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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 07:00
Jourde-le-Tibet-sans-peine.gif











Pierre JOURDE
Le Tibet sans peine

Gallimard, 2008

Collection Folio, 2010


















« L’inconscient mixe les trois voyages, refait un paysage avec ceux que j’ai vus. Je revois les couleurs, fluorescentes et métalliques, les grands alignements de sédiments, les plissements qui s’étendent à l’infini, comme les rangées de vagues peintes et dentelées d’un immense océan de théâtre. Je repasse des cols verticaux signalés par des chortens ou des stupas, je croise les lamaseries blanches, mais ce n’est pas cela. Je ne retrouve pas le bon chemin. Le véritable Tibet était ailleurs. Mes rêves s’épuisent à vouloir revenir à ce qui fut une fois,  ils en sont convaincus, la beauté à l’état pur, et qui peut-être n’a jamais existé ailleurs que dans leur nostalgie. » 
Zanskarcarte
Le Zanskar, vallée désertique de l’Himalaya dans la région Tibétaine située à 4000 mètres d’altitude. Les paysages fascinants, bouleversants, la bienveillance des habitants, le sentiment d’émerveillement ainsi que la fougue de la jeunesse ont poussé l’auteur de ce récit de voyage vers cet endroit  magique. Jourde y est allé à trois reprises, la première fois en 1980 (à 25 ans), la seconde l’année suivante et la dernière en 1983.

L’auteur ne se prend pas au sérieux et encore moins pour une sorte de héros arrogant à la recherche d’une satisfaction personnelle ou d’un dépassement de soi. C’est avec beaucoup d’humour et d’autodérision qu’il évoque son parcours cocasse avec son ami Thierry Tullipe sur les pistes du Zanskar avec un équipement rudimentaire. 


« Dans le duo comique, je tiens le rôle de la tête folle, spécialisé dans l'oubli, la négligence vestimentaire, le cassage de gueule impromptu (avec figures acrobatiques et rétablissements clownesques). Une équipe idéalement constituée pour les exploits burlesques. En fait, j'en prends conscience en ce moment même, nous sommes partis au Tibet à peu près dans l'équipement et l'état d'esprit de deux pochards sortant du bar le soir et s'aventurant dans une rue froide. Je rajuste autour de mon cou mon foulard rouge en synthétique, trente centimètres sur vingt, assez peu épais pour être transparent. Il ferait assez bel effet un jour de manif printanière à la Bastille. » (p. 21)

Pour lui c’est un voyage sans prétention, pour les souvenirs, pour les photos (« Le voyage le plus étonnant de ma vie, je ne l’ai pas fait pour l’exploit, ni par curiosité culturelle, ni pour aucun motif qui présente un peu de sens.  Je l’ai fait pour reprendre des photos. Tout pour la photo. Le monde est fait pour aboutir à un beau diaporama ».p.67) Il s’agit « d’un désir de pittoresque dans sa version la plus radicale ».
zanskar.gomborangjom.2008
Malgré les traits d’humour, Pierre Jourde décrit des paysages étourdissants qui ont marqué son esprit.


« Je n’ai pas pu m’en empêcher. J’ai bramé comme un veau devant l’excès de beauté. Elle n’était pas devant nous mais autour de nous, nous enveloppait, tourbillonnait autour de nous. Nous étions roulés dans le sublime comme dans une vague, pris et soulevés par lui, et puis repris encore, dans un ressac de formes et de lumières. » (p.59-60)

A la manière de Nicolas Bouvier,  l’auteur utilise l’écriture pour décrire les sentiments éprouvés face aux images hallucinantes d’une Nature démesurée qui semble évoluer hors du temps. Dans l’Usage du monde Bouvier écrivait :


« Longue patience, recherche et attente du mot juste qui rendrait aux rencontres, aux voix, aux paysages, aux routes leur fraîcheur native et les contours précis qu’on avait perçus ».

Par exemple Pierre Jourde utilise la personnification pour décrire le paysage qui l’entoure (« D’un seul coup, ensemble nous tournons le dos, nous fuyons la bouche grande ouverte du Shingo La, nous dévalons en courant la langue glacée de l’ogre, sautant et enfonçant tour à tour dans la neige […] ») ainsi qu’une description picturale (« Et partout la débauche des montagnes roulant sur les montagnes, chaîne derrière chaîne. Montagnes violettes, orange, vertes, ou safran, ou bleu électrique, ou roses, ou même noires. Une prodigalité des configurations les plus incongrues, réitérées à l'infini, une orgie de spectaculaire à ne plus savoir où regarder. C'en est presque excessif. Pas un arbre. Ici et là, dans cet univers exclusivement minéral, le vert fluorescent d'un champ d'orge. Aucun paysage, depuis, ne m'a autant bouleversé. J'ai eu l'impression de saisir dans les formes du monde, quelque chose qui n'était plus tout à fait du monde. »).

Dans un article des DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace) du 10 février 2008, Pierre Jourde explique que Le Tibet sans peine n’est pas un livre de voyage. Selon lui aller au Tibet n’est plus un acte héroïque car « le Temps des grandes aventures est passé ».  Le sarcasme et l’autodérision sont donc pour lui un moyen de démystifier le récit de voyage. En fait ce livre est plutôt un récit de souvenirs.



Quelques informations sur l’auteur


Pierre Jourde est un écrivain français de 55 ans notamment connu pour ses pamphlets sur la littérature contemporaine et ses essais sur la littérature moderne. Son œuvre littéraire se partage entre poésie (Haikus tout foutus en 2004), récits (Dans mon chien en 2002 et Le Tibet sans peine en 2008) et romans (Pays perdu en 2003, Festins secrets en 2005, L'œuvre du propriétaire en 2006, L'heure et l'ombre en 2006, La cantatrice avariée en 2008 et Paradis noir en 2009).

Depuis 2009 il tient un blog « Confiture et culture » sur le site littéraire du  Nouvel Observateur où il publie ses prises de positions sur des sujets de société.


Anne-Sophie Tessier, 2A Bib-Med







Sources images


Carte du Cachemire : http://www.koausa.org/Nature/maps.html

http://potala-himalaya.com/

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Published by Anne-Sophie - dans littérature de voyage
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