Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 07:00

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Rabindranath TAGORE

Aux bords du Gange

traduction

Hélène du Pasquier

Gallimard,
Folio 2€, 2010

Nouvelles tirées de

Mashi

Gallimard, 1925

Nouvelle édition

Connaissance de l'Orient, 2002

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir  Wikipédia.
 


Le recueil

 

Aux bords du Gange rassemble des nouvelles extraites du recueil de Tagore Mashi, paru chez Gallimard en 1925. Elles sont traduites de l'anglais par Hélène du Pasquier. Les nouvelles de Tagore nous plongent dans un pays oriental bien éloigné de nos mœurs occidentales. C’est avec un talent indescriptible, au travers des nouvelles vives et colorées, que Tagore s’attache à décrire les us et coutumes d’Indiens ordinaires. Tandis que lui vivait aisément, il parvient à pénétrer très justement la vie des plus basses castes indiennes ; ce qui lui donne un style singulier dans la littérature indienne de son époque.

Ses petites nouvelles, aussi anodines qu’elles puisent paraître, sont toujours prétexte à des réflexions sur la société indienne. Rien n’est laissé au hasard ; dans « La sœur ainée », par exemple, Tagore montre une femme blessée prisonnière du pouvoir de son mari. Elle essaye tant bien que mal de protéger son petit frère orphelin victime de la jalousie de son mari.

Ces petites nouvelles sont toujours empreintes d’un grand sens de la moralité profondément ancrée dans la culture indienne ainsi que d’un sens aigu du sacré. « Aux bords du Gange » raconte l’histoire d’une jeune veuve qui avoue son amour à un sanyasi (un prêtre hindouiste) qui ressemble étrangement à son défunt mari ; cet homme, quand il l’apprend, décide de quitter le village afin de pouvoir accomplir son devoir religieux. De même la pudeur envers les hommes, marque de grandeur d’âme pour une femme indienne, est marquantes dans ses nouvelles. A cet effet, la thématique du voile est récurrente. Les femmes sont toujours toutes dévouées à leurs maris et leur sens du devoir passe avant tout même au prix d’un sacrifice.

Tagore nous mène également du côté de la légende indienne avec une plume onirique et poétique. Dans « Le gardien de l’héritage », un avare perfide, Jaganath Kundu, suivant une vieille superstition, ensevelit un enfant (qu’il ne sait pas être son propre petit-fils) dans les profondeurs de la terre, le transformant ainsi en yak, gardien de son trésor. Cette nouvelle entraîne chez le lecteur un sentiment de haine envers cet homme au cœur de pierre, et c’est la mort qui rapidement terrasse cet avare.

La hiérarchie se révèle omniprésente dans ses histoires, en raison du système de castes certes mais aussi dans les rapports familiaux. Dans « La clé de l’énigme », un homme décide de reprendre le bénéfice des terres que son père a inconsidérément octroyées à des nécessiteux. Les conflits de castes sont notoires ; en effet, le fils engage un procès contre un jeune fermier refusant de payer son dû après avoir joui longtemps des bontés du père. Le père avant la sentence donne les clés de l’énigme : ce jeune fermier est le frère de son riche fils. En le priant de l’acquitter, le riche fils exauce la volonté de son père. Dans « La sœur aînée », une femme se soumet entièrement à son mari qu’elle sait cruel et mauvais ; il finira même par la faire disparaître on ne sait comment.

Le sens du devoir est quelque chose de sacré dans ces nouvelles. Dans « La nuit suprême », un homme et une femme, amis d'enfance, se retrouvent ensemble lors d'une épouvantable nuit de tempête. Mariée à un autre, cette femme, pourtant éprise de son ami d’enfance, accomplit son devoir d’épouse et ne posera jamais les yeux sur son ami qu’à travers son voile.

La première nouvelle du recueil, « Le squelette », se détache un peu des autres, elle semble plus ironique et fantastique. Le fantôme d'une jeune femme vient raconter son histoire à un insomniaque, situation plutôt cocasse et qui porte à sourire. Mais ce côté amusant fait vite place à l’ironie. En effet, l’histoire que raconte le squelette est celle d’une jeune fille indienne qui n’a pas pu épouser le jeune homme qu’elle aimait promis à une autre jeune fille plus riche. De manière touchante, Tagore montre du doigt un système social qu’il voudrait voir changer.

L’Inde des castes et les nombreux rituels sont fort bien dépeints par la plume lyrique et vivace de Tagore. Le sens du devoir et le sens du sacré se dévoilent petit à petit nous laissant découvrir une culture orientale bien particulière. Entre rêves et légendes indiennes, Tagore plonge son lecteur dans un voyage enchanté au gré des tintements de bracelets et des saris colorés. 


Quitterie, AS Éd.-Lib.



Par Quitterie - Publié dans : Nouvelle
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