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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:00

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Raymond CARVER
Les Trois Roses jaunes

Œuvres complètes, Volume V
Éditions de l'Olivier, 2011
Traduit de l'anglais par François Lasquin
Première édition : aux Etats Unis, 1988
en France, 1989, Payot.








Éléments biographiques

La vie de Carver n'a jamais été bien éloignée de celle des personnages qu'il dépeint dans ses nouvelles : issu de la classe ouvrière, marié très jeune, il a enchaîné les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille avant d'écrire. L'alcoolisme et le tabagisme furent ses compagnons de route presque toute sa vie. Même s'il réussit à quitter le premier, ce qu'il qualifia lui-même comme « la plus grande victoire de sa vie ». Il mourut en 1988 des suites d'un cancer des poumons, deux mois après son second mariage avec la poétesse Tess Gallagher.

C'est sans doute cette vie ordinaire d'Américain moyen qui inspira ses nouvelles pour lesquelles il est connu et reconnu puisque, peu de temps avant sa mort, il venait d'intégrer l'académie américaine des lettres et des arts.



Le recueil

Publiées aux États-Unis dans le recueil Where I'm calling from, les sept nouvelles présentes dans ce livre furent les dernières qu'il vit éditées de son vivant. L'édition française tire son titre de la dernière nouvelle du volume.



Résumés

« Cartons » : Un fils ne comprend pas le comportement de sa mère : passant son temps à déménager, n'arrivant pas à se contenter d'un endroit, elle vit donc toujours dans les cartons.

« Débranchés » : Dans la nuit, le téléphone sonne, à trois heures du matin, réveillant un couple. Ll'interlocutrice demande à parler à un inconnu, un certain Bud. La seule solution pour calmer les ardeurs de cette femme est de débrancher le téléphone. Mais le sommeil s'est enfui, et le couple se met alors à parler sans vraiment s'écouter.

« Intimité » : Un auteur divorcé retourne voir son ex-femme à la faveur d'une obligation professionnelle ; celle-ci lui fait un monologue de reproches sur l'exposition de son intimité, son humiliation, ne s'expliquant pas le besoin qu'il avait de revenir la torturer.

« Menudo »  (insignifiant, menu en espagnol) : Un homme qui trompe sa femme, Vicky, avec sa voisine Amanda, s'aperçoit de ses moyens insignifiants et de son indécision chronique pour les aider, et se demande s'il n'a pas juste gâché la vie de ces deux femmes.

« L'éléphant » : un homme de la classe moyenne, seul, se retrouve comme un éléphant qu'on dégraisse, à devoir prêter de l'argent à toute sa famille, jusqu'à ne plus pouvoir subvenir à ses propres besoins.

« Le bout des doigts » : Un homme se fait quitter par sa femme, celle-ci le lui annonce par une lettre. Mais il n'effleure cette déclaration que du bout des doigts, ne lisant pas même la lettre en entier.

« Les trois roses jaunes » : Tchekhov est sur son lit de mort. Tchekhov est mort. Mais ce chasseur d'hôtel s'en fiche pas mal, lui ; ce qui lui importe, c'est comment faire pour ramasser ce bouchon de champagne tombé par terre, sans faire tomber ce vase, contenant trois roses jaunes.



Thématiques et style

Toutes ces nouvelles traitent de problèmes de relations humaines, des maux d'une partie de la société américaine, des enjeux de vie de cette classe médiocre et pourtant nécessaire au bon fonctionnement de tout équilibre sociétal moderne.

On peut tout d'abord constater que, quoi que fassent les personnages de ces nouvelles, ils ne se comprennent que peu ou mal, n'arrivant pas à appréhender la réalité de l'autre, chaque vision restant bornée. Les personnages, même s'ils vivent une vie commune, ne font que vivre l'un à côté de l'autre, sans vraiment réussir à marcher d'un même pas. Problème majeur, voire existentiel de tout être en société d'où découlent de nombreux autres impacts sur les vies décrites par Carver.

Le divorce, traité sous différentes formes, revient dans ce recueil, tantôt traité de front, dans « Le bout des doigts », où une femme prend conscience qu'il ne reste que cela comme solution pour rompre le silence et l'inactivité malsaine de son couple, tantôt de façon plus allusive, comme par exemple, dans « L'Éléphant », où l'ex-femme du narrateur n'existe que pour réclamer une pension, ou bien dans « Débranchés » où l'ancienne épouse est décrite comme folle et cause du débranchement quotidien du téléphone. Mais il est intéressant de constater que les personnages ont souvent échoué dans une relation de couple, tout comme Carver a lui-même échoué. Néanmoins, on pourrait croire que le divorce pourrait aboutir à un renouveau, un changement positif, mais il s'avère plutôt que les personnages, soit répètent les mêmes erreurs, soit finissent isolés. À croire, en lisant ces récits, qu'un échec ne vient jamais seul et que perpétuellement l'homme est cantonné aux mêmes comportements.

Cause ou conséquence du divorce, l'adultère est lui aussi abordé du point de vue de l'homme déboussolé par la découverte de la supercherie dans « Menudo » ; il se sent impuissant face à la situation, indécis quant à ce qu'il doit faire. Carver donne donc à réfléchir à la fois sur les raisons de l'adultère, son impact sur les vies, son pouvoir de dislocation des couples et ses conséquences, montrant du même coup la lâcheté banale et humaine d'un homme qui ne sait quoi faire pour se sortir d'un pétrin qu'il s'est lui-même créé.

De façon plus sous-jacente, on peut voir que l'alcoolisme et le tabagisme sont présents tout au long des récits, disséminés, sans doute en raison du lien qu'avait lui-même Carver à ces deux addictions qui ont ravagé les classes populaires américaines durant cette période.

Pour traiter de ces différents thèmes, l'auteur emploie une écriture incisive, d'une simplicité d'abord déconcertante mais finalement tout à fait en adéquation avec la banalité des vies évoquées, leurs comportements médiocres, et leurs existences sans épopée ; en somme, un morne quotidien. Cette simplicité d'écriture force le lecteur à s'interroger, à se forger lui-même une opinion face aux sujets évoqués. Ce style est d'autant plus déstabilisant que les récits se complètent parfois de fins absurdes qui pourraient faire office de chute si elles n'étaient pas totalement déconnectées du reste de la nouvelle. Par ces conclusions tenant presque du non-sens, Carver se démarque du schéma traditionnel de la nouvelle à chute, ce qui lui permet en un sens de s'émanciper et de remettre en cause ces schémas artificiels que la littérature a longtemps véhiculés.



Commentaires complémentaires

Je pense que ce recueil – ou tout autre de Raymond Carver – est une référence incontournable pour quiconque s'intéresse à l'écriture contemporaine, pour comprendre des évolutions, certaines écritures directement inspirées du « style Carver » (qui dans les premières éditions n'était d'ailleurs pas totalement le sien, puisque son éditeur avait grandement modifié ses textes), et un nouveau style dans la nouvelle. Néanmoins, il me paraît aussi évident que cet auteur ne répondrait pas aux attentes d'un lecteur qui souhaiterait se divertir tout simplement, et ne pas sortir de son livre avec une image totalement névrosée du monde ; il faut avoir envie de réfléchir, de s'interroger, admettre qu'il y a une part d'incompréhensible dans ce livre, et un pessimisme ironique assez criant. Dans ce cas, la lecture de ce recueil est fort enrichissante.


Céline R., 1ére année Éd-Lib.

 

 

 

Raymond CARVER sur LITTEXPRESS

 

 

Raymond Carver Qu est ce que vous voulez voir

 

 

 

 

Article de Julie sur Qu'est-ce que vous voulez voir ?

 

 

 

 

carver001.jpg

articles de
Valentin et de Camille sur Neuf histoires et un poème,

 

 



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 articles de Joséphine et de Cécile sur Les Vitamines du bonheur,





carver tais toi



article d'Elise sur Tais-toi, je t'en prie.

 

 

 

carver.jpg

 




Article de François et de Cynthia sur Parlez-moi d'amour.

 

 

 

Carver la vitesse foudroyante du passé

 

 

 

Article de Valentin sur La Vitesse foudroyante du passé

 

 

 

 

Carver débutants1

 

 

 Article d'Aurélie sur Débutants.

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Céline - dans Nouvelle
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