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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 07:00

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Philippe FOREST
Sarinagara
Gallimard
Collection blanche, 2004
Folio, 2006





 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Philippe Forest a enseigné pendant sept ans en Angleterre. Depuis 1995, il est  professeur de littérature à l'Université de Nantes. Il a écrit cinq romans et de nombreux essais consacrés à la littérature. En 2011, il est devenu corédacteur de La Nouvelle Revue française des éditions Gallimard. Son œuvre est marquée par la disparition de sa fille, Pauline, décédée d'un cancer à l'âge de quatre ans. Il raconte cette terrible épreuve dans son premier roman, L'enfant éternel, dans son roman suivant, Toute la nuit, ainsi que dans un essai écrit dix ans après, Tous les enfants sauf un.  En 1999, il fait un long voyage au Japon pour laisser derrière lui ce lourd passé.



La construction du roman

Le roman est divisé en sept parties : « Paris », « Histoire du poète Kobayashi Issa », « Kyōto », « Histoire du romancier Natsume Sōseki », « Tōkyō », « Histoire du photographe YosukeYamahata » et « Kōbe ». Dans les chapitres « Paris », « Kyōto », « Tōkyō » et « Kōbe », Forest nous parle de sa vie (du décès de sa fille, de son voyage au Japon, etc.) et expose ses pensées et ses sentiments. Ces parties autobiographiques sont beaucoup plus succinctes que celles que Forest a écrites sur la vie des artistes japonais Kobayashi Issa, NatsumeSōseki et Yosuke Yamahata.

Kobayashi Issa est un poète voyageur du XIXème siècle qui célèbre dans sa poésie la grâce d’exister. Tour à tour il verra mourir sous ses yeux ses trois enfants puis leur mère. Natsume Sōseki est un romancier du début du XXème siècle, l’un des plus grands aux yeux des Japonais. Il fait un long séjour en Angleterre mais ne parvient pas à s’habituer au pays ; lorsqu’il revient au Japon, il ne se sent pas chez lui non plus. Sa femme fait une fausse couche et est tourmentée par cette perte. Ils auront d’autres enfants par la suite mais perdront encore une de leurs filles. Enfin, Yosuke Yamahata est un photographe du XXème siècle spécialisé dans les photographies de guerres. Il est dépêché par le gouvernement japonais sur le site d’Hiroshima après l’explosion de la bombe nucléaire pour témoigner de la barbarie du crime. La raison pour laquelle Forest a choisi ces trois artistes, qui travaillent dans des domaines divers et ont vécu à des époques différentes, est que leur histoire est intimement liée à la sienne. Tous trois ont vécu un malheur, directement ou indirectement : Issa et Sōseki ont perdu un ou plusieurs de leurs enfants et Yamahata a été témoin du décès des victimes d’Hiroshima. Philippe Forest explique, page 221 :

 

« Kobayashi Issa,  NatsumeSōseki, YosukeYamahata : Trois fois une seule histoire, bien sûr, et toujours la même. C’est l’histoire de chacun. Et c’est la mienne aussi ».


 

Les thèmes principaux abordés dans ce livre

Sarinagara mêle différents genres littéraires, il se situe entre essai et roman : on y trouve à la fois des biographies et des réflexions poétiques et philosophiques. Différents thèmes reviennent à plusieurs reprises.

Le temps occupe ainsi une place importante dans l’œuvre, Philippe Forest nous parle de son cours imperturbable et décrit l’Histoire comme un « grand recommencement pour rien » qui alterne chaos et périodes de paix. En opposition à ce cours inflexible du temps, l’existence humaine est éphémère mais l’homme ne le perçoit pas. Pour décrire ce phénomène, Forest utilise un haiku : « comme le poisson — ignorant de l’océan — l’homme dans le temps » (page 50) qui reprend la métaphore de l’auteur japonais Kamo no Chōmei. La langue nippone dispose de nombreux mots pour exprimer ce sentiment du temps, sabi désigne par exemple l’extase mélancolique devant l’impermanence des choses.

L’auteur met également en place une réflexion sur la vie et la mort à travers la poésie d’Issa, pour qui la jouissance de la vie suppose la conscience de son infinie fragilité. On peut le voir dans ce haiku d’Issa qui dit : « Être rien qu’en vie — à l’ombre des cerisiers — cela est miracle ». Issa se réjouit de la naissance de sa première fille mais celle-ci succombera à la maladie. Il perd plusieurs enfants par la suite. C’est dans ces conditions qu’il écrira le haiku dont est extrait le titre (sarinagara signifie « et pourtant ») : « monde de rosée – c'est un monde de rosée – et pourtant pourtant » (page 92). La phrase d’Issa est laissée en suspens car l’homme ne peut se résoudre à accepter l’inacceptable, la mort d’un enfant. Forest dira par la suite que «  malgré la vérité, dans l’infini du désir, quelque chose insiste encore quand tout est terminé ».

Philippe Forest nous parle de la solitude et de la fatigue qu’il ressent, du sentiment de vide qui vient avec les années et de l’impression de n’être plus chez soi nulle part. Il fait le constat que la vie a passé si vite qu’il ne s’en est pas aperçu. C’est une impression forte, un sentiment de mélancolie qui revient à plusieurs reprises dans le livre.

L’auteur voit dans le voyage une délivrance, une fuite après le décès de sa fille. Il part avec sa femme pour le Japon car ils n’ont plus d’attaches en France. Là-bas, l’auteur éprouve une impression d’irréel et de déjà-vu, il retrouve le même sentiment de liberté qu’il ressentait dans un rêve d’enfance récurrent et qu’il nous explique en détail au début du livre. En arrivant à Kōbe, il a l’impression de connaître intimement la ville mais ne sait pas pourquoi : à la fin du roman, il se souvient que la ville a connu en 1995 un terrible séisme qui a fait des milliers de victimes. Il n’y avait pas prêté attention à l’époque car le tremblement de terre était arrivé au moment de l’hospitalisation de sa fille. C’est cette similarité entre son destin et celui de la ville qui provoque cet étrange attachement qu’il éprouve aujourd’hui pour Kōbe. Son voyage au Japon a beaucoup marqué Philippe Forest. L’auteur nous explique que le Japon n’est pas un pays mystique et dénonce les clichés occidentaux sur l’archipel. Pour lui, il n’existe pas de secret japonais car, quelle que soit notre civilisation, nous sommes tous soumis à la même expérience de vivre et de mourir.

Forest nous donne également son point de vue sur l’écriture : il nous explique qu’un livre n’est pas un monument mais un témoignage inutile du grand recommencement pour rien qu’est l’Histoire. L’essence de la littérature est insaisissable et ne permet pas à la raison de comprendre la vérité de la vie. L’auteur semble avoir un rapport ambivalent à l’écriture : il nous confie au début du livre qu’il ne désirait pas se délivrer du récit de son deuxième roman car lui seul le liait encore au souvenir de sa fille. Pourtant plus tard, il nous dit écrire Sarinagara pour se délivrer de sa propre histoire en lui donnant la forme encore d’un autre livre.

L’écrivain s’intéresse aussi à l’Histoire, qu’il s’agisse de celle du Japon, du haiku, de la langue japonaise ou même de la photographie. Il fait un parallèle intéressant entre les civilisations, entre les écrivains occidentaux et japonais qui vivaient à la même époque. Bashō par exemple est l’exact contemporain de Boileau et La Fontaine. Pour lui, le temps de l’Histoire n’a pas de sens, il nous dit

« une histoire commence, une autre s’achève et l’on imagine mal que toutes deux ont lieu à l’intérieur d’un seul et même temps, singulier, absurde, irrégulier et en somme rigoureusement impensable ».



Le style de l’auteur

Philippe Forest a une écriture très poétique et l’on trouve dans ce roman de très belles descriptions. Il utilise de nombreuses références culturelles et analyse le style des personnes dont il fait le portrait ; qu’il s’agisse de la poésie pour Issa, de la photographie de Yamahata ou du style et des personnages des romans de Sōseki. Il utilise bien sûr des éléments biographiques pour nous raconter la vie de ces artistes mais laisse aussi libre cours à son imagination.



Mon avis

Je trouve que l’écriture de Philippe Forest dans Sarinagara est très maîtrisée mais parfois un peu hermétique. Il faut faire un véritable effort de lecture pour entrer dans ce livre qui est très lent et n’a pas véritablement de trame narrative ou d’intrigue. Il peut cependant plaire aux lecteurs intéressés par le Japon, puisqu’il retrace l’Histoire du pays et présente trois figures importantes de la société nippone. Personnellement, je n’ai pas réussi à entrer dans le livre et ai du coup eu beaucoup de mal à comprendre la réflexion de l’auteur et à apprécier son roman. Je nuancerai toutefois en disant que j’ai beaucoup aimé la partie sur le photographe Yamahata et son témoignage sur l’horreur d’Hiroshima.


Anaig, 2ème année Bibliothèques 2012-2013


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