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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 07:00

Raphael-Meltz-Meltzland.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raphaël MELTZ,
Meltzland
Éditions du Panama, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Alors Godard, rappelons-le un garçon fort insolent, décide de couper non pas des scènes mais dans les scènes. Et il invente, d'un coup, le non-raccord. [...] Et ça m'arrange. Parce que, pour une grande part, j'utilise votre cerveau comme sous-traitant : je le laisse imaginer des choses sur mes personnages, je vous laisse faire le travail... »
Raphael-Meltz-Mallarme-et-moi.gif
Après Portrait de Raphaël Meltz en président ou Mallarmé et moi, Raphaël Meltz (co-fondateur et actuel rédacteur en chef du Tigre (la Bête), « curieux magazine curieux »), ô surprise, avait choisi de donner son nom au personnage principal de son roman Meltzland paru en 2006 aux pétillantes et regrettées éditions du Panama. Peut-on réellement appeler cet ouvrage un roman ? Il s'agit d'une narration fictionnelle, certes, étoffée. Qui plus est, mais disons-le, l'histoire s'apparente à un prétexte pour ce livre empli de digressions : Raphaël Meltz, en sa position d'auteur, apostrophe directement le lecteur, en aparté du récit, dévoile ses intrigues, explique l'élaboration de tel ou tel paragraphe qu'il aura eu tant de mal à rédiger, les remises en question occasionnées par des tournures jugées médiocres, des parenthèses, des citations de Kate Moss à Flaubert, des supputations quant aux acteurs qui joueront l'adaptation cinématographique qui sortira assurément...


« Il a joui – et quand on pense que Franz Kafka, pour raconter la même chute, se contentait d'un « il y avait sur le pont une circulation proprement extraordinaire », on se dit que ce qu'on a gagné en clarté, on l'a peut-être perdu en poésie. »


Deux voies ferrées parallèles ? Si seulement. Il y a Raphaël-Meltz-l'Auteur, qui exécute en toute transparence sa tâche d'écriture, Raphaël-Meltz-le(s)-Protagoniste(s) (singulier et pluriel car il prend en tout quatre corps différents dans le roman), jeune salarié de l'ANPE qui rencontre Avril, élégante et sportive, et ajoutez aux deux premiers, éminemment, Raphaël-Meltz-le-Narrateur, indistinction suprême des Raphaël-Meltz, qui narre, n'existe pas en qualité de personnage, mais est homonyme du principal.


 « J'ai voulu que ma vie devienne une histoire. J'ai voulu exister. »

Le roman met en scène des individus qui s'agitent en tous sens : un acteur un peu inutile, un monsieur riche et dodu, un architecte chétif, une jeune femme aux chevilles irrésistibles, telle une sylphe humanisée, qui farde quelque secret, et, bien sûr, un héros qui, pour satisfaire le retentissant amour-propre de l'auteur, lui a emprunté son nom. De Raphaël Meltz en Raphaël Meltz, l'auteur joue sur l'identité, multipliant les effets de miroir et les lectures à moult niveaux. L'histoire même de Meltzland est plurielle, chaque nouvel angle apportant son lot de révélations. Au centre de tout cela se trouve le projet de construction d'un parc d'attractions insolite (les événements se déroulent durant une année, de janvier à décembre 2006), dont chaque attraction est établie sur une partie du corps ou une étape de vie de l'homme ordinaire qu'est Raphaël Meltz : dermatoland, solfègeland, boulepuanteland et autres Länder.

Tel un maître tisserand, Raphaël-Meltz-l'Auteur file donc habilement et cathodiquement son intrigue, tenant clairement de l'autofiction burlesque et éraflant sans cesse la limite entre narration et réalité. Au demeurant, ce n'est pas à tort : l'histoire est inventée, tandis que lui existe bel et bien ; aussi, pourquoi ce qu'il a à dire serait-il moins intéressant ou important qu'une simple fiction ?

Camille, 2e année Éd.-Lib.

 


Lien :   site du Tigre (la bête)

 

Lire également :


Raphael-Meltz-Diam-s-sans-jeux-de-mots.gif


Raphaël Meltz,  

Diam's sans jeux de mots,

éditions du Tigre,

paru le 4 juin 2010.

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