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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 07:00

31 mars 2012, Escale du livre, Bordeaux

 

Anne-Wiazemsky-Une-annee-studieuse.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
autour de  

Une année studieuse
Gallimard, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Wiazemsky.jpgAnne Wiazemsky est née en 1947 à Berlin. Elle est la petite fille de François Mauriac du côté maternel, et issue, par son père, d'une famille princière russe qui émigra en France après la révolution de 1917. Son frère, Pierre Wiazemsky, plus connu sous le pseudonyme "Wiaz", est un dessinateur humoristique.

Anne Wiazemsky devint actrice en 1966, en commençant par Au hasard, Balthazar, film de Robert Bresson. Puis elle rencontre Godard, qu'elle épouse en 1967. Elle jouera ensuite dans bon nombre de films de Godard, mais aussi de Pier Paolo Pasolini, Robert Bresson, Philippe Garrel ou encore André Téchiné ainsi que dans des pièces de théâtre.

Anne Wiazemsky est aussi auteure de nouvelles, de livres pour enfants, elle participe à la création de beaux-livres, à la réalisation de documentaires et écrit des romans dont Canines qui reçut le Prix Goncourt des lycéens en 1993, et Une poignée de gens qui lui valut le grand prix du roman de l'Académie Française.

Anne Wiazemsky est aussi une femme engagée, signataire du Manifeste des 343, appel pour la liberté de pouvoir avorter. Cette pétition rédigée par Simone de Beauvoir et parue dans le Nouvel Observateur du 5 avril 1971, n'est signée que par des femmes qui déclarent toutes avoir avorté (acte alors passible de poursuites pénales pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement). Véritable exemple de désobéissance civile en France, elle débouchera en 1975 sur la loi Veil qui dépénalise l'I.V.G. lors des dix premières semaines de grossesse.

Mais si Anne Wiazemsky était là, ce 31 mars 2012 à l’Escale du livre, à Bordeaux, c'était pour évoquer son dernier roman, Une année studieuse, publié en février 2012 chez Gallimard. Après s'être illustrée dans le genre autobiographique avec Jeune fille, récit de son premier tournage avec Robert Bresson, et après avoir travaillé sur la question de la construction du récit avec  Mon enfant de Berlin qui évoque la vie de ses parents avant sa naissance, Anne Wiazemsky réitère l'expérience de l'écriture du passé, en racontant, cette fois, sa vie avec Godard. Et comme ses romans ne se fondent pas uniquement sur sa mémoire, Anne Wiazemsky sait trouver les sources et les utiliser, car même quand il s'agit de sa vie, elle manie avec habileté ses propres souvenirs, mais aussi ceux des autres.

On peut dégager de cette rencontre littéraire six grands thèmes qui jalonneront le parcours initiatique d'Anne Wiazemsky qu'elle nous relate dans Une année studieuse.
 
Tout d'abord est évoqué le thème de l'écriture : Une année studieuse est un livre très personnel, au même titre que Jeune fille, et il semblerait qu'Anne ait rencontré quelques difficultés pour revenir sur des choses très intimes. De plus, le personnage principal de ce roman n'est autre qu'Anne Wiazemsky, en 1966, encore pleine d'enthousiasme, de naïveté et d'émerveillement. Mais alors comment fait-elle pour se placer dans cette posture de retour sur soi, sur son passé ?

Anne Wiazemsky s’excuse d’abord auprès du public de toute éventuelle hésitation ou blancs possibles dans ses réponses. Selon elle, la difficulté vient du temps. Le projet d'Une année studieuse s'étendait au départ sur quatre ans, mais Anne rétrécit le sujet et fait le choix d'une année, l'année 1968. De plus, elle s'attache à ne pas être en avance sur le temps du récit, et opérer ainsi un décalage entre temps de l'écriture et temps du récit. Elle veut retrouver sa naïveté et son enthousiasme émerveillé, tout en faisant abstraction de ce que l'histoire ou les expériences lui ont appris par la suite. C'est cette forme d'écriture qui permet à son auteure de retrouver la jeune fille qu'elle était en 1966, et elle évoque par la même occasion le bonheur de retrouver ainsi des personnes disparues qui lui étaient chères. L'écriture est donc pour Anne Wiazemsky un vecteur lui permettant de revenir dans le passé grâce à des contraintes qu'elle s'est fixées, et d'éprouver la joie d'y rencontrer des personnes qui ne sont plus.
 
Dans un second temps est abordé le thème des rencontres. En effet, la vie d'Anne Wiazemsky est jalonnée de personnes qui joueront un rôle décisif dans ses choix.

Et tout d'abord nous commencerons par évoquer la rencontre avec Godard, la vraie, l'amoureuse. Car le cinéaste est déjà épris d'elle, mais Anne l'éconduit. Jusqu'au jour où elle voit Pierrot le Fou. Ce film est le véritable point de départ de leur relation, le déclencheur du coup de foudre artistique. Saisie d'une impulsion et d'une audace rare, elle écrit à Godard, par l'intermédiaire des Cahiers du Cinéma, pour lui déclarer son amour pour ce film et pour lui aussi, derrière. Pour elle, Godard est d'abord un homme de chair et de sang, et c'est lui qu'elle aimait, avant le cinéaste. Anne Wiazemsky dresse d'ailleurs dans son livre, un portrait de Godard très amoureux, possessif et jaloux, ne correspondant pas à l'image que nous en avons habituellement. Et Anne Wiazemsky surenchérit non sans humour, précisant qu'avec l'accueil de ce livre, elle s'est rendu compte que beaucoup d'hommes et de femmes aimaient Godard tout comme elle.
Jean-Luc-Godard-et-Anne-Wiazemsky-et-Godard.jpg
Est alors évoqué La Chinoise, film de Godard dont le tournage commence en 1967. Dans son livre, Anne Wiazemsky raconte l'influence du maoïsme sur Godard et l'impossibilité de tourner le film en Chine. Mais elle précise que Godard n'avait pas eu l'intention de tourner en Chine, il s'y est seulement rendu. Il voulait un film en noir et blanc, caméra à l'épaule, et dont le sujet principal serait elle, une étudiante en philosophie à Nanterre, véritable nid de Trotski-léninistes (selon lui). L'actrice de La Chinoise avoue que pour elle tout ça était un peu abscons, et tient à préciser qu'elle est arrivée après la Nouvelle Vague.
 
Une deuxième rencontre marquera sa vie, celle de Francis Jeanson, résistant pendant la guerre et philosophe ; il a également été proche de Jean-Paul Sartre et Albert Camus, participant à l'élaboration de la revue Les Temps modernes. Anne Wiazemsky lui vouait une grande admiration, mais elle n'était pas une étudiante modèle et venait de rater son bac. Lors d'un goûter organisé par son ami Antoine Gallimard, encore prise d'une étrange intuition et toujours armée d'un soudain courage, elle alla à la rencontre de Francis Jeanson. Elle lui expliqua qu'elle venait d'échouer au bac et lui demanda de l'aider à réviser son oral de philosophie. Elle précise que c'était pour elle une audace rare. Il a accepté. Elle aimait beaucoup son sens du dialogue. Et cette expérience enrichissante eut plusieurs conséquences : elle a eu son bac, mais s'ennuie désormais sur les bancs de la fac. En effet, l'auteure explique ensuite que Francis Jeanson se faisait beaucoup d'illusions sur elle, et voulait qu'elle continue la philosophie. Mais elle s'imaginait à la Sorbonne, en plein cœur du quartier latin, et pas à Nanterre, faculté récente, difficile d'accès, entourée de bidonvilles et ne disposant que d'une cafétéria pour tout le campus. De plus, l'auteure évoque la suprématie des professeurs qui régnaient encore à cette époque, les comparant à des mandarins.

Une autre rencontre compta dans la vie d'Anne Wiazemsky. Elle fit la connaissance, par l'intermédiaire de Godard, de Michel Cournot, critique de cinéma et de littérature. « C'est un des fantômes que j'étais contente de retrouver » (par l'écriture), répond Anne Wiazemsky. Si Francis Jeanson la guide jusqu'à l'université, Michel Cournot au charme décalé l'en détourne, lui affirmant, face à son ennui de se rendre aux partiels : « La vraie vie, celle que nous aimons, n'est pas là ». Anne Wiazemsky, avec toute la maturité acquise, précise qu'elle ne se vante pas de ne pas s'être rendue aux partiels, suivant les conseils de Michel Cournot. Mais elle n'avait à l'époque, aucune présomption politique de ce qui pourrait se passer par la suite, sinon elle se serait rendue aux partiels.
 
D'autres rencontres sont également importantes pour Anne. Ses seuls amis étudiants, à Nanterre, étaient Danny (Cohn-Bendit) et deux de ses camarades. Ils conseillaient de boycotter les examens en copiant sur les autres. Anne, se comparant à une taupe, ramenait les informations politiques à son mari Jean-Luc. Mais ni elle, ni lui, n'ont eu l'intuition politique que tout allait commencer avec eux en mai 68.
 
– « Et Juliet Berto ? »

Elle état actrice (elle a joué notamment dans La Chinoise de Godard), mais aussi metteur en scène de théâtre et réalisatrice de cinéma. Juliet Berto est morte très jeune, et Anne Wiazemsky l'a beaucoup aimée. C'est pourquoi c'était une chance pour elle de ne pas l'oublier grâce à l'écriture.

Il n'y pas que les rencontres qui comptèrent, il y a également sa propension à l'émerveillement et à l'admiration, et tout particulièrement pour Jeanne Moreau. « J'adore admirer, encore aujourd'hui » répond l'auteure, mais elle reproche aux journalistes en général de toujours évoquer Jeanne Moreau et jamais Anouk (sans doute Anouk Aimée) pour qui elle avait aussi beaucoup d'affection. Mais elle se plie tout de même au jeu de l'interview et évoque Jeanne Moreau. Ce qu'elle admirait chez elle, c'était autant son personnage que le raffinement de sa vie. Et Anne Wiazemsky, qui a connu Jeanne Moreau lors de tournages, évoque sa chambre d'hôtel, avec deux lits, un grand pour l'amour et un petit pour après, pour se rafraîchir sans se gêner. Il y avait aussi les pull-over à la taille de ses invités, quand les nuits étaient fraîches. D'ailleurs quand Jeanne Moreau a lu le livre d'Anne Wiazemsky, elle eut cette réaction : « Mais pourquoi a-t-elle oublié que j'avais plein de chiens ? » Mais Anne Wiazemsky avait également un chien, qui, un jour, mangea les pétunias de Jeanne Moreau. Oui, mais ce n'était pas grave, elle a dit qu'elle « adorait se lever le matin et planter les pétunias » !
 
Après les thèmes de l'écriture et celui des rencontres, la famille est alors évoquée, une famille dominée par la figure du grand-père maternel, qui n'est autre que François Mauriac. Son influence est fondamentale au sein du cercle familial, d'autant plus qu'il devient le tuteur d'Anne à la mort de son père. On l'a déjà constaté dans Jeune fille, François Mauriac est à la fois très autoritaire et tout à la fois empli de tendresse pour cette petite-fille avec qui il tisse des liens particuliers.

Anne évoque également les rapports conflictuels avec sa mère, suite à l'annonce de son mariage avec Jean-Luc Godard, beaucoup plus âgé qu'elle. Pourtant, quand sa mère rencontre son père (moment relaté dans Un enfant de Berlin), ce dernier n'était pas celui que l'on avait prévu pour la mère d'Anne, et elle sut imposer son choix, affronter sa famille. Mais lorsqu'il s'agit de sa fille, c'est comme si elle avait oublié ce moment. Anne Wiazemsky fait alors une belle réponse, évoquant tout d'abord son plaisir de décrire sa mère dans ses livres, elle en a fait l'héroïne de son roman Un enfant de Berlin. Elle lui a donné la parole. Puis Anne concède qu'elle n'était pas facile, elle ne correspondait pas aux attentes d'une famille comme la sienne, avec son chien, le cinéma et sa relation avec un homme plus âgé. Dans Jeune fille, Anne Wiazemsky évoque sa mère également, avec beaucoup de tendresse et un effort de compréhension. Sa mère voulait qu'elle fasse du cinéma, cela ne convenant pourtant pas à ses principes. Mais si son propre père François Mauriac, s'y était opposé, elle reconnaît elle-même qu'elle n'aurait pas eu la force de l'affronter. Anne Wiazemsky évoque dans son roman, avec humour, la venue de Godard pour demander à François Mauriac la main de sa petite-fille. Elle ne s'en souvenait pas, c'est son frère Pierre qui le lui a raconté, c'est pourquoi dans le livre elle lui donne la parole. Mais son grand-père ne pouvait nier une certaine fierté d'avoir comme gendre Jean-Luc Godard. C'était un honneur pour lui, curieux du monde et pas du tout conventionnel. On perçoit d'ailleurs déjà dans Jeune fille, une certaine envie de François Mauriac pour ce que vit sa petite fille, « on ne lui a jamais demandé du faire du cinéma, à lui! »

Mais François Mauriac est finalement peu présent dans Une année studieuse, et c'est son oncle qui prédomine davantage. C'est lui qui a montré à l'auteure que la voie la plus libre est celle de la réalisation de soi. Il avait placé la barre très haut, précise Anne Wiazemsky. On peut donc dire que son grand-père accordait peu d'importance aux conventions sociales. Peut-être que pour ses petits-enfants c'était plus facile, objecte Anne Wiazemsky. D'ailleurs quand il a donné son accord pour le mariage entre Godard et Anne Wiazemsky, les tensions au sein de la famille se sont apaisées. Il faut tout de même rappeler que Jean-Luc Godard, non seulement était plus âgé que la narratrice, mais qu'en plus il sortait d'un divorce, ce qui reste choquant pour une famille bourgeoise et catholique. Anne Wiazemsky, dans sa réponse, préfère évoquer les difficultés que rencontraient les jeunes femmes de son époque. La majorité était à 21 ans, la pilule n'existait pas et l'avortement était illégal. Une véritable terreur planait sur les amoureux, comme Anne l'explique, la terreur de tomber enceinte, car dans le milieu bourgeois, les amoureux se retrouvaient aussitôt coincés dans un mariage.

Le quatrième thème est celui de la liberté, de sa situation de jeune fille très libre au sein d'une famille catholique et bourgeoise. En effet on a d'elle, à la lecture de ce livre, une image de jeune fille affranchie des contraintes, qui fait le choix de prendre des positions qui ne séduisent pas toujours et qui avance dans la vie. Mais Anne Wiazemsky répond modestement qu'il lui semblait, à cette époque, faire un pas en avant, un pas en arrière. C'était l'âge, tente-t-elle d'expliquer, et si elle n'avait pas eu l'audace de faire ce film, elle savait qu'elle aurait eu une conscience aiguë du renoncement que cela aurait pu représenter.
 
Une question venue du public et qui amène le cinquième thème porte sur les cinéastes avec lesquels elle a travaillé, en commençant pas Godard, qui avait la réputation d'être très rude avec ses acteurs. Mais Anne répond qu'il a été très agréable avec toute l'équipe, sur ce tournage. « Sûrement parce que l'on n'était pas des stars ». Dans son souvenir tout s'est bien passé, mais elle précise que peut-être sa mémoire arrange tout. Pour raconter ce tournage avec Godard, Anne Wiazemsky évoque les souvenirs d'un technicien qui lui rapporta que Godard s'éclipsait avec elle pour discuter longuement, en chuchotant.

Avec Pasolini le tournage s'est également bien passé, car elle n'a jamais trouvé humiliant d'obéir. Pasolini apportait sans cesse des détails techniques, et à la fin du tournage ils se séparèrent sur un malentendu, sur l'idée faussement réciproque qu'ils ne pouvaient pas se supporter. Cela ne les empêchera pas de se retrouver, bien après le tournage de Théorème et de vivre une véritable rencontre amoureuse.
 
Enfin cet entretien littéraire se termine par une discussion sur l'écriture elle-même, dernier thème de cette rencontre. Tout d'abord, l'auteure précise que la fiction, en littérature, la libère. Car malgré une dimension fortement autobiographique, cette œuvre reste un roman. Par l'utilisation du genre romanesque, Anne Wiazemsky n'a pas cherché à traduire le vrai, mais le vraisemblable, en faisant référence aux souvenirs, en utilisant les mémoires d'un technicien, ou les récits de ses proches, ou encore en se référant à son propre journal intime. Mais Anne Wiazemsky n'écrit pas pour régler ses comptes, ça, elle le fait dans la vie. Écrire est un processus long, lent, et pesant, donc l'auteure n'a pas du tout envie de ressasser une rancœur pendant plusieurs années. « Même par rapport à votre mère ? », insiste le journaliste. Mais non, sinon elle n'aurait pas pu écrire Un enfant de Berlin. D'ailleurs Anne Wiazemsky s'est donné une véritable interdiction, celle de ne pas juger ses personnages, laissant au spectateur la liberté de le faire.
 
Une année studieuse  vient donc compléter Jeune fille. Après avoir relaté ses débuts balbutiants au cinéma, sous la direction de Robert Bresson et même sa toute première rencontre avec Godard sur le tournage de Au hasard Balthazar !, Anne Wiazemsky évoque cette fois sa relation avec Jean-Luc, l'homme de chair et de sang qui se trouve derrière Godard, celui dont elle parle encore avec respect et admiration, celui qui lui apprit l'amour et tant d'autres choses.


Marie, AS Bib.

 

 

 

Anne WIAZEMSKY sur LITTEXPRESS

 

 

Anne Wiazemsky Mon enfant de Berlin

 

 

 

 

 

 Article d'Agnès sur Mon enfant de Berlin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Marie - dans EVENEMENTS
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