complètement coupé du monde depuis onze ans, avait suivi de loin les attentats. Cela l’avait moins touché que le couple Jamie/Billy. Roth voulait « restituer l’état d’esprit des jeunes gens qui, après le 11 septembre, commencent à en avoir marre de l’Amérique et remettent leur pays en question ». En effet, Jamie, plus que Billy, souhaite s’isoler. Cette volonté d’isolement est non seulement augmentée par la peur du terrorisme mais également par la peur que Bush soit réélu. Et il le sera d’ailleurs.

Donc, suite à cette rencontre, Nathan devient totalement obsédé par Jamie. Mais la réalité se rappelle à lui ; en effet, la première intervention ne fonctionne pas, il est toujours incontinent. Sa liberté retrouvée n’était qu’illusion. Malgré tout il ne perd pas espoir, il va programmer une  autre intervention.

C’est à ce moment du récit que vient la deuxième rencontre : Richard Kliman, journaliste free-lance. Il lui demande son aide car il souhaite écrire la biographie de Lonoff (écrivain oublié, mentor de Zuckerman dans L’écrivain fantôme). Ils vont tout de suite entrer en conflit : Zuckerman ne veut pas voir de biographie de Lonoff en vente. Mais la raison principale de ce conflit se trouve ailleurs : Richard Kliman est un ancien petit-ami de Jamie, Nathan est très jaloux.

Lonoff étant un nouvelliste oublié, Kliman prétend vouloir restaurer Lonoff dans sa gloire littéraire en révélant ses secrets de jeunesse (histoire d’inceste avec sa demi-sœur).  Zuckerman s’y oppose fermement. Ce conflit va être l’occasion pour lui de renouer le contact avec Amy Bellette (troisième rencontre) : muse de Lonoff, elle n’aura vécu sa vie que par rapport à lui. Atteinte d’une tumeur au cerveau, Amy perd le contrôle de sa vie (elle écrit une lettre au Times où elle est très critique envers les chroniques littéraires; elle ne se souvient pas d’avoir donné la première moitié du dernier manuscrit de Lonoff, mais Kliman l’a peut-être volé, on ne le sait pas).

Amy et Nathan sont tous les deux dans le même état, ce sont tous les deux des « déjà-plus ».
 

 

« Tous autant que nous sommes, nous sommes des « déjà-plus », cependant que l’esprit surchauffé de Richard Kliman est persuadé que son cœur, ses genoux, son cerveau, sa prostate, sa vessie, tout de lui est indestructible, et que lui, et lui seul, n’est pas à la merci de ses cellules. »

 

On retrouve dans ces deux personnages le thème central du livre : le rejet de la vieillesse. Mais ils ne peuvent pas y échapper : ils souffrent tous les deux de pertes de mémoire et de maladie (tumeur au cerveau pour l’une et cancer pour l’autre).

Ces trois personnages (Jamie, Richard et Amy) vont le confronter à son âge et à une réflexion sur ce qu’on laisse en littérature.

Exit le fantôme ne parle pas que de la fin de vie, de la mélancolie de sa vie passée. C’est surtout une véritable réflexion sur la postérité littéraire : Richard souhaite écrire une biographie sur Lonoff en dévoilant ses plus sombres secrets pour lui redonner sa gloire littéraire. Il est prêt à détruire la réputation de l’homme pour mettre en avant l’écrivain. C’est à cela que Zuckerman s’oppose. De plus, le dernier manuscrit de Lonoff parle de ce prétendu sombre secret, mais Zuckerman rappelle à Kliman que la fiction reste de la fiction, il ne faut pas à tout prix chercher des éléments correspondants dans la vie de l’écrivain. Zuckerman souhaite séparer l’écrivain de l’homme. On peut voir là un clin d’œil de l’auteur à son alter ego ; il ne faut pas confondre Philip Roth et Nathan Zuckerman).

Jamie, elle, va lui inspirer une nouvelle histoire, Elle et Lui. Nathan réécrit les dialogues qu’il a eus avec Jamie. Il se sert de ses fantasmes pour réinventer son histoire, sous la forme de ce qui ressemble à des brouillons : la situation reste à peu près la même (le mari est absent, ils ne sont que tous les deux) mais les dialogues reflètent les fantasmes de Nathan. C’est un besoin qu’il n’arrive pas à expliquer. Un chapitre entier est consacré à ce récit : « Mon cerveau ».

Amy, elle, à travers sa lettre au Times, dévoile un point de vue très critique sur les chroniqueurs littéraires et les pages culturelles. Elle explique ce point de vue radical par sa tumeur au cerveau. Mais Zuckerman en la lisant ne la trouve pas si incohérente que cela. Amy est assez remontée contre les chroniqueurs littéraires. On pourrait faire un parallèle avec Roth, qui a connu de nombreuses mauvaises critiques, notamment de la part de Michiko Kakutani, critique au New York Times. Mais ce n’est pas Roth qui dit ça, ce n’est qu’Amy, qui est tout de même atteinte d’une tumeur au cerveau, donc méfiance…

Tout au long de ce récit, on suit donc Nathan Zuckerman, vieil écrivain, mélancolique de sa vie passée, essayant de s’accrocher aux derniers moments de sa vie, de lui redonner un semblant de sens. À la fin, il décide de rentrer dans les Berkshire. Le récit se termine sur un dernier dialogue entre Elle et Lui, où elle décide de le rejoindre à son hôtel, mais lui, décide de partir quand même. La réalité aura finalement rejoint la fiction.

« (Et là-dessus, avec seulement un bref moment supplémentaire de folie de sa part, un moment de folle excitation, il jette toutes ses affaires dans sa valise – sauf le manuscrit non lu et les livres d’occasion de Lonoff – et il sort aussi vite qu’il peut. Comment pourrait-il ne pas [comme il aime à dire] ? Il se désintègre. Elle est en route pour venir, et il s’en va. Parti pour de bon.) »

 

Pour finir, je dirais que Exit le fantôme n’est pas un roman sur la mort. C’est pire que cela, c’est un roman sur la fin : la perte de mémoire et l’effacement des traces du passé, l’attraction pour une jeune femme impossible à satisfaire parce que l’on est impuissant, la beauté de l’art impossible à préserver dans une époque rompue où les secrets ne sont plus des secrets et où la réalité et la fiction ne peuvent s’empêcher de s’entremêler pour certains. C’est un condensé des désillusions d’un homme qui pense à sa fin.


Céline, 2ème année bibliothèque, 2012-2013

Philip ROTH sur LITTEXPRESS

 

PhilipRoth-PortnoyEtSonComplexe

 

 

 

 

 

 Articles d'Adrien et de Pauline sur Portnoy et son complexe.


 

 

 

 

 

philip_roth_couv-2--copie-2.jpg

 

 

 

 

 

Fiches de  Caroline et de  Sandrine sur Le Complot contre l'Amérique








Philip Roth Indignation



 Article de Manon sur Indignation.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives