Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 07:00

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Régis JAUFFRET
Ce que c’est que l’amour et autres microfictions
Gallimard, 2007
Collection Folio, 2009



 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je suis Rège de la Gaufrette, écrivain auxiliaire préposé à la postérité et promis au néant. […] se servant à l’occasion de Dieu comme il se sert des hommes, des enfants et des femmes, pour cuisiner sa prose, ses fictions, ses romans. »

 

 

 

Voici comment Régis Jauffret semble se présenter lui-même dans ce que l’on peut considérer comme une ʺautomicrofictionʺ : « Rège la Gaufrette », tirée de Microfictions.



Régis Jauffret est né le 5 juin 1955 à Marseille ; sa volonté d’écrire remonte à son adolescence. Inspirée par les textes de Virginia Woolf et de Marcel Proust, sa plume témoigne d’un certain cynisme et d’une envie de percer l’esprit des individus, des « gens » comme il préfère le dire. Avec Microfictions, publié en 2007, il rencontre un très grand succès, si bien que le recueil est très vite édité en poche et fait l’objet d’un travail de regroupement des fictions touchant à l’amour dans Ce que c’est que l’amour et autres microfictions, en 2009.

C’est un homme plein de souffrance qui n’a pas hésité à mettre en scène son propre vécu dans  Lacrimosa. À son image, les sujets de ses livres reflètent souvent ce que l’être humain doit endurer dans la vie et encore plus en amour.

Si ces histoires courtes ont autant de force c'est certainement que l'auteur s'efface derrière ses personnages. Ils sont anonymes mais nous parlent à la première personne ; ce sont eux qui racontent leur histoire belle, dure, tordue, cruelle. L’espace d’une page et demie, nous passons d’un vécu à l’autre, d’un milieu à l’autre, d’une souffrance à l’autre. Il trace les maux de la société qu’il décortique comme dans une perspective sociologique.



L’amour sous ses formes les plus diverses

Si son titre laisse rêver àun contenu doux et utopique, il n'en n'est rien. Régis Jauffret, comme à son habitude, procède à une analyse rigoureuse de la vie des gens. Il écrit d’ailleurs lui-même dans « Rège la Gaufrette » :

 « [les écrivains] vous sondent, ils carottent vos pensées, vos sentiments […] vous n’êtes pour eux qu’une histoire, des anecdotes coagulées qu’ils dissèquent comme un foie, comme le cadavre que vous serez demain. »

Et c’est exactement ce qu’il fait : la description tranchante de la vie et des sentiments d’inconnus par son écriture acérée.

Ce sont des histoires d'amour aussi belles que tordues qui sont proposées aux lecteurs. Elles sont dépeintes avec beaucoup de force. Pas besoin de fioritures ; en à peine deux pages, Régis Jauffret sait aller à l'essentiel, il manie les mots comme des armes. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que cette belle pomme rouge fait apparaître des tranches si fines qu'elles semblent être découpées au scalpel. C'est d'ailleurs cet instrument qui sert de comparaison à l'écriture de Jauffret en quatrième de couverture.

L’amour est un des thèmes que Régis Jauffret manie le plus depuis Histoire d’amour en 1998 et encore récemment avec Sévère.

Elles sont pour le moins cyniques, les histoires d’amour, pathétiques, elles finissent mal chez Jauffret. Elles sont aussi touchantes parfois mais elles sont sources de douleur. Son objet n’est effectivement pas de décrire des histoires idylliques, pleine de bons sentiments et de romantisme. Il préfère rendre compte des difficultés, des fantasmes assouvis ou non, des bassesses de l’être humain et surtout de l’oubli de soi que peut faire paraître le sentiment amoureux. Sentiment qui met souvent en lumière l’importance de la femme.



La femme un être aussi adorable que vil

 « Je pardonne à mon épouse d’être une femme d’ailleurs je ne lui en ai jamais voulu. » Voici comment est introduite la nouvelle « Relais et Châteaux ». Bien qu’il s’agisse des mots du personnage, il semble que dans une certaine mesure, l’auteur puisse adhérer à l’idée que la femme est un être à part, capable d’actes allant de la profonde sottise à la cruauté extrême.

En effet, la femme est le personnage central de ses œuvres, soit en tant que narratrice soit en tant qu’être de souffrance comme dans « Petite salope ». Elle n’est pas souvent décrite favorablement. Les personnages féminins dans Microfictions, et d’autant plus dans Ce que c’est que l’amour , sont souvent les objets des fantasmes les plus tordus. Ce sont les plus déséquilibrées. La plus choquante des fictions, « Des jeunes un peu timides », est d’ailleurs le fragment de vie d’une femme qui ne semble trouver son épanouissement que dans une sexualité débridée qui va à l’encontre du respect de son corps et de son intimité. À l’opposé, la femme peut aussi infliger à son mari la souffrance par une abstinence et un dégoût de la sexualité qui semble pathologique dans « Décolleté ». Et pourtant elle reste pour l’homme l’être sans qui le sentiment est impossible, quitte à devoir subir son absence ou son indifférence.



Le prix de l’Humour noir

Tous les thèmes que touche Régis Jauffret se transforment en des histoires aussi percutantes que glauques. Dans Ce qu’est c’est que l’amour et dans Microfictions, il nous livre des histoires dont les chutes nous laissent sans voix tant elles sont poétiques ou au contraire cyniques. Il n’est pas surprenant qu’il ait obtenu pour ce recueil de fictions plus que brèves le prix de l’Humour noir Xavier Forneret en 2007. Il manie l’art du trouble chez son lecteur, si bien que celui-ci peut en venir à analyser les gestes de son entourage et à se méfier des inconnus. Ces histoires sont celles de gens troublés, parfois si tragiques et si grotesques que nous nous surprenons à sourire devant le pathétique de certaines situations. Mais elles sont aussi si dures et si décalées que l’on peut tout autant vouloir fermer le livre. Il est facile de pénétrer dans un épisode de vie mais il est moins évident d’en sortir indemne. Le réalisme des situations et le cynisme de Jauffret nous confrontent au désespoir des personnages, au fantasme et à l’amour. Et c’est peut-être aussi pour nous préserver que Jauffret use de cet humour acide et caustique.



Ceux qui refusent de voir les troubles de notre temps n’ont pas intérêt à ouvrir un livre de Régis Jauffret sans un avertissement préalable. Régis Jauffret peut-être vu comme le légiste de nos obsessions, de nos actes les plus déséquilibrés. Il a souvent été décrit comme un manipulateur du réel, rien n’échappe à son regard et surtout à sa plume. Pour lui l’écrit est politique, « la littérature est un lieu de lucidité ». Il est le témoin des vices de ses contemporains qu’il décrit sans aucune retenue avec un style fort de limpidité. Ce que c’est que l’amour est un recueil empli de vie et de douleurs. C’est la vitrine de nos fantasmes. Il peut être lu comme un prescripteur, mais gare aux effets secondaires. Le livre se referme mais le trouble persiste.



Pour en savoir plus sur Régis Jauffret et ses œuvres

http://www.evene.fr/celebre/biographie/regis-jauffret-5075.php

http://www.telerama.fr/livres/16153-regis_jauffret_microfictions.php

http://www.lexpress.fr/culture/livre/regis-le-tenebreux_817376.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/jauffret-en-toutes-lettres_823022.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/regis-jauffret_811937.html


Ambre Nadaud, AS Bib

 


 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

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Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

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Par Ambre - Publié dans : Nouvelle
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