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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 07:00

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Pierre BERGOUNIOUX
B-17G
Argol, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parfois présenté comme un romancier enraciné sa région d’origine, le Limousin et cantonné à la description d’une ruralité disparue, Pierre Bergounioux nous livre, avec B-17G, une œuvre en rupture avec cette image d’Epinal et en décalage avec le reste de ses écrits.
Pierre-Bergounioux.jpg
Pierre Bergounioux est né à Brive-la-Gaillarde en 1949. Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes, il est à l’occasion critique littéraire et sculpteur. Il partagea sa vie entre la Haute-Corrèze et la banlieue parisienne où il enseigna dans différents collèges. Pierre Bergounioux dispense depuis peu des cours aux Beaux-Arts de Paris. Son œuvre littéraire est considérable. En effet, il a publié près d’une soixantaine de romans, notamment aux éditions Gallimard et Verdier. Marquée par Faulkner et les profonds bouleversements que l'écrivain américain introduisit dans l'écriture romanesque, son œuvre a été rapprochée de celles de Claude Simon et de Pierre Michon qui signe la postface de cet ouvrage. Souvent resté en marge du milieu littéraire, il n’en est pas moins devenu l’une de ses figures emblématiques.



La faible part du récit

Si l’objet de ce livre, à première vue, est le récit de la destruction d’un bombardier B-17G par des appareils allemands, on se rend compte au final qu’il ne prend qu’une part relativement restreinte par rapport au reste du livre. Ce récit n’a pas vraiment intéressé l’auteur. En réalité, le destin de cet équipage devient prétexte à une réflexion sur le sort de cette génération confrontée à un bouleversement technologique, à un changement d’ère.

 « Voler, dominer le monde ainsi que les dieux, c’est en 1944 une de ces expériences dont le goût restera toujours. Ils sont quatre-vingt-dix qui entrent dans l’histoire à bord de leurs B-17 et ne sauraient douter qu’ils la font. Elle est dans le regard olympien qu’ils jettent, à dix-neuf ans, sur la planète, dans les soutes qui répandront, en s’ouvrant, le feu du ciel sur les cités maudites, dans la science divinatoire, ou diabolique, de la navigation qui les guide droit sur l’objectif par les routes immatérielles des cieux, dans le voile éblouissant de balles traçantes que la formation peut déployer instantanément pour échapper à ses poursuivants. »

Ces gamins que les mots de Pierre Bergounioux laissaient paraître ont cédé la place, le temps d’un vol, à des hommes aux sens affûtés prêts à déchaîner le feu de leurs armes sur l’ennemi. La transformation est radicale.



La figure de l’historien

À la lecture de ce livre, Pierre Bergounioux apparaît davantage comme un historien que comme un écrivain de tradition romanesque. Partant de faits réels, les missions des bombardiers américains dans le ciel européen, il met en avant cette rupture historique que fut la Seconde Guerre mondiale et médite sur la fin des vieilles civilisations rurales, dont celle de ses ancêtres.

 « L’équipage accorde au pilote la réserve qu’on est en droit de pratiquer lorsqu’on a vingt et ou vingt-deux ans et qu’on se trouve mêlé, par la force des choses, à une bande un peu bruyante de teenagers. Une ou deux années de plus, à cet âge, vous changent un homme, comme elles modifient durant cette période, la face du monde au point de la rendre méconnaissable. »



Mélange des genres

Dans B-17G, que certains qualifient d’ouvrage de commande, l’on retrouve les thématiques principales de l’œuvre de Pierre Bergounioux : le déracinement mais aussi le passage à l’âge adulte. Les membres de l’équipage du B-17 sont ainsi arrachés à leur terre, à leur pays comme un bombardier s’arrache du sol. La guerre et ses terribles épreuves les arrachent à leur enfance pour les plonger dans le monde adulte.

L’enfance, encore et toujours, qui donne à Pierre Bergounioux, en puisant dans sa propre histoire, le prétexte pour aborder le récit d’une destruction. Destruction des matières comme peut l’être l’avion sous les coups de l’ennemi mais aussi destruction des êtres que la guerre changea pour toujours.

Ce livre est imprégné de son auteur. En premier lieu par les circonstances de la découverte de cette image floue, issue d’un film documentaire que l’auteur alors âgé de 16 ans découvre à la télévision. Mais aussi par les personnages dont nous parle Pierre Bergounioux : ce Smith que Pierre Michon compare à l’auteur et ce Charles Mallison, personnage d’un roman de William Faulkner qui partagent avec Pierre Bergounioux leur origine, terrienne et paysanne.

 «  Bien sûr, un certain Charles Mallison pilote un B-17 ou un B-24 Liberator quoiqu’il sorte d’un trou perdu du Mississippi où son oncle, Gavin Stevens, avoué à Jefferson – le trou perdu –, est  fort occupé à courtiser la jeune Linda Snopes dont il a désespérément aimé la mère, Eula, née Varner. »

 « Mais Mallison, car c’est là que je voulais en venir, est l’exception. Les équipages de la 8e armée de l’Air Force devaient se recruter sur la côte Est ou dans les grandes villes  plutôt que dans le Sud rural peuplé d’illettrés arrogants, ivrognes, et de Noirs terrifiés. »



À la part autobiographique se mêlent donc la part biographique, abordée par le biais des nombreuses références littéraires qui jalonnent le récit, et la biofiction lorsque l’auteur aborde la vie des membres de l’équipage du B-17, en leur donnant une origine, un âge et une conscience.

 

Malgré le style poétique qui imprègne cet ouvrage, l’on ressort de cette lecture avec une impression de flou à l’image de la photo du B-17G sur la couverture. Le récit délayé dans les nombreuses réflexions nous fait perdre le fil. Cette impression est renforcée par la structure des phrases, longues et hachées. Malgré cela, B-17G reste un livre qui mérite d’être lu car il pousse le lecteur à la réflexion et l’incite à démêler le vrai du faux. Pierre Bergounioux nous livre ainsi une puissante réflexion sur la condition humaine.


Baptiste, AS bib.-méd.

 

 


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