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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 07:00

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Raymond CARVER,
Qu’est-ce que vous voulez voir ?
traduit de l’anglais
par François Lasquin
L’Olivier, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques éléments biographiques sur l’auteur

Raymond Carver (1938-1988) est issu de la classe ouvrière américaine. Dans son enfance, il souffre de l’alcoolisme de son père, avant de devenir alcoolique lui-même. Les problèmes créés par la dépendance à l’alcool représentent une thématique qui irrigue son œuvre.

Il doit gagner sa vie très tôt afin de subvenir aux besoins de sa première femme, qu’il épouse très jeune, et de leurs enfants. En 1958, la famille déménage en Californie où Carver suit des études supérieures parallèlement à ses petits boulots. Il participe notamment à des ateliers de creative writing. Ce sont des années éprouvantes, qui vont fournir à Carver la matière de la plupart de ses nouvelles.

Sa rencontre avec l’éditeur (ce que les anglo-saxons appellent editor, c'est-à-dire la personne chargée de retravailler les textes des auteurs) Gordon Lish décide de son devenir littéraire. C’est Lish qui le fait connaître en publiant certaines de ses nouvelles dans la revue Esquire. Par la suite, Raymond Carver suit Lish chez McGraw-Hill, puis chez Knopf, avant de se brouiller avec lui lorsque l’éditeur transforme complètement le recueil qui paraît sous le titre Parlez-moi d’amour, tandis que Carver voulait qu’il s’intitule Débutants. De manière ironique, c’est ce recueil qui consacre Carver comme l’un des plus importants nouvellistes du siècle.

Au cours de la seconde partie de sa vie, Carver est donc reconnu comme un grand écrivain mais aussi comme un poète. À partir de 1977, il ne boit plus et il vit avec la poétesse Tess Gallagher. Il meurt d’un cancer du poumon à l’âge de cinquante ans seulement, laissant en suspens la publication de plusieurs œuvres dont sa veuve se charge après sa mort.


Un recueil paru à titre posthume : la question de la genèse et de la cohérence.

Qu’est-ce que vous voulez voir ? est un recueil composé de cinq nouvelles sans doute inachevées, publiées de manière posthume par Tess Gallagher.

De son vivant, Carver n’a pas exprimé le souhait de faire paraître ces nouvelles, alors qu’il en avait manifesté la volonté pour ses autres publications posthumes. En fait, les nouvelles de ce recueil ont été retrouvées une dizaine d’années après sa mort.


Trois d’entre elles ont été retrouvées par Tess Gallagher dans leur maison, avec l’aide de Jay Woodruff, l’un des responsables de la rédaction de la revue Esquire. En 1998, à l’occasion de la commémoration de la mort de Carver, Woodruff avait pris contact avec Tess Gallagher pour lui faire part de son désir de rendre hommage à Carver. Tess Gallagher lui avait alors appris qu’après la mort de celui-ci, elle avait trouvé quelques manuscrits dont elle n’avait pas réussi à apprécier la valeur.

Les deux autres nouvelles ont été trouvées par William L. Stull et Maureen P. Carroll à la bibliothèque de l’université de l’Ohio à Colombus, en 2000.

On peut donc se demander ce qui fait l’unité du recueil.

Ce qui ressort à première vue des nouvelles de Qu’est-ce que vous voulez voir ?, c’est qu’elles n’ont pas été autant travaillées, réécrites, que celles publiées du vivant de Carver. En particulier, elles sont moins marquées par l’ellipse. Cependant, une filiation avec le reste de l’œuvre de Carver se fait ressentir, dans la mesure où elles se présentent comme des variations sur les thèmes chers à l’auteur : la banalité du quotidien, la souffrance dans le couple, la séparation, l’alcoolisme.


Bref résumé des nouvelles

Les intrigues sont très simples. Il s’agit de chroniques de tranches de vie de gens ordinaires, interrompues par un événement extraordinaire qui influe, ou pas, sur leur existence.

Dans « Appelle si tu as besoin de moi », Dan et Nancy, qui essaient de sauver leur mariage, sont émerveillés par l’irruption de chevaux blancs dans le jardin de la maison qu’ils ont louée pour l’été. Cette vision merveilleuse, presque onirique et pourtant bien réelle ne les empêche pas de recommencer leur vie, chacun de son côté.

Dans « Rêves », c’est un drame qui vient bousculer le quotidien d’un vieux couple qui s’ennuie dans la monotonie de son existence : leur voisine, une femme qui a été abandonnée par son mari et qui fait tout ce qu’elle peut pour offrir une meilleure vie à ses enfants, perd ces derniers dans un incendie.

Dans « Vandales », c’est encore un incendie mais sans conséquences tragiques, les propriétaires étant partis à l’étranger, qui interrompt un petit déjeuner paisible entre deux couples, Joanne et Nick, et Carol et Robert. Cet incendie révèle tout à coup l’animosité de Robert envers Nick, qui a brisé le couple de ses amis les plus proches, et les possibles regrets de Joanne.

« Du bois pour l’hiver » fait plus ou moins exception car ce n’est pas vraiment un événement extérieur qui intervient dans le récit. Myers, un personnage en transit, qui sort de cure et qui se retrouve sans domicile car sa femme ne veut plus de lui, loue une chambre chez un couple où il ne fait rien, jusqu’à ce qu’il ressente brusquement un impératif catégorique : il se donne pour mission de couper le bois qui vient de leur être livré. Après cela, il se sent capable de repartir du bon pied.

Dans « Qu’est-ce que vous voulez voir ? », Phil et Sarah, qui sont sur le point de se séparer après avoir loué une maison à un restaurateur, Pete, sont conviés par celui-ci à dîner la veille de leur départ. Ce dîner est l’occasion pour eux d’affirmer l’estime et l’amitié qui les unit. Cependant, pendant la nuit, le générateur de la chambre froide du restaurant tombe en panne. C’est une catastrophe pour Pete qui laisse partir Phil et Sarah avec indifférence le lendemain. La soirée de la veille aura donc été sans suite.

Seule la nouvelle « Du bois pour l’hiver » se termine sur une note d’espoir pour le protagoniste. Les autres mettent l’accent sur la solitude des personnages, qui affleurait jusque là mais qui est de plus en plus patente à mesure que le récit avance. Même au sein du couple, l’homme et la femme sont malheureux. Deux couples s’acheminent vers une séparation. Le projet de Dan et de Nancy d’éviter celle-ci était d’emblée compromis par les conditions dans lesquelles Dan a loué la maison : il se trouvait alors avec sa maîtresse ; d’ailleurs, celle-ci ne quitte jamais ses pensées. Le couple formé par Nick et Joanne montre sa fragilité. Quant au seul couple qui semble soudé, celui de « Rêves », il a surtout l’air gangrené par l’ennui, à tel point que l’homme accorde tout son intérêt aux rêves de sa femme et à ce qui se passe dans le quartier : c’est ce qui le distrait de son ennui.


Les personnages : des gens simples, regardés avec sympathie par Carver.

Carver manifestait une affection particulière pour ses personnages. Il s’inscrit dans la tradition littéraire de « l’autre Amérique », celle qui n’a pas réalisé le fameux rêve américain, et s’intéresse plus particulièrement aux petits Blancs désargentés ou à une classe moyenne dont l’existence semble banale.

Ici, il s’attache plutôt à des Américains de la classe moyenne, des gens apparemment sans histoire, sauf Myers qui semble être de condition plus modeste. D’ailleurs, on trouve un style plus oral et plus relâché dans « Du bois pour l’hiver » que dans les autres nouvelles. Carver y joue avec le dialogue indirect libre et prend des libertés avec les règles de ponctuation, tandis que les autres nouvelles sont écrites de manière plus classique, sans effet particulier. De manière générale, c’est la sobriété qui domine dans le style de Carver. Même le très sombre « Rêves » est écrit sans lyrisme, dans le refus de la facilité que pourrait offrir le pathétique : Carver se tient pudiquement à distance de la douleur de la mère qui perd ses enfants, à l’image du personnage du jeune homme qui amène celle-ci sur les lieux du drame. Ce mélange de sympathie et de retenue dans l’expression est caractéristique de son écriture.

Plusieurs des protagonistes des trois dernières nouvelles sont liés par le thème de l’alcoolisme, et plus particulièrement l’alcoolisme qui a été reconnu comme un problème et qui a été surmonté. Nick et Pete ont un point commun : ils ont été alcooliques mais sont sobres depuis six ans. La boisson a également été source de problèmes pour Phil mais lui aussi en a terminé avec l’alcool. En ce qui concerne Myers, qui s’est désintoxiqué, le dénouement de « Du bois pour l’hiver » permet d’imaginer qu’il va rester sobre. L’alcool est aussi évoqué comme source de ridicule à travers l’histoire des Schuster racontée par Robert. Cette histoire fait rire tout le monde, y compris Nick. En traitant ainsi ce thème à résonance autobiographique, Carver prend ses distances avec son ancienne maladie, dont il montre qu’elle appartient au passé au moment où il écrit.


Le lieu de l’action : un choix qui n’est pas anodin

L’action se passe sur la côte ouest des États-Unis, sauf peut-être pour « Rêves » dont l’inscription dans l’espace est plus floue. Les nouvelles trouvées par William L. Stull et Maureen P. Carroll, « Appelle si tu as besoin de moi » et « Qu’est-ce que vous voulez voir ? » se situent sur le littoral californien, alors que « Vandales » et « Du bois pour l’hiver » prennent place dans l’État de Washington, où Carver vivait avec Tess Gallagher. On peut bien évidemment y voir la volonté de Carver de situer l’action dans la région qu’il habitait à l’époque où il écrivait mais on peut aussi faire d’autres remarques sur cette inscription dans l’espace.

Cette localisation géographique permet notamment à Carver d’aborder le sujet de la pêche, qui revient dans les conversations des personnages. Par exemple, Dan et Nancy caressent brièvement l’idée de passer du bon temps ensemble en se remettant à pêcher ; Dotty rêve qu’elle part à la pêche ; Nick pêche régulièrement, il a notamment pêché le saumon servi au petit-déjeuner ; Pete achète à un Indien du saumon qu’il vient de pêcher. Cette importance accordée à la pêche renvoie à celle qu’ont les bons moments passés dans la nature, parfois seul, parfois entre amis ou en couple. Une dimension de plaisir est donc attachée aux passages consacrés à la pêche.

Par ailleurs, on retrouve des correspondances surprenantes dans les lieux : par exemple, le personnage de Sarah va vivre à Eureka, là où Dan et Nancy ont échoué à sauver leur couple. Sachant que Sarah et Phil ont le même but que Dan et Nancy, même s’ils cherchent à l’atteindre d’une autre manière, on peut se demander si ce n’est pas un mauvais présage pour eux.


Conclusion

 

Les nouvelles de Qu’est-ce que vous voulez voir ? s’inscrivent donc dans un univers que Raymond Carver connaît bien. Les thèmes qu’il aborde l’ont concerné à certains moments de sa vie : lui aussi, il a été alcoolique, il a divorcé de sa première femme et, ce qui est plus positif, il aimait la pêche et il a pris l’écriture comme planche de salut, comme Myers et Bonnie qui, chacun de son côté, se lancent timidement dans l’écriture.

L’unité du recueil vient de là, mais aussi du regard plein d’humanité que Carver porte sur ses personnages.


Julie, A.S. Bib-Méd-Pat.

 

 

 

 

Raymond CARVER sur LITTEXPRESS

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articles de
Valentin et de Camille sur Neuf histoires et un poème,

 

 



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 articles de Joséphine et de Cécile sur Les Vitamines du bonheur,





carver tais toi



article d'Elise sur Tais-toi, je t'en prie.

 

 

 

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Article de Cynthia sur Parlez-moi d'amour.

 

 

 

Carver la vitesse foudroyante du passé

 

 

 

Article de Valentin sur La Vitesse foudroyante du passé 

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Published by Julie - dans Nouvelle
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