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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 07:00

Philip-Roth-Indignation.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philip ROTH
Indignation
traduit de l'américain
par Marie Claire Pasquier
Gallimard,

Coll. Du monde entier, 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

Philip-Roth.jpgIndignation, qui s'inscrit dans la veine des romans courts d'apprentissage, est le 29e roman de Philip Roth. Cité par le célèbre critique Harold Bloom parmi les quatre principaux auteurs américains vivants, aux côtés de Cormac MacCarthy, Don DeLillo et Thomas Pynchon, il est, avec ces deux derniers, l'un des principaux représentants du courant postmoderne.

Entre autres récompenses, telles que le National Book Award, le National Book Critics Circle Award ou le prix Pulitzer,  Le Complot contre l'Amérique a été sacré meilleur livre de l'année par la New York Times Book Review. Le PEN Nabokov Award 2006 et le PEN Saul Bellow Award 2007 ont récompensé le romancier pour l'ensemble de son oeuvre.



Guerre-de-Coree.JPGNous sommes en 1951, deuxième année de la guerre de Corée. Marcus Mesner, jeune homme de dix-neuf ans d'origine juive, sérieux et travailleur, poursuit ses études de droit au Winesburg College, faculté lambda de l'Ohio. Il a quitté la faculté de Newark, sa ville natale où habitent ses parents, dans le but d'échapper à la domination de son père, boucher de profession et depuis peu en proie à une peur paranoïaque au sujet de son fils, due à un trop-plein d'amour et de fierté paternelle. Il va alors tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue mais comprendra vite que, bien qu'il ait échappé à la tyrannie de son père, il ne pourra pas échapper à une autre forme de tyrannie : celle des conventions. L'amour qu'il va nourrir pour Olivia, la reine de la fellation 1951, ainsi que sa perpétuelle indignation vont le conduire à sa perte.

« Oui, le bon vieux défi américain, ''Allez vous faire foutre'', et c'en fut fait du fils de boucher, mort trois mois avant son vingtième anniversaire – Marcus Messner, 1932 -1952 –, le seul de sa promotion à avoir eu la malchance de se faire tuer pendant la guerre de Corée, qui se termina par la signature d'un armistice le 27 juillet 1953, onze mois pleins avant que Marcus, s'il avait été capable d'encaisser les heures d'office et de fermer sa grande gueule, reçoive son diplôme consacrant la fin de ses études à l'université de Winesburg – très probablement comme major de sa promotion –, ce qui aurait repoussé à plus tard la découverte de ce que son père, sans instruction, avait tâché de lui inculquer depuis le début : à savoir la façon terrible, incompréhensible dont nos décisions les plus banales, fortuites, voire comiques, ont les conséquences les plus totalement disproportionnées.»

En fait, toute l'ironie et la morale, l'importance de la chance et la force du destin contenues dans ce roman sont résumées dans cette citation, extraite de la page 193. Roth insiste tout particulièrement sur l'importance du destin dans le cours de la vie puisque ce ne sont en fait qu'une succession de choix, en apparence plutôt anodins qui ont conduit son héros à sa perte. Ainsi, page 55, on apprend que le héros est mort et qu'il nous parle d'outre-tombe, d'un au-delà vide et solitaire imaginé par Philip Roth.

« Et même mort, comme je le suis, depuis combien de temps je ne saurais le dire, j'essaie de reconstruire les moeurs qui régnaient sur ce campus et de récapituler les efforts tâtonnants pour y échapper qui engendrèrent la série de mésaventures dont la conclusion fut ma mort à l'âge de dix-neuf ans. »

Cette voix d'outre-tombe très vite révélée s'avère être une sorte d'uchronie par laquelle Roth décrit les événements s’ils s'étaient déroulés autrement. Le reste du roman ne sera qu'une sorte de compte à rebours.

Dans Indignation, l'ambiguïté du personnage de Marcus est frappante. Il est conformiste mais désireux de rompre avec son milieu. C’est à la fois un garçon simple, gentil et travailleur, ayant pour seul désir de réussir ses études, mais également un révolutionnaire en devenir et, qui plus est, un révolutionnaire en avance sur son temps. Roth insiste sur ce point à la fin du roman en faisant remarquer, par une note historique, que Marcus n'avait en quelque sorte qu'anticipé sur les événements à venir.

« En 1971, les bouleversements sociaux, les transformations et les mouvements de protestation des tumultueuses années 1960 finirent par atteindre l'université de Winesburg, si réactionnaire et apolitique qu'elle fût. »

Roth profite également de ce véritable parcours initiatique pour décrire la classe moyenne juive à travers une description précise de l'emploi de boucher casher qu'occupe le père de Marcus. Mais par l’évocation de cet univers, l'auteur semble également établir un parallèle entre la boucherie de Mr Mesner et la « boucherie » que fut la guerre de Corée. Bien qu'elle ne se situe qu'en arrière-plan, Roth insiste beaucoup sur cette guerre, comme pour avertir le lecteur qu'elle va jouer un rôle non négligeable dans l'histoire de Marcus.

Bien que Philip Roth ait intitulé son roman Indignation au singulier, Marcus Mesner aura exprimé un certain nombre d'indignations. En effet, au cours de sa courte jeunesse, le jeune homme se sera indigné face à l'autorité de son père, face à ses camarades de chambre, en réaction soit à un chahut incessant, soit à des insultes envers la fille qu'il aime, face à un proviseur trop soupçonneux, face au chantage affectif de sa mère, face aux pratiques de beuveries de ses camarades, puis enfin et surtout, face aux conventions d'une université de l'Amérique de années 50 en refusant d'assister à l'office religieux. En voulant échapper à la tyrannie familiale, le jeune Mesner se retrouvera confronté à une nouvelle forme de tyrannie, celle des conventions morales, religieuses, communautaires et sociétales.

Ces nombreuses indignations sont également l'occasion, pour Roth, d'aborder et d'approfondir un certain nombre de thèmes qui lui sont familiers. À travers Indignation, il nous livre une description de la société des États-Unis de la seconde moitié du XXe siècle, celle d'avant la révolution sexuelle, et de ses jeunes pour qui la sexualité est une énergie vitale. Il nous décrit aussi le passage à l'université, véritable rite pour les étudiants américains, transformant ainsi son ouvrage en roman d'initiation. Roth décrit le milieu familial juif, peut être celui dans lequel il a grandi, ainsi que les relations filiales difficiles qui peuvent y naître, comme dans toute autre famille. Enfin, Roth dénonce les tabous religieux de cette époque et l'hypocrisie puritaine américaine et nous livre ainsi une sorte d'histoire moderne des USA.

On retrouve dans Indignation de nombreux éléments autobiographiques chers à Philip Roth, à savoir l'éducation, l'identité et l'intégration, récurrents dans nombre de ses oeuvres. À l'instar de Marcus Mesner, Roth est d'origine juive et né à Newark, New Jersey. Indignation est l'occasion pour Philip Roth de parler de ses fantasmes à travers ceux de son personnage. On comprend aisément que l'auteur est ancré dans son roman, que c'est un moyen de parler de son vécu, de ce dont il a été témoin, de ce qui l'a touché ou le touche, de ce qui l'a frustré. Ce n'est pas un roman autobiographique mais par cette présence dans son histoire, l'auteur en fait un roman de la nécessité.


Manon, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Philip ROTH sur LITTEXPRESS

 

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 Articles d'Adrien et de Pauline sur Portnoy et son complexe.


 

 

 

 

 

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Fiches de  Caroline et de  Sandrine sur Le Complot contre l'Amérique

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