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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 07:07

Jauffret-Claustria.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Régis JAUFFRET
Claustria
Le Seuil
Cadre Rouge, janvier 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Faire d’un fait divers de la littérature est une entreprise de plus en plus prisée. Le précurseur du genre est Truman Capote qui en 1966 publie  De sang-froid, premier roman-réalité, largement inspiré du meurtre, sans mobile apparent, d'une famille de fermiers à Holcomb, Kansas.

« Je voulais écrire un roman journalistique, un texte qui aurait la crédibilité du fait-divers, l'immédiateté d'un film, la profondeur et la liberté de la prose et la précision de la poésie. »

C'est Emmanuel Carrère qui a rouvert la voie pour toute une génération d'auteurs français en publiant L'Adversaire, inspiré d'un fait divers frappant, celui de Jean-Claude Romand qui, après avoir usurpé toute sa vie l'identité d'un médecin, a tué sa famille de peur que la vérité ne soit révélée.

« À la base d'un fait divers qui donne envie d'écrire, il y a toujours quelque chose d'irreprésentable. »

En 2006, Grasset a d'ailleurs créé « Ceci n'est pas un fait divers », une collection dédiée aux romans justement inspirés de faits-divers, qui publie notamment Jayne Mansfield 1967, relatant l'accident de voiture de la susnommée ou Cœur automne, de David Foenkinos, sur l'affaire Florence Rey. En même temps que Claustria au Seuil, est sorti chez Grasset Les Merveilles de Claire Castillon, inspiré d'une histoire vraie.

Bien que récemment, il y ait eu une polémique sur l'utilisation à outrance du fait-divers dans le roman d'aujourd'hui, syndrome du manque d'imagination des romanciers qui empruntent alors les voies tracées de la réalité, Claustria, dès sa sortie, fut unanimement salué par la presse.

 « Cette affaire m'a fascinée et j'ai immédiatement voulu en faire un livre. Elle est unique dans l'histoire de l'humanité avec ces enfants nés dans une cave qui ne connaissaient le monde que parce qu'on le montrait la télé. »

Dans Sévère, Jauffret s'était déjà emparé de l'affaire Stern, un banquier assassiné par sa maîtresse, pour en faire un roman. Pour Claustria, il s'est inspiré de l'affaire Joseph Fritzl, un des faits-divers les plus sordides de l'histoire de l'humanité, où la réalité a même dépassé la fiction. En 2008, une femme d’une quarantaine d’années est extraite de la cave d’une maison (en réalité un abri antiatomique) à Amstetten, à cent kilomètres de Vienne. Elle s’appelle Elisabeth Fritzl et vit là depuis 24 ans, enfermée par son père, Josef Fritzl, un homme sadique qui l’a violée tout au long de sa détention en lui faisant sept enfants, dont un n'a pas survécu. Lui-même vivait à l’étage avec sa femme et le reste de la famille, leur faisant croire qu’Elisabeth avait été embrigadée par une secte.

« … Ce livre est une œuvre de fiction. Les propos, intentions, sentiments ou caractères prêtés aux personnages relèvent de l’imagination de l’auteur. »

« … Ce livre n’est autre qu’un roman, fruit de la création de son auteur. »

Pourtant, malgré la véracité des faits, Régis Jauffret prend soin de préciser en préambule que son œuvre n'est que fiction. Cette insistance est-elle ironique ou est-ce pour souligner qu'il n'a pas toutes les pièces du puzzle en main et que certains passages du roman sont le fruit de son imagination ?

En effet, même si pour être au plus près de la réalité, l'écrivain s'est imprégné, tout au long de son enquête en Autriche, des faits et des lieux, menant une enquête très sérieuse à partir de témoignages, de pièces du procès, de comptes-rendus d'audiences ou bien encore d'articles de presse, il s'est pourtant refusé à rencontrer Josef Fritzl en personne. Il n'a pas non plus rencontré Elisabeth ni ses enfants.

D'ailleurs, dans Claustria, Elisabeth s'appelle Angelika et sa mère Rosemarie devient Anneliese. Dans le même temps, Fritzl garde son nom ainsi que la bourgade d'Amstetten.

« … Cet homme ne pense rien. Il est le seul coupable. Voilà pourquoi j’ai conservé son vrai nom alors que je change ceux de tous les autres. »

On ne sait pas pas où commence le faux et l'auteur maintient une incertitude à ce sujet qui peut être assez dérangeante. Il va même jusqu'à envisager une suite pour savoir comment les enfants ont grandi et évolué depuis leur libération de la cave.

Cela constitue grosse modo la première partie du roman, avec tous les éléments postérieurs à l'affaire, le procès, les manigances avec l'avocat et Jauffret qui se met lui-même en scène menant son enquête (il nous décrit notamment le moment où il descend visiter clandestinement la cave, visite qui va lui provoquer une crise d'angoisse). La deuxième partie du roman raconte la réclusion d'Angelika au sous-sol, les coups, l'inceste, les accouchements solitaires, les privations d'électricité, d'eau ou de nourriture mais aussi les quelques moments de bonheur qu'a connus « le petit peuple de la cave », notamment grâce à la télévision, seul divertissement concédé par Fritzl.

Jauffret-Claustria-4e.jpgRégis Jauffret accorde d'ailleurs à cette télévision une place toute particulière. Sur la quatrième de couverture, il établit un parallèle entre la situation de cette famille face à ce poste de télévision et le mythe de la caverne de Platon. Il fait de la télévision le personnage principal de son œuvre car sans elle, la famille de la cave n'aurait certainement pas survécu, c'était leur seul moyen de vivre en parallèle avec le temps du dehors, le seul moyen de rythmer leur vie.

« Platon, le mythe de cavernes. Des prisonniers qui ne verront jamais de la réalité que des ombres d'humains projetées sur la paroi de la grotte où ils sont enchaînés. Dans le souterrain les enfants n'ont vu de l'extérieur que les images tombées du ciel qui leur parvenaient par le câble de l'antenne. »

Par ailleurs, si l'on s'attache aux qualités de ce roman, on peut souligner que l'horreur de ce fait-divers attire inéluctablement le lecteur mais aurait certainement été insuffisante pour le maintenir en haleine pendant les 535 pages de ce livre car chacun connaît le dénouement de l'histoire. Pourtant, grâce à la composition du roman, Jauffret nous empêche d'appréhender la suite. Le récit n'est pas linéaire, il alterne les rythmes, les époques, les points de vue. L'histoire est construite en cercles concentriques, il la raconte plusieurs fois mais jamais de la même façon ni à travers le même prisme.

Par ailleurs, face à la monstruosité de cette histoire, l'auteur aurait facilement pu sombrer dans le voyeurisme et faire de Claustria un spectacle dégradant et glauque, de la même façon qu'il aurait pu céder à la tentation de s'ériger en juge. Mais il ne tente pas de comprendre le pourquoi des agissements de Fritzl, il se contente de raconter ce qu'il sait en comblant les parties manquantes par de la fiction. Cependant, il semble davantage s'interroger sur les témoins aveugles et sourds qui ont laissé perdurer ce drame et tente de comprendre comment la femme de Fritzl, les locataires qui logeaient au dessus de la cave et les voisins ont pu montrer une telle indifférence aux bruits, aux coups, aux cris qui sortaient des entrailles de la maison.

Mais même si ce roman est incontestablement réussi, on peut également émettre quelques critiques. Bien que pour certains personnages il ait véritablement infiltré les consciences, d'autres sont un peu survolés. Par exemple, Jauffret ne nous dit rien de Anneliese, la femme de Fritzl, qui n'a jamais semblé interpellée par les bruits qui sortaient de la cave ou par les enfants que Fritzl remontait. On n'en sait pas plus sur le ressenti des trois enfants qui vivent dans cette cave. On les voit grandir, jouer, toujours d'un point de vue extérieur, mais l'auteur ne nous dit rien de l'impact de cette claustration sur leur psychisme. Certaines situations, comme celle du procès, auraient également gagné à être davantage développées.

Enfin, on peut afficher quelques réticences sur certains rapprochements opérés entre Autriche et nazisme. Jauffret fait de récurrentes allusions à Hitler et accuse une Autriche qu'il pense malade. Pour lui, le pays et son histoire sont responsables de ce drame et l'auraient même cautionné. Dès le titre, qui assimile la claustration à l'Autriche, on comprend que Jauffret met le pays en accusation et qu'il considère l'affaire Fritzl comme un symbole de l'Autriche en général.


Manon Marcillat, 2e année éd-lib.

 

 

 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

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Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour

 

 

 

 

 

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