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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 07:00

Pierre-Guyotat-Coma.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre GUYOTAT
Coma,
Mercure de France
Collection Traits et portraits, 2006
Folio, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je ne suis bien que lorsque je ne suis que ce qui est nécessaire pour être l'autre ».

Coma est un texte dur, lieu du langage et du temps où l’auteur souffrait dans sa vie autant que dans son écriture.

Lieu littéraire où l’on entre dans le champ autobiographique par l’évocation des rapports à la création. Le lien organique qu’entretient l’auteur au langage et, à travers ce prisme, au monde, se rompt, de 1977 à 1981, temps de dépression pour Pierre Guyotat.

Coma dépeint cette période de doute identitaire et psychologique qui le prend lors de la rédaction d’Histoires de Samora Machel, toujours inédit à ce jour.

La sensibilité extrême de l’auteur aux relations humaines et à l’imaginaire, l’empêche tout à coup d’accepter sa condition, son corps, sa finitude, et ne trouvera de voie que dans l’écriture, force surhumaine qui le terrorise.



« Quoique j'aie devant moi la plaine la plus industrieuse et la plus lumineuse et, plus loin, la mer la plus chargée de mythes, la seule réalité, c'est, pour moi, la page où j'écris, plus réelle encore que le monde, les objets, les espaces fermés ou extérieurs, la lumière où je fais bouger mes figures ».

Comme Antonin Artaud, décrivant dans Van Gogh ou le suicidé de la société les rapports violents et mortifères que le monde inflige aux créateurs-voyants, Pierre Guyotat ne dissimule rien des errances et des solitudes de ce corps en gestation dans l’écriture.

« Toute ma joie de vivre se tient dans cette tension et ce va-et-vient, ce jeu intérieur entre un mal que je sais depuis l’enfance être celui de tous les humains à la fois, à savoir de n’être que cela, humain dans un monde minéral, végétal, animal, divin, et une guérison dont personne ne voudrait, qui me priverait, en cas de réussite, de tout courage, de tout désir, de tout plaisir d’aller toujours au delà; en avant - et dont par intérêt bien compris depuis longtemps, je ne veux pas ».



L’alternance de phrases limpides ou découpées, confère parfois au texte un aspect hermétique. Mais la complexité n’est jamais gratuite.

La fragmentation de la prose induit pour le lecteur un rapport aux mots différent. Rapport fragmentaire des mots dans la phrase qui fait écho à la construction même  du récit.

Peut-on parler de roman autobiographique ?


La notion de roman est ici maltraitée; plus que dans Formation où l’auteur décrivait son enfance, sa découverte du sexe et de l’évolution des sentiments. Coma se compose de fragments. Fragments de souvenirs, rapides évocations de rencontres. Coma est une tentative de reconstruction du souvenir fatalement parcellaire. Les paragraphes se répondent, communiquent, et forment a postériori l’histoire d’un homme qui se souvient.

Dans Tombeau pour cinq cent mille soldats ou Eden, Eden, Eden, la langue se faisait chant pour décrire les horreurs de la guerre et les abîmes du désir. Ici, le souffle a fait place à l’hésitation, au tâtonnement, au doute.

Mais cette langue reste fondamentalement sensuelle et poétique. Pierre Guyotat cherche à travers elle à toucher la vérité de sensations et d’un moi révolus.

« Cette langue dépasse mes pauvres forces ; elle va plus vite que ma pauvre volonté. Elle me scandalise, me fait rougir, à d'autres moment rire, non d'une langue de fou, mais d'artiste trop fort pour l'être, humain, que je suis encore ».

 

 

 

Lucas, A.S. Éd.-Lib.

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