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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 19:00
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QIU Xiaolong

 Cité de la poussière rouge
Titre original : Years of Red Dust
Traduction :
Franchita Gonzalez Battl
Liana Levi, 2008

 













Pour le plaisir du petit plus...

La maison d'édition indépendante Liana Levi, fondée en 1982, a une politique éditoriale ciblée ; elle valorise la découverte, la curiosité en publiant des auteurs du monde entier. Elle fit connaître, en France, le fameux inspecteur Chen  de Qiu Xiaolong dans ses romans policiers De soie et de Sang, 2007, ou La Danseuse de Mao, 2008.

La traductrice fidèle de Qiu Xiaolong est Franchita Gonzalez Battl .Elle retranscrit à merveille la subtilité de son style.
QiuXiaolong.jpg
Pourquoi Qiu Xiaolong, d'origine chinoise, décide t-il d'écrire ses romans en anglais ?

En réalité, dans les années 80, il partit aux Etats-Unis dans le cadre de son étude centrée sur le dramaturge et poète T. S. Eliot. Après les événements de Tienanmen, en 1988, il écrivit des essais, des poèmes et des articles encourageant le mouvement virulent des étudiants. Ce soutien entraîna des problèmes politiques, il ne pouvait plus publier en chinois et, ainsi, se tourna vers l'anglais.



Entrée en scène des  nouvelles...

Cité de la poussière rouge est un recueil de 24 nouvelles. Intéressons-nous aux deux premières nouvelles, symboliques, intitulées « Bienvenue à la cité de la poussière rouge » et« les origines du tableau noir » !

La première invite le lecteur à découvrir le quartier de Shanghai dont il sera question tout au long des nouvelles : la cité de la poussière rouge, un quartier populaire. Pourquoi donner ce nom à ce quartier ? « Nous sommes tous faits de poussière et de terre, ce qui est ordinaire et pourtant essentiel ; quant à l'adjectif rouge, il a une énorme importance. Pensez à tout ce que cette couleur symbolise : la passion humaine, la révolution,  le sacrifice, la vanité...» nous répondrait un des personnages de la première nouvelle.  La cité est un quartier au rues sinueuses, aux habitations minimales : les shikumen ; nous sommes  propulsés dans une société miniature, d'où le choix délibéré de la forme " nouvelle"  qui dans sa brièveté  la retranscrit ainsi que chaque fragment de  vie qui la compose. Cette première nouvelle est cruciale car elle évoque le rituel de la conversation du soir ; en réalité, il en est de même pour les 23 nouvelles suivantes. Nous pouvons deviner l'influence du conte chinois traditionnel qui se transmet de génération en génération, qui survit aux aléas de l'Histoire. Les contes chinois sont des récits mythologiques, véritables témoignages sur l'existence de certaines communautés en Chine. L'analogie est tentante avec la Cité de la poussière rouge de Qiu Xiaolong qui propose une fresque composée de nouvelles, véritables fictions d'oralité, qui s'ancrent dans un cadre historique, de 1949 (date de la création de la République Populaire) à 2005, et qui seront pérennes dans l'histoire comme l'étaient les contes chinois

 

La deuxième nouvelle est contée par Vieille racine, personnage attachant qui fait figure de " jeune" sage ; il revient souvent dans le recueil en tant que conteur ou personnage de la nouvelle. Vieille racine dans son taxi emmène une cantatrice qui va rejoindre son amant, elle lui offre pour le remercier un tableau noir  où était indiqué le programme de sa première représentation. Cet événement est  très révélateur d'une musicalité omniprésente dans les nouvelles .A la fin de ma lecture ,une image m'est venue : celle d'une portée de musique (la Cité) avec 24 notes différentes (chaque destin de la Cité) qui forment une symphonie harmonieuse. Sur ce tableau, Vieille racine décide d'écrire, chaque année, des bulletins d'information sur la situation de la Chine. Dès lors chaque nouvelle sera précédée du fameux bulletin.

Cité de la poussière rouge  retranscrit, avant tout, l'insolite du quotidien à travers 24 destins intenses qui se situent dans un même espace commun, celui de la cité :  celui d'un poète, fabriquant de tofu, qui n'a aucun talent mais qui est du jour au lendemain célèbre pour ses poèmes populaires du type « Le poisson ne peut pas nager sans eau », « la fleur ne peut pas s'épanouir sans soleil », et «pour faire la révolution nous ne pouvons pas avancer sans la pensée de Mao Zedong, la visite du président nixon dans une Chine paradoxalement accueillante, le retour à la maison d'un prisonnier politique, une histoire d'amour  menacée par un pétard, la préparation d'un plat de crabe purement symbolique.

Ce recueil tend au pamphlet. Qiu Xiaolong critique une Chine sclérosée par les dictatures, par son histoire, encore aujourd'hui ; les dernières nouvelles, se déroulant au XXIe siècle, montrent le triomphe du capitalisme paradoxal par rapport au poids d'une histoire violente. Cette critique de la société chinoise est, en partie,  liée au fait que Qiu Xiaolong est né durant la République populaire en 1953. En 1965, son père, professeur, était la cible des révolutionnaires, des gardes rouges et lui -même était interdit d'école.

 

Une plume délectable...

Le style très fluide et voluptueux de Qiu Xiaolong donne cette fameuse sensation de musicalité que nous évoquions précédemment. Il utilise sans cesse des métaphores et des comparaisons, particulièrement  fruitées quand il s'agit des femmes : quel plaisir pour une femme d'être comparée à « une brise fraîche au parfum de verger ». La particularité de Qiu Xiaolong est d'intégrer des vers de poésie ou des dictons chinois dans chacun de ses  livres donnant un style très léger, très enlevé qui s'oppose, parfois, à une situation complexe, voire sinistre.

La citation participe à l'harmonie des nouvelles ; on retrouve d'une nouvelle à l'autre le même dicton ou vers de poésie.


Qiu Xiaolong , ode à l'épicurisme...

« En Amérique j'ai des problèmes pour trouver tous les ingrédients nécessaires à la fabrication de plats que j'aime et écrire toutes ces recettes et repas est une satisfaction par l'imagination », dit-il lors d'une interview du Monde en 2008. La nourriture est omniprésente dans le recueil, il nous fait voyager à travers les traditions culinaires de son pays natal.


Qiu Xiaolong , un fervent admirateur des Belles Lettres...

« J’aime beaucoup la littérature française. Par exemple, j’adore l’œuvre de Simenon. Son style est remarquable. Dans ses romans, il y a de vrais personnages, consistants, aux multiples facettes ».

Georges Simenon, écrivain remarquable et inspiré, est notamment l'auteur des enquêtes du commissaire Maigret. Dans la Lettre à Gide du 15 janvier 1939, il explique son procédé pour créer ses personnages : « J'ai voulu vivre coûte que coûte toutes les vies possibles... J'ai horreur de l'observation. Il faut essayer, sentir. Avoir boxé, menti, j'allais écrire volé. Avoir tout fait, non à fond mais assez pour comprendre ».

Au fond, Qiu Xialong tout comme Georges Simenon ne s'est pas limité à la simple observation sociologique, il s'est consacré à ce microcosme,  la cité de la poussière rouge, en y vivant, en y rencontrant des personnalités fortes .Ce livre est le fruit d'un travail de longues années. En le refermant, nous avons la sensation que Qiu Xiaolong comprend son pays, ses habitants, qu'il s'est imprégné toute sa vie de l'atmosphère de cette cité et  nous, lecteurs rassasiés, admirons cette œuvre géniale.


Clara, 1ère année Bib.-Méd.

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Published by Clara - dans Nouvelle
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