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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 07:00

 

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Toujours dans le cadre de Lettres du Monde / Argentina, nous étions également présentes à l'entretien avec Carlos Salem à la bibliothèque de la Bastide à Bordeaux le 11 octobre 2011. Un article ayant déjà été publié récemment sur cette même rencontre, nous allons présenter le nôtre sous un angle différent. Il va s'agir de la transcription littérale de l’échange entre Christophe Dupuy et Carlos Salem. Les sujets déjà abordés dans  l'article de Soizic seront réduits au minimum afin d'éviter les redondances.

En ce qui concerne la biographie de Carlos Salem, nous vous renvoyons à  l'article de Soizic.

Bonne lecture à tous !


Sur la table :  Aller simple publié en 2008 + Nager sans se mouiller publié en 2010 + Je reste roi d’Espagne publié en français dans le courant de l'année prochaine



Christophe Dupuy : Le polar, aujourd'hui, c'est quoi ? C'est assez cadré, structuré... Dans les livres de Carlos Salem, il se passe des choses un peu en travers, dans le désert marocain ou dans un camp de naturistes. Le dernier de ses romans vient d'être publié en espagnol et s'intitule Je reste roi d’Espagne. Il y a de l'action, il y a de l'ambiance, il y a des choses particulièrement succulentes, et derrière il y a de grands moments de poésie. Parce que Carlos est poète également, il vous parlera un peu de cela. J'ai déjà fait une rencontre avec lui hier soir, alors nous n'allons pas aborder tout à fait les mêmes sujets car je risque de m'ennuyer ainsi que Carlos Salem. Mais il y a des choses sur lesquelles il faut que l'on revienne, et l'on va parler un peu de la différence qui existe selon lui entre le roman et la poésie.

Carlos Salem est argentin, il vit en Espagne depuis une vingtaine d'années, et je pense que la première question que l'on peut lui poser, en tout cas dans le cadre du roman policier qui m’intéresse, c'est qu'il y a peu d'auteurs argentins qui vivent en Argentine, comment cela se fait ? Carlos Salem vit en Espagne, Raul Argemi vit en Espagne également. Peu d'auteurs que l'on connaît vivent en Argentine. Il y a tout de même Gian Carlo Delgado et Edgardo Cozarinsky qui font des papiers régulièrement dans la presse pour râler un petit peu contre le manque d’intérêt du gouvernement pour la culture. Vous pouvez peut être nous en parler un petit peu ?

Carlos Salem : C'est un petit peu contradictoire, effectivement. Le gouvernement n'a pas beaucoup aidé la culture et la littérature. Mais ces dernières années il essaye d'arranger cela avec la création, par exemple, de prix correspondant à l'équivalent d'un salaire en Argentine. Cela n'existait pas avant.

Mais ce qui me fait peur finalement, c'est que, comme tous les gouvernements qui payent les artistes, le gouvernement argentin ne choisit que ceux qui lui sont loyaux et fidèles. Ou alors en tous cas qui ont des affinités particulières avec le pouvoir. C'est une attitude qui a commencé dans les années soixante-dix dans le milieu politique. Puis avec les difficultés économiques cette attitude engendra un litige par désenchantement, par déception.

Dans le cas des auteurs comme Raul Argemi, qui est arrivé à Barcelone il y a huit ans, leur départ est dû au fait qu'ils n'avaient plus en Argentine la possibilité de publier, d'être connus. Mais il est vrai que ces dix dernières années il y a eu des changements. En effet, avant, un écrivain qui arrivait du journalisme était mal vu, non pas par le public ou la société, mais plutôt par les critiques journalistiques et les critiques littéraires. Maintenant ce n'est plus vraiment le cas. C'est aussi pour ça que les gens sont petit à petit venus en Europe, pour des raisons personnelles ou autres.

Et c'est mon cas par exemple. Je ne suis pas directement publié en Argentine, mais ce sera le cas à partir de l'année prochaine. Quand je suis parti il y a vingt ans, je n'étais pas du tout connu en Argentine en tant qu'écrivain. Malgré le fait que j'avais gagné à l'époque un petit prix de poésie, dans ce milieu je n'étais pas connu non plus. Ma grande peur concernait justement mes romans car ils sont situés et installés dans le paysage espagnol, français ou européen. J'avais peur que, s'ils étaient lus là-bas en cas d'exportation, on dise : « Mais qu'est ce qu'il fait celui-là à écrire en espagnol et non en argentin ! », ou que l'on m'appelle « traître ». Mais comme on ne me connaissait pas à l'époque, ils m'ont connu avec mes romans publiés en espagnol d'Espagne. Donc la presse est plutôt tendre avec moi. J'avais énormément d'offres éditoriales pour la publication de mes romans. Mais quand on commence à écrire dans une langue on poursuit généralement les ouvrages suivants dans cette langue-là. Je ne le savais pas mais j'ai énormément de lecteurs en Argentine qui aiment que j'écrive en espagnol d'Espagne. Avec un ami journaliste, qui travaille dans un journal culturel, je disais justement que je ne m'y attendais pas et que je pensais qu'on allait me tomber dessus. Et il m'a répondu que même si le vocabulaire est espagnol cela semble cohérent car les romans se déroulent là-bas et ce qui plaît, c'est que le regard de l'auteur continue à être un regard argentin. Et il avait raison.



Christophe Dupuy : Et vous ? Vous vous sentez plus un écrivain espagnol ou argentin ?

Carlos Salem : Comme je suis Argentin et que j'ai publié ces romans en Espagne, je me considère comme un auteur « argengnol ».

Comme je le racontais déjà hier : pour faire des anthologies latino-américaines on ne compte pas les auteurs qui écrivent en espagnol d'Espagne. Et en Espagne il se passe la même chose : pour faire des anthologies espagnoles on ne contacte pas d'auteurs argentins. Mais la tendance est en train de se renverser car on m'a contacté pour participer à une anthologie argentine. De plus, je ne reçois d'aide financière d'aucun des deux pays.

Il y a toujours eu en Argentine une fascination, une attraction pour la culture française. Et le fait que mes romans fonctionnent plutôt bien ici, en France, a fait que finalement l'Argentine m'a bien accueilli. Et il est très fréquent que cela arrive. Par exemple Cesar Aira qui est quelqu'un de très prolifique, vit en Argentine mais il n'y était pas très connu jusqu'à ce qu'il publie ici en France. Il a alors commencé à avoir un certain nombre de lecteurs fidèles argentins et maintenant il est carrément un monstre littéraire en Argentine. Pourtant, il fait exactement les mêmes bêtises qu'avant, quand on ne faisait pas attention à lui.


Carlos Salem Aller simple
C.D. : Passons un petit peu au roman policier. On vous découvre en 2009 avec  Aller Simple, en 2010 avec  Nager sans se mouiller. Le troisième Je reste roi d’Espagne arrive cette année. Avant de parler de la genèse de l'écriture de ce roman, comment en êtes-vous arrivé à écrire du polar ?

C.S. : Je pense déjà que ça a à voir avec les goûts, avec l'expérience littéraire de chacun. Moi j'ai commencé à lire très tôt, vers mes quatre ans. J'ai commencé par lire des bandes dessinées, des choses comme ça, et des livres également.

À l'âge de quatorze ans, j'ai lu deux livres qui m'ont énormément marqué : un des romans de Raymond Chandler et un roman d’Osvaldo Soriano qui s'appelle Je ne vous dis pas adieu. Je l'ai lu le même hiver et je me suis dit que je voulais faire la même chose mais en mieux. J'ai mis très longtemps avant d'écrire des romans et je me suis vite rendu compte que mieux qu'eux je ne pourrais pas.

Lorsque je commençais à écrire plus sérieusement, petit à petit, dans tous les romans que j'essayais d'écrire ou que j'écrivais, apparaissait à chaque fois un revolver calibre 38, tout rouillé, assez long. C'est un petit peu amusant ce que je vous dis mais c'est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'il fallait que je me dirige vers le polar.

Mais je voulais écrire un polar à ma manière, je ne voulais pas créer un détective ou un commissaire un peu triste qui déprime durant toute l'histoire. Cela peut tout de même marcher, comme dans le cas de Andrea Camilleri parce que son commissaire est quelqu'un de formidable et un personnage magnifique. C'est également le cas de Fred Vargas et de son commissaire.

Ce qu'il y a aussi à savoir, c'est que quand j'étais adolescent je volais des voitures. Non pas pour les vendre mais juste pour faire un tour avec. Généralement je les laissais au détour d'une rue, pas loin de là où je les avais prises. Une professeure de collège qui savait un petit peu où j'allais et ce que je faisais, a commencé à me mettre au défi de lire et d'écrire des rédactions. Et comme je le dis dans Aller Simple, elle m'a appris qu'il était bien plus amusant de lire et d'écrire que de voler des voitures. Et elle m'a aussi appris que la réalité en Amérique latine est elle-même un roman noir.



C.D. : Donc au départ vous dites être influencé par Chandler mais à l'arrivée ce n'est pas vraiment le cas. Il y a des gens qui sont influencés par Chandler et qui écrivent des histoires de privés, d'inspecteurs dramatiques. Chez vous, on ne sent pas trop son influence.

C.S. : Si si, j'ai été influencé par Chandler ! (rire)



C.D. : Il y a un côté désabusé c'est vrai, mais le côté nudiste n'est pas chez Chandler !

CS : Chandler et sa femme étaient nudistes ! La femme de Chandler est le premier mannequin qui a posé nu en Amérique du Nord. Il y a d’ailleurs une sorte de légende sur le fait qu'elle se promenait toute nue dans la maison, qu'elle cuisinait nue... Il y a même une rumeur, qui n'est pas vérifiée, mais qui parle d'une visite de Former à Chandler. Chandler lui aurait ouvert la porte nu, sa femme aussi était nue. Je ne sais pas si c'est vrai mais j'adorerais que ce le soit ne serait-ce que pour imaginer la tête de Former quand on lui a ouvert la porte.

En ce qui concerne l'imitation de Chandler, il y a des écrivains qui imitent sa manière d'écrire et d'autres qui aiment tellement la musique de son écriture qu'ils essayent de la reproduire. Il faut faire attention aux dialogues, à leur structure, aux liens qui existent entre les personnes... Et dans Nager sans se mouiller on peut retrouver ce trait.

Dans Je reste roi d’Espagne, le détective est profondément un « chandlérien » même s'il est basque et qu'il vit à Madrid. Ses dialogues, ses mots, sont vraiment « chandlériens ». Il chante cette musique de Chandler que j'aime tant.



Carlos-Salem-Je-reste-roi-d-Espagne.gifCD : Poursuivons sur Je reste roi d’Espagne, le dernier en date de vos romans. Le roi d'Espagne disparaît. Il a l'habitude de faire de petites fugues, mais dans ce cas-là, le gouvernement est un petit peu désemparé parce que cela fait plus d'un mois que le roi a disparu. Il est urgent de le retrouver car il doit faire dans quelques jours une apparition télévisée pour Noël. Entre en scène un détective privé, parfaitement « chandlerien » comme tout le monde peut le remarquer (ton ironique) qui va partir sur les traces du roi d'Espagne. J'aimerais bien que vous me racontiez la genèse de ce roman et ensuite comment on arrive à mettre Je reste roi d’Espagne en place.

CS : J'aimais bien le personnage du détective Arregui, qui apparaissait déjà dans Nager sans se mouiller. Même si c'est un personnage secondaire, je lui avais déjà créé une histoire. Je ne voulais pas non plus que ce soit un détective mort de faim, sans argent, alcoolique et avec une vie dissolue. Comme moi j'ai une vie assez compliquée, j'essaye de donner à mes personnages une meilleure vie. Je voulais un détective qui soit réel, qui soit possible et qui s'adapte à l'Espagne actuelle.

Et donc j'ai créé l'histoire de ce détective qui cinq ans auparavant avait sauvé la vie du roi. Il avait reçu un tuyau disant que le roi était dans un chalet aux abords de Madrid, et au lieu de demander des renforts à ce moment-là, il s'etait carrément jeté dans le chalet, avait forcé la porte, avait vu que le roi avait été drogué et que deux personnes essayaient de le tuer. Le détective tue les kidnappeurs. Et comme il se doutait que le roi avait été entraîné à cause d'une histoire de rendez-vous avec une femme, il l'avait pris sur ses épaules, il l'avait mis dans sa voiture et l'avait déposé à l'entrée du palais puis il était parti. Le roi sut quand même qui l'avait sauvé et il envoya un médaillon au détective, une sorte de pièce de monnaie avec un code, un numéro de téléphone pour l'aider un jour si le détective avait un problème. Le détective n'a jamais utilisé cette pièce car il ne considère pas que le roi a une dette envers lui.

Quand il met en place son agence de détective, il commence à avoir des clients assez haut placés. Parce que même si cette histoire n'a pas été publiée dans les journaux, et que l'on n’en parle pas dans son dossier de police, la rumeur est passée dans certains cercles. Ces personnes pour pouvoir être ou rester en bons termes avec le roi et éviter tout problème, préfèrent s'adresser à cette agence de détective. J'ai donc fait un détective qui est en pleine force de l'âge, mentalement et physiquement, mais qui n'aime pas les clients qui viennent le voir.

Comme il a déjà sauvé le roi, maintenant que peut-il faire ? Et pendant deux - trois ans, j'ai réfléchi à cela sans réussir à démarrer le roman parce que le personnage est extrêmement structuré dans mon esprit et j'ai déjà des idées pour six ou sept romans sur lui.

En fait, un jour, en regardant la télévision, le roi était à la télé je me suis dit : pourquoi ne pas lui faire sauver à nouveau le roi, ou que le roi le sauve lui ?. Je me suis rendu compte aussi que le détective Arregui était quelqu'un de jeune dans son esprit, et que le roi est également un grand enfant de soixante-dix ans. Je me suis dit que les réunir tous les deux dans un roman pouvait être quelque chose d'intéressant et que si jamais ça ne marchait pas, j'abandonnais. Mais finalement j'ai aimé et, petit à petit, j'aimais de plus en plus.

Comme l'Espagne est quelque part un peu mon pays maintenant, je ne voulais pas écrire sur un ton sérieux mais plutôt humoristique. A deux cents mètres de beaucoup d'autoroutes, il y a une Espagne qui est arrêtée, stoppée nette dans les années 60 - 70 d'une certaine manière. Ce sont des endroits où les gens sont voisins mais n'habitent pas dans le même village, ne se parlent pas. Lorsque justement le détective retrouve le roi, et qu'il essaye de le remettre, d'une manière plus au moins discrète aux autorités espagnoles pour qu'elles le ramènent au palais, il doit traverser toute une partie de l'Espagne déguisé en hippie. Et dans cette Espagne profonde, il se rend compte que tous les personnages sont comme Rétroviseur, un devin qui ne sait voir que le passé. Ce personnage risque de se faire lyncher dans tous les villages où il passe car les gens n'aiment pas qu'on leur raconte leur passé. Parce que tout ce que l'on aime raconter de notre passé, c'est ce que l'on veut que les autres croient. Il croise également un musicien qui cherche à retrouver une mélodie qu'il a perdue. C'est une mélodie qui est censée guérir les maux. Pour cela, il roule toujours la fenêtre de sa voiture ouverte en essayant d'entendre cette mélodie. Et d'autres personnages dont je ne parlerai pas sinon vous ne lirez pas le roman ! (rire)

Je pense qu’avant les cinquante, quarante dernières pages, je ne sais pas si je vais faire publier ce que j'écris. Je le mets dans un tiroir et au bout d’un mois je l’oublie. Quand j’y reviens je le trouve plutôt bien.



C.D. : Comment tout cela s’agence ?

C.S. : Quand un roman me plaît ce n’est pas forcément une garantie qu’il plaira à tout le monde. Il faut savoir prendre du recul. Je pense que le mieux pour un auteur c’est de ne pas se faire confiance.

Je pense également que tous les auteurs qui passent par l'écriture et qui souffrent, mentent. Moi, je dis toujours qu’écrire c’est mieux que le sexe. Car lire c’est quelque chose de merveilleux pour un écrivain et écrire parfois c’est encore mieux que lire. Alors tous ceux qui disent qu’ils souffrent mentent.

Généralement je pars d’une idée qui, petit à petit, s’imbrique dans une autre et je sais généralement comment va finir le roman. Je laisse un temps. Quand j’ai, par exemple, une quatrième idée, je m’installe et je me mets à écrire. J’écris soixante, soixante-dix, quatre-vingts pages. J’arrête. Je laisse le roman dans un coin comme si je me mettais à un autre et j’écris quelques nouvelles, de la poésie, et je retrouve le roman que j’avais mis dans un tiroir. Quand je le reprends, généralement je lis et ça me plaît. Je me dis que je vais continuer. Ce que je ne veux pas c’est vraiment écrire en mode « automatique ». Car personne n’est obligé de finir un roman. Ce n’est pas grave si je n’écris pas, si je ne publie pas d’autres romans. Au lieu d’écrire un roman en mode « automatique », je préfère le laisser dans un coin, jusqu’à ce que je l’ouvre, je regarde, je sens que ça part bien et je continue.


C.D. : En France, on est prêt à souffrir pour écrire des romans. Jean-Patrick Manchette, auteur de polars, en entendant d’autres auteurs se plaindre durant les tables rondes qu’ils ont « porté ce livre », qu'ils « ne peuvent pas le lire parce que cela les perturbe », dit souvent qu’il ne faut pas se rendre malade pour de la littérature, qu’il faut faire autre chose.

C.S. : Effectivement, j’ai discuté avec Jean-Patrick Manchette à Pau et on a beaucoup parlé de cette « maladie » même si lui ne parle pas espagnol et moi français, mais plus on buvait de vin et plus on se comprenait. C’est lui qui m’a beaucoup soutenu dans l’apprentissage de la langue française. Et d’ailleurs, quand je suis venu en France pour la première fois, dans un salon du polar à Lyon, il m’a beaucoup aidé. Avant, je ne savais pas dire « oui » en français. En fait, lui n'a su qu’au dernier moment qu’il y avait quelqu’un, un hispanophone, qui arrivait avec un roman plein de poésie et d’humour. Il a acheté un Stephen Fry et le lendemain on a eu une table ronde sur le polar et l’humour. On était six auteurs et il est le seul à avoir parfaitement compris l’idée de mon roman. Il en a fait la promotion et je n’avais plus rien à dire de mon côté. Il se trouve que lui aussi a écrit un roman sur un couple qui vivait dans un camp naturiste et il se trouve également que je venais de publier mon premier roman sur un personnage dans un camping. Au final, il disait à tous les gens qui venaient pour une dédicace de son dernier roman, d’aller voir ceux de Carlos Salem. Le lendemain, je devais me lever tôt parce que l’après-midi, je devais rentrer à Madrid. Il m’a demandé à quelle heure je partais, je lui ai répondu que je partais dans une heure, une heure et demie, il s’est mis alors à faire la « promo » de mes livres en disant : « Achetez ! Achetez ! C’est un excellent roman » et j’ai vendu tous mes livres. Depuis lors, je lis ses romans très lentement en français et effectivement je suis d’accord avec lui quand il dit que quand on souffre d’écrire, il faut faire autre chose.



C.D. : Pour Paco Ignacio Taibo, on n’écrit pas de romans policiers ou de polars mais des « nouveau romans d’aventure ». Qu’en pensez-vous ?

CS : Je pensais déjà ça avant que Paco Ignacio Taibo ne le dise. Et c’est toujours ce que j’ai voulu faire. Jusqu’à ce que je m’y mette réellement. Pour moi, Paco est un grand maître. Je suis un grand amateur de ce que fait cet auteur. C’est un détective particulièrement efficace. Paco a publié soixante-deux romans. Pour ma part, je n’en ai publié que onze. Dans Je reste roi d’Espagne qui sera édité en France l’année prochaine, il est question d’un détective qui s’appelle Felipe Marc Lopez en référence à Philip Marlowe.

Je pense que le roman noir a tout le temps un fond social. Mais chacun raconte cela comme il veut. Pour ma part, pas particulièrement sauf si c’est un gros roman. Je n'aime pas que dans un roman on me raconte par exemple comment se passe le trafic d’organes. J’ai l’impression que tout le reste, les personnages, tout cela, sert juste à remplir l'histoire. si j’ai envie de savoir comment cela se passe, je prends un documentaire et là je sais. Pour moi, le roman noir, le polar c’est un roman ancré dans les personnages mais bien sûr, il y a forcément une structure globale, une histoire, une intrigue qui met en scène ces personnages. Je suis d’accord avec Paco parce qu’il faut dire qu’effectivement c’est le nouveau roman d’aventure. Chaque détective qu’il crée réussit à faire ce que personne n’avait envie de faire . Contrairement aux justiciers, les héros n'ont pas besoin de porter des déguisements pour se sentir héroïques. Alors qu’en tant que détective, s’il avait fait deux pas de plus, il aurait pu être le délinquant qu’il est en train de poursuivre. C’est pour ça que cette figure a perduré jusqu’en 1939.

Le premier roman que j’ai écrit, j’ai pensé que c’était un bon roman, qu’il soit publié ou pas. J’ai fini de l’écrire je ne sais plus quel mois de l’année 1997, j’ai dû demander trois jours de repos. Je me suis vidé la tête en faisant la fête avec des amis pendant ces trois jours. Quand je me suis demandé, un peu plus tard, si le travail que j'avais fait avait du succès, sur internet j’ai appris qu’Oswald Olgano, à qui j’avais dédié mon premier roman, était mort. Quand j’ai rencontré Paco, c’était pour vérifier qu’il n’était pas mort. Comme je n’étais pas sûr de finir mes romans et de rencontrer les auteurs que j’admirais avant qu’ils ne décèdent, j’ai écrit des romans où je les ai inclus en tant que personnages. D’ailleurs dans ce roman (Je reste roi d’Espagne), le faux Zigliani est comme je l’imagine, comme je l’ai senti à travers les interviews. Avec Paco Igniaco Taibo, j’ai fait la même chose ; comme un personnage secondaire qui jouerait un rôle plus important qu’en réalité. Il fallait que ce soit quelqu’un de pas forcément exceptionnel et surtout un détective pour qui c’était naturel d’enquêter. Il n’y a personne incapable de ne s’étonner de rien. Paco a également une acuité, un don dont il pourrait très probablement vivre : il devine l’origine du Coca-cola, dans quel pays il a été fabriqué. Et finalement les personnages du roman finissent par ressembler aux personnages de la réalité.


Propos recueillis par Margot et Alice, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Article de Clémence sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM

 

 

 

 

 

 


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Published by Margot et Alice - dans polar - thriller
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