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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:00

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Régis JAUFFRET
Fragments de la vie des gens
Verticales, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Régis Jauffret est un écrivain français né en 1955, originaire de Marseille. Il a reçu de nombreux prix :

 

Le prix Décembre, en 2003, pour Univers, Univers,
le prix Fémina, en 2005, pour Asiles de fous,
le prix France Culture-Télérama, en 2007, pour Microfictions,
Le grand prix de l'humour noir Xavier Forneret.

 

Il fait partie du jury du prix Saint-Germain, un prix cinématographique, depuis 2011. Il est aussi chroniqueur dans l'émission Avant-Premières sur France 2.


L'œuvre

Il serait impossible de faire un résumé de ces 57 nouvelles que Jauffret préfère nommer fragments ou microfictions. Dénuées de titres, simplement numérotées, elles tracent le quotidien vain de différents personnages, jamais nommés, sans aucun lien entre eux. On ne peut y trouver de fil conducteur, il n'y en a pas. Il s'agit de scènes, comme si on se plaçait à la fenêtre d'une maison pour épier la vie des gens.

Les gens, justement, dans ce recueil,ont souvent tout ce qu'on attend de la vie sociale, un mari ou une femme, un emploi, des enfants. Mais ils n'en sont jamais satisfaits, quelque chose leur déplaît systématiquement : un plaisir sexuel inassouvi, des enfants turbulents, l'absence d'une osmose amoureuse, l'ennui, etc. Il en va de même pour les enfants, dont le point de vue est donné dans la toute première nouvelle.

 

 « Ils auraient voulu s'en retourner par où ils étaient venus, grimpant dans leur mère, rapetissant à l'intérieur, se laissant aspirer par l'organe du père, ballottant quelque temps entre ses cuisses, puis se laissant résorber doucement par les cellules, disparaissant dans la nuit infinie de l'organisme. »

 

On est immédiatement plongé dans l'univers de Jauffret, dans ses pensées et donc dans tout ce qui va suivre.

Les pensées des personnages sont le sujet principal. On les suit dans leurs regrets, leurs souhaits perdus d'avance. Pour cela, Jauffret utilise le conditionnel, montrant ainsi ce que les personnages auraient voulu faire mais ne peuvent pas. Ils tentent d'imaginer comment ils pourraient se sortir de ce quotidien qui leur pèse. Mais il n'y a aucun espoir, leurs solutions sont toujours tragiques : la mort, la fuite, le meurtre, etc.

 

« Si elle l'avait découvert en train de se pendre, par curiosité elle lui aurait demandé les raisons qui le poussaient à devancer l'appel. Mais elle l'aurait laissé faire. Elle aurait attendu que le corps cesse d'osciller comme un pendule, que les mains commencent à devenir froides, pour appeler les pompiers. »

 

Le désespoir guide leurs faits et gestes, leurs pensées. Ils baissent les bras pour la moindre chose, ne voyant que le côté noir des petits soucis de la vie, que tout le monde est pourtant susceptible de rencontrer et apte à surmonter.

 

« Elle se demandait si la puberté était le seul moteur de ces crises, ou si sa fille était destinée à faire partie sans tarder de la population des fous. Elle se disait qu'elle pouvait lui éviter toute une vie de souffrances en lui fracassant la tête avec un objet lourd. »

 

C'est une satire de la société, un parfait reflet, selon lui, quelques bribes de vie dans lesquelles tout le monde pourrait se reconnaître au moins une fois. La vie et la société ne donnent aucune chance aux personnages dans les nouvelles, ils sont tous condamnés à leur sort. C'est pourquoi on peut sentir une saturation de leur part face à tout ce qui leur arrive, les simples événements de la vie. C'est ainsi, par exemple, qu'une mère rêverait de voir disparaître ses enfants qui l'ennuient profondément au point de parfois les oublier.

 

« Ils lui réclamaient des baisers, des histoires et de la viande quand elle avait oublié de les faire manger. »

« Ils n'avaient qu'à coucher sur le palier, dans l'ascenseur, ou trouver refuge chez n'importe qui. »

 

C'est l'ennui qui rythme la vie de certains personnages, ce qui les rend tout aussi dépressifs que ceux qui ont une vraie raison de l'être. C'est donc un cercle vicieux et infini. C'est le point de vue et également le but de Jauffret de démontrer cela. Quoi que l'on fasse, on ne peut être pleinement heureux et épanoui puisque quelque chose vient toujours entraver cette possibilité. L'ennui en fait partie.

 

« Alors que l'ennui était une torture, il s'étendait devant elle à l'infini. Elle n'était jamais parvenue à le vaincre, ni à l'entamer. Elle n'osait en parler à personne, elle pensait être la seule à l'éprouver à ce point-là. »

 

Fragments de la vie des gens est donc un recueil de fictions brèves – si on ne reprend pas le terme de Jauffret – particulier. Il faut savoir s'en détacher pour pouvoir l'apprécier. Dans le cas contraire, la lecture de ces histoires pourrait avoir un réel impact sur le moral du lecteur. En effet, il ne peut pas lire ce recueil avec l'intention d'y trouver un issue quelconque à ses propres soucis. Ce serait l'effet contraire qui se produirait. Jauffret n'a pas écrit ces textes pour embellir la société mais pour la dépeindre avec des couleurs désespérantes. Bien qu'il n'offre aucune solution ni aucune pointe d'optimisme, il faut savoir faire la part des choses en le lisant et conserver une certaine distance. À quoi servirait la vie si la seule finalité en était d'attendre la mort, sous toutes les formes, dans un malheur constant et destructeur ?


Julie Cressent, 1ère année éd-lib.

 

 

 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

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Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour

 

 

 

 

 

 Articles d'Ambre et d'Émilie sur Ce que c'est que l'amour.

 

 

 

 

 

 

Jauffret Claustria

 

 

 

Article de Manon sur Claustria.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Julie - dans Nouvelle
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