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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 07:00

Librairie Mollat

2 décembre 2011

autour de son livre

Vice et Versailles

Alain-Baraton-Vice-et-Versailles.jpg

 

Quatrième de couverture


« Au palais des monarques, le drame est roi : assassinats, forfaits en tous genres, règlements de comptes, empoisonnements, attentats, disparitions, duels, vols et complots hantent le domaine. Versailles, c'est la grande boutique des horreurs. Attention toutefois, l'histoire, dans la demeure de Louis XIV, a le goût du classicisme et de la bonne mesure : pas de chiens écrasés en costume d'époque, mais des machinations machiavéliques et implacables comme des tragédies grecques, des meurtres, sanglants et atroces, mais qui ne laissent pas de taches, des mystères, épais comme le velours des tentures et qui n'ont jamais été élucidés. Le palais du Roi-Soleil a aussi une part d'ombre, méconnue : plongeons en frissonnant dans son éclatante obscurité. »

Jardinier en chef du Grand Trianon et du Grand Parc de Versailles depuis 35 ans, Alain Baraton était dans les salons Mollat le 02 décembre dernier pour présenter son livre Vice et Versailles. Le jardinier, qui est aussi chroniqueur sur France Inter, a d’emblée donné le ton de la conférence en déclarant vouloir parler des « méfaits de façon drolatique ». Et c’est en effet avec humour qu’Alain Baraton nous a dévoilé, pendant un peu moins d’une heure, la face obscure de ce qu’il appelle ( non sans affection) « le musée des horreurs ».



« Le diable était partout » ; voilà comment Baraton décrit ce qu’était Versailles avant qu’on y construise le château, et pour cause. Le jardinier nous livre un portrait peu amène de l’endroit, bien différent du site superbe qu’on connaît aujourd’hui, posant ainsi la première pierre d'un édifice de démythification.

 À l’époque, Versailles n’est qu’un « marais puant », assailli par les brigands car elle est la première ville entre Paris et la route de Bretagne, sur laquelle passent les marchands chargés de biens ou de monnaie. Le brigandage y est tel, raconte Alain Baraton, que le Parlement de Paris est obligé de lever une armée pour y mettre un terme.

Voilà déjà qui n’est guère engageant. Mais Alain Baraton renchérit, nous apprenant que « l’origine de Versailles commence  dans le sang ». En effet, le premier propriétaire de Versailles, Martial de Loménie, financier du roi est massacré avec toute sa famille durant la Saint Barthélémy, sur ordre de la reine, cela pour permettre à Gondi, son favori, de récupérer les terres que Loménie refusait de lui céder.

Plus tard, le terrain est racheté à Gondi par Louis XIII, qui y bâtit son pavillon de chasse appelé par ses contemporains « Le château de Cartes ». Comme il parle de Louis XIII, Alain Baraton en profite, avec le mordant qui lui est propre, pour « tacler » les historiens officiels (« quantité d’historiens me sautent dessus ») en affirmant que Louis XIV ne serait pas le fils de Louis XIII, mais celui de Mazarin. Un château sorti de la fange et un roi qui serait un bâtard, voilà déjà qui ternit le lustre du château.

Alain  Baraton poursuit sur sa lancée dévoilant la réalité sur la construction du château en s’attaquant une fois de plus à la version livrée par les historiens qui prétendent que le chantier n’aurait fait que peu de morts. « Une centaine seulement, une centaine ce n’est déjà pas mal », raille l’auteur. Aux chiffres donnés par les historiens, Baraton oppose les siens, terribles : 200 morts pour construire la pièce d’eau des Suisses et 2200 pour creuser le Canal de l’Eure. Le jardinier cite Madame de Sévigné qui décrit le « nombre prodigieux de morts », racontant que chaque matin, des charrettes emmenaient les ouvriers morts dans la nuit pour que leurs remplaçants ne les voient pas et ne sachent pas ce qui se passait sur le chantier. « Rien ne doit venir entacher le prestige du roi, explique Baraton, rien ne doit venir  mettre un terme à ce grand dessein que le roi veut pour la France ». Mais « Versailles est un château, Versailles est un jardin, Versailles est aussi un charnier », assène-t-il.

Le jardinier revient alors sur son impression, alors qu’en compagnie de sa famille il visite le site pour la première fois. Alors que le lieu suscite généralement l’émerveillement ou du moins l’admiration, Baraton raconte avoir été « horrifié lorsqu’il a découvert Versailles, horrifié des statues qui sont superbes mais ne représentent que la misère : un amant tenant sa compagne morte dans ses bras se plonge un couteau dans la poitrine, plus loin Lachoon et ses fils se font démembrer par une pieuvre, que dire de cette déesse grecque qui se fait mordre le sein par une vipère… ». « Et dans le château, spectacle identique » ajoute-t-il, citant notamment la Galerie des Batailles, qui représente des scènes particulièrement sanglantes, ou encore la Galerie des Glaces où Louis XIV est représenté piétinant un noir (promotion de l’esclavage) et une vieille femme (censée représenter les sorcières). Aussi, lorsqu’il l’a découverte, Versailles était-il pour lui « le musée des horreurs ».

Musées des horreurs dont Alain Baraton n’a pas fini de nous livrer les secrets. En effet, après en avoir décrit la genèse, il s’attache à nous révéler les événements terribles qui s’y sont produits et que l’Histoire aborde peu. Alain Baraton se dit d’ailleurs choqué de cette sorte de « déni » : « À Versailles, tout est beau tout est extraordinaire ; mais pas du tout » ; « il y a encore une part d’ombre, des choses qui font débat et desquelles on hésite à parler ». Bien qu’aimant profondément ce lieu où il travaille depuis plus de trente-cinq ans, l’auteur s’attache alors à nous livrer plusieurs faits qui tissent la part sombre de son histoire. Il y a, bien sûr, l’obscure période des poisons, durant laquelle les membres de la Cour redoutaient tant de se faire empoisonner qu’ils avaient leur propre vaisselle, nominative, et leurs propres valets, etc. Cette paranoïa est d’ailleurs à l’origine du verre à pied, inventé pour que les valets ne puissent pas glisser du poison tout en servant (Alain Baraton nous gratifie d’une démonstration ayant un verre à pied posé devant lui au moment de la conférence).  Mais pour montrer la cruauté de la Cour et contrecarrer la vision idyllique que beaucoup se font de Versailles, Baraton choisit de narrer des événements précis et en revient encore une fois aux anonymes qui ont bâti le château. Ainsi, un vieillard qui se plaint de la dureté des travaux sur le passage du roi se fait couper la langue et est envoyé aux galères. Quant aux superbes miroirs que l’on admire dans la galerie des glaces, ils ont causé la mort de tous ceux qui les ont fabriqués, car « les malheureux qui fabriquent les glaces respirent des vapeurs de mercure […] ; lorsque la galerie des glaces est inaugurée, plus aucun miroitier n’est vivant » ; « on ne voulait pas que le peuple sache qu’il y avait des morts derrière les miroirs », on voulait garder le secret, les miroitiers bénéficiaient pour cela de nombreux avantages : payés très chers, ils étaient aussi exemptés d’impôts. « Quand vous vous regardez dans la galerie des glaces dites vous bien que les gens qui ont construit les miroirs sont morts dans des conditions épouvantables », achève Baraton. Des faits « qui glacent le sang » comme il le dit lui-même.

A l’animateur de la conférence qui lui dit le trouver assez sévère au sujet de Versailles, ou plutôt « de la manière dont est conduite Versailles », Baraton donne la raison de son intransigeance. Il trouve « profondément injuste » que Versailles rende hommage aux mécènes qui ont aidé à sa restauration et à son entretien – par de nombreuses plaques bien en évidence dans l’entrée des visiteurs – mais qu’aucune n’honore la mémoire de ceux qui sont morts pour la construire, car « si Versailles est la demeure des rois elle n’a pas été construite par les rois, mais pour les rois et par des artisans, des ouvriers, et des manœuvres qui mériteraient d’avoir simplement et anonymement une plaque qui rappelle leur sacrifice ».



C’est donc semble-t-il dans un souci de justice, de vérité que Alain Baraton dévoile dans son Livre Vice et Versailles la face obscure de ce lieu qu’il aime tant, et c’est peut être avant tout parce qu’il aime ce lieu qu’il peut le faire. Les vérités qu’il livre peuvent être déplaisantes car il est vrai qu’elles entachent un mythe et que comme le dit Baraton avec un certain humour « Versailles est un symbole pour les Français », symbole auquel « il ne faut pas toucher ». J’ai moi-même un attachement particulier pour le château de Versailles, je m’étais rendue à cette conférence surtout en quête d’anecdotes historiques (le sous titre un peu « racoleur » n’y était sans doute pas étranger), j’en suis ressortie pensive. On peut trouver que Baraton exagère, mais il vrai que lorsqu’on parcourt le château, on n’a guère à l’esprit la part de souffrance qui a contribué à sa construction.  Il apparaît en tout cas que Versailles et son histoire ont deux visages, comme les miroirs de  la galerie des glaces cachent une vérité glaçante derrière leur magnificence. Cette ambivalence, cette idée de visage caché et d’inversion est d’ailleurs bien rendue par le titre choisi par Baraton. Aussi pour réellement nous approprier ce lieu, ce symbole éminent de notre histoire dans toute son entièreté sans doute, faut-il que nous connaissions et acceptions sa part d’ombre…


Ludivine, AS Bib.

 

 

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Published by ludivine - dans EVENEMENTS
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