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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 07:00

 
Dans le cadre des  « Lettres du Monde » / Argentina, Carlos Salem était présent à la bibliothèque de la Bastide à Bordeaux le 11 octobre 2011. Auteur de polars, argentin exilé en Espagne, l’auteur au look de pirate a eu l’occasion de parler de ses trois romans policiers traduits en France dont Je reste roi d’Espagne, sorti en septembre. Dans une ambiance conviviale, une dizaine de lecteurs et les bibliothécaires de la Bastide sont venus assister à cette rencontre animée par Christophe Dupuis, critique littéraire spécialiste du polar, aidé de Nayrouz Zaitouni-Chapin comme interprète.

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Présentation

Carlos Salem a déjà publié onze ouvrages au total si l’on ajoute sa poésie aux cinq romans policiers, tous parus en Espagne où il vit depuis une vingtaine d’années. Il a expliqué que peu d’auteurs argentins résidaient encore dans leur pays d’origine à cause du gouvernement qui ne s’intéresse que très peu à la culture, malgré de petites améliorations ces dernières années par la création de prix littéraires. De plus, le risque serait pour les auteurs de n’être aidé par l’État que si leurs œuvres sont en accord avec les idées du gouvernement. Mais ce n’est pas la seule raison : beaucoup d’Argentins, écrivains ou non, s’exilent à cause des problèmes politiques ou économiques du pays ainsi que par déception, désenchantement. Pour Carlos Salem et d’autres écrivains argentins, l’exil est aussi dû à la mauvaise vision systématique qu’ont les critiques littéraires du pays des journalistes qui se lancent dans l’écriture.

 

Entre Espagne et Argentine

La position de Carlos Salem en tant qu’auteur d’origine argentine mais résidant en Espagne n’est pas toujours facile à vivre pour lui. Au départ, le monde littéraire s’intéressait peu à lui car il était vu comme Espagnol en Argentine et comme Argentin en Espagne. Petit à petit, il a réussi à trouver sa place en Espagne en écrivant des romans qui se passent dans ce pays. L’année prochaine, un de ses romans sera pour la première fois publié en Argentine où il  n’était pas du tout connu avant son exil, à part dans le monde de la poésie. À cette idée, Carlos Salem était très inquiet car il avait peur d’être vu comme un traître par son pays d’origine puisqu’il écrit sur l’Europe et dans une langue propre à l’Espagne. Finalement, il recueille d’ores et déjà une critique positive puisque beaucoup de lecteurs argentins aiment ce langage. Il obtient aussi une bonne reconnaissance grâce au succès de ses traductions par Actes Sud en France car l’Argentine est particulièrement fascinée par notre pays. Carlos Salem estime donc que ses romans sont en partie espagnols, par les sujets et la langue utilisée, en partie argentin à travers le regard qu’il propose de l’Espagne dans ses romans.

 

Romans policiers

D’après Carlos Salem, chaque auteur qui écrit dans un genre particulier le fait grâce à son goût et à son expérience littéraire. Ainsi, s’il en est arrivé à écrire des romans policiers, c’est parce qu’il a été marqué par la lecture de Raymond Chandler à l’âge de quatorze ans. À ce moment-là, il s’est dit qu’il aimerait « écrire la même chose mais en mieux » (aujourd’hui il considère modestement ne pas avoir réussi). Au lycée, une de ses professeurs l’a poussé à lire et à écrire pour qu’il arrête de voler des voitures. En écrivant, il s’est rendu compte qu’il faisait apparaître systématiquement une arme à feu de calibre 38 dans ses histoires. C’est alors qu’il a commencé à se poser la question d’écrire des polars. Carlos Salem a ajouté que si beaucoup d’écivains latino-américains sont des auteurs de polars, c’est parce que la réalité même de l’Amérique latine est un roman noir, selon lui.

Aujourd’hui, il admet s’inspirer de l’œuvre de Raymond Chandler même si cela n’est pas toujours très visible dans ses romans. En effet, il a expliqué qu’il réutilisait plus la « musique » de Chandler que ses personnages ou la structure de ses romans. Il reprend donc son ironie ou encore l’éthique amicale des personnages qui ne peuvent pourtant faire confiance à personne.

Pour Carlos Salem et d’autres écrivains comme Paco Ignacio Taibo II, ni le polar ni le roman noir ne correspondent à l’écriture policière latino-américaine : ils préfèrent parler de « nouveau roman d’aventure ». Les particularités de leurs détectives sont qu’ils aiment leur ville, qu’ils sont habillés comme tout le monde et qu’ils étaient à un pas de devenir les délinquants qu’ils poursuivent. Carlos Salem considère que les auteurs comme lui vont à la recherche de ce qui n’intéresse plus la plupart des gens.

 

 

Je reste roi d’Espagne

 

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À l’origine, Carlos Salem ne souhaitait pas créer un détective stéréotypé qui lui servirait pour une série de romans. Il considère qu’il est nécessaire de créer un personnage très bien construit pour qu’une série possède un réel intérêt. Or cet exercice est très difficile et il n’a pas osé le faire jusqu’à Je reste roi d’Espagne qui devrait être le premier roman d’une série autour d’un détective nommé Txema Arregui. L’auteur avait déjà introduit ce personnage dans Nager sans se mouiller en tant que policier qui pense à devenir détective privé. Il avait pris soin d’en faire un personnage atypique avec une histoire personnelle mais sans qu’il soit alcoolique et pauvre. C’est un personnage qu’il voulait réel, adapté à l’Espagne actuelle, « en pleine force physique et mentale ». Carlos Salem a réfléchi à son détective pendant deux ou trois ans avec seulement l’idée qu’il aurait sauvé le roi cinq ans auparavant et qu’il s’ennuierait avec ses clients. Il se mit enfin à écrire ce roman lorsqu’il eut l’idée de faire de nouveau sauver le roi par Arregui. Ce roman commence donc avec la disparition du Juan Carlos sur laquelle le détective chandlerien va accepter d’enquêter. À travers ce livre, l’auteur résume ses vingt années passées en Espagne sur un ton ironique mais non moqueur car il considère désormais l’Espagne comme son pays. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’ont fait hésiter à publier son livre jusqu’à ce qu’il écrive les cinquante dernières pages. Avec ce personnage, Carlos Salem prévoit d’écrire sept ou huit autres romans.

 

 

 
Rapport à l’écriture

La manière dont Carlos Salem travaille l’écriture de ses romans peut être considérée comme originale. En effet, il n’écrit pas qu’un seul ouvrage à la fois mais plusieurs. Il a l’habitude d’écrire de 70 à 100 pages d’un seul coup puis de laisser l’ouvrage travaillé dans un coin avant d’y revenir quand ça lui plaît vraiment. Il n’écrit que lorsque qu’il sait comment la partie qu’il veut travailler va finir. Il connaît aussi la fin de son roman avant de commencer à le rédiger. Il ne se sent jamais obligé d’écrire à un rythme régulier pour publier absolument. Carlos Salem estime qu’il est important de prendre du recul lorsqu’on écrit, qu’il ne faut pas trop se faire confiance. Mais il dément l’idée exprimée par certains écrivains qu’écrire serait une souffrance. Pour lui, on écrit seulement pour le plaisir et il trouve que l’écriture est la meilleure des choses, « mieux que le sexe ».



Hommages aux écrivains

Dans chacun de ses romans, Carlos Salem réserve une place particulière à un écrivain qu’il admire. Il leur rend hommage en les faisant apparaître comme personnage de l’histoire à part entière d’après les traits qu’il connaît. Ainsi, Andrea Camilleri ou Paco Ignazio Taibo II sont cités dans deux de ses romans mais restent des personnages fictifs. Pour lui, c’est une façon de rencontrer les écrivains qu’il admire depuis longtemps.



 Bukowski Club

Suite à la question d’un lecteur, Carlos Salem nous a parlé de son bar si particulier qu’est le Bukowski Club. Ce bar est en effet un lieu littéraire où chacun peut venir lire trois de ses poèmes en toute liberté, sans être connu, en s’inscrivant simplement chaque mercredi. L’auteur avait mis en place ce système en réaction contre les bars qui sélectionnaient officiellement leurs poètes. Depuis, il a quitté son amie qui a gardé la possession de ce bar et près de trente endroits identiques se sont développés à Madrid.


Soizic, 2e année Éd.-Lib.

 


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Published by Soizic - dans polar - thriller
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