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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 07:00

conférence « Traduire la ville »
Lire en poche
6 octobre 2012
Claro.jpg Portrait © Melania Avanzato, Source : Site internet d’Actes Sud

 

 
Écrivain, éditeur et traducteur, Christophe Claro était l’invité de la conférence « Traduire la ville » du Salon Lire en Poche de Gradignan le 6 octobre 2012.

 


William-T.-Wollmann-La-famille-royale.gif 

 À cette occasion, c’est son métier de traducteur qui a été mis en avant, notamment son travail de traduction du roman de William T. Vollmann, La famille royale. Ce roman a pour toile de fond le San Francisco des bas-fonds dans lequel le héros, Henry Tyler, détective privé se fait embaucher par un milliardaire afin de trouver « la Reine des Putes ». Son enquête le mènera à une descente aux enfers et à la traversée des États-Unis dans la quête d’une rédemption.


 

 

 

Ce qui suit tente de retranscrire au mieux la conversation entre Claro et son interviewer, Alexis Brocas, sur le mode du question-réponse :


Quelles traductions vous ont marqué ?

Certaines traductions m’ont marqué car leur traducteur a une tonalité qui lui est propre (par exemple Brice Mathieussent qui traduit John Fante) mais je ne savais pas que je lisais une traduction à l’époque. Pour moi, il s’agissait juste d’un roman. Il existe deux processus :

Soit le traducteur décide de lui-même de traduire une œuvre. Il doit alors convaincre les éditeurs (en traduisant des extraits si l’auteur n’est pas connu), leur présenter l’auteur ainsi que le livre.

Soit les éditeurs proposent au traducteur des livres à traduire en fonction de ses goûts.

Cependant, certains auteurs sont impossibles à traduire ; pour moi Don DeLillo par exemple, que je lis en anglais. Dans le cas de William T. Vollmann, j’ai commencé en traduisant un ou deux de ses livres. J’ai envoyé une dizaine de feuillets aux éditeurs mais il a fallu que j’attende six ans pour trouver un éditeur intéressé. Cette partie du métier est un long processus qui demande de la patience. C’est dommage qu’il faille parfois attendre des dizaines d’années pour découvrir un auteur mais la littérature de qualité ne se périme pas. Il faut trouver le bon moment.



Aviez-vous besoin de connaître San Francisco pour la traduction ?

L’auteur connaît bien la ville qu’il décrit. Pour le traducteur, il s’agit de travailler avec un plan. C’est toujours mieux d’y être allé mais le traducteur est là pour traduire le texte de l’auteur. Dans le cas de Vollmann, la description est tellement puissante qu’il n’y a pas besoin de connaître réellement San Francisco.



Avez-vous des lectures périphériques ?

Je prends des renseignements avant de commencer la traduction mais pour La famille royale, je n’ai pas fait de lectures périphériques. Plus généralement, je me nourris de films, de musiques comme l’auteur pour qu’il y ait de la profondeur dans la traduction. Il y a besoin de peu pour traduire une ville, c’est un travail littéraire.



Concernant la reproduction des différentes langues utilisées par Vollmann dans son roman, est-ce un travail littéraire ou cela se recoupe-t-il avec votre travail d’auteur ?

C’est un travail d’écriture ; il faut trouver une note, une fréquence ; cela crée une dynamique. Je trouve un grand plaisir à passer de l’un à l’autre ».



Y a-t-il une réflexion en amont de la traduction ou dans le flux ?

Tout de suite et toutes les situations en même temps. Ma méthode consiste à faire une première traduction lambda puis à y rajouter la richesse, un style particulier (par exemple lorsqu’on traduit un texte du XVIIème siècle, je lis des textes de cette époque afin de m’imprégner du style et de pouvoir le retransmettre dans ma traduction).



Y a-t-il une correspondance entre votre style de traduction et votre travail d’écrivain ?

Je traduis les livres que j’aime ; c’est un travail d’écriture qui enrichit mon travail d’écrivain et me permet de travailler mon écriture. Mais il faut faire très attention aux « effets mimétiques » (garder un style) qui peuvent se produire lorsqu’on travaille sur une longue traduction.

Les écrivains anglais sont assez proches du français alors que les auteurs américains sont plus proches du flux. Les Anglais et les Américains ont une vraie différence. Les Américains ont une écriture décomplexée et audacieuse ; les Anglais sont plus européens dans le sens où ils sont rattachés à une histoire et un style comme les Français sont attachés au style.

Les auteurs américains que j’aime sont très lyriques. Il y a une grande différence culturelle qui vient du traitement différent de la poésie ; les Américains sont très imprégnés de poésie.

Lorsque j’écris, je sens la poésie contemporaine.

Les Américains vivent dans du monstrueux, que ce soit au niveau architectural, des médias ou de l’alimentation. Les villes sont très différentes de nos villes et donc le traitement américain est également différent du traitement français. Par conséquent, l’imaginaire est structuré autrement .



Les Américains ont-ils une « richesse de l’ambition » ?

Oui, ils l’ont mais c’est le minimum syndical pour une œuvre de littérature. Je me demande pourquoi ce n’est pas toujours le cas en littérature française. Peut-être parce qu’après les années 70, il y avait eu une tentative qui s’est soldée par un repli à cause de la critique. En France, il y a surtout des romans traditionnels et quelques romans expérimentaux. Mais j’estime qu’il y a des livres ambitieux en français : ce sont les traductions françaises des romans américains. En effet, une traduction ne sert pas qu’à faire lire un texte, mais à en enrichir le lecteur.

Les Américains ne sont plus que trois pour cent à lire de la littérature étrangère, alors que les Français en lisent énormément (70 % dont 50 % de littérature anglophone).

Les auteurs américains que je traduis lisent beaucoup de littérature étrangère, notamment française.



Pour votre dernier roman, les traductions que vous avez faites ont-elles eu une influence ? Y a-t-il une réflexion avant l’écriture ?

Il est difficile de répondre ; je ne réfléchis pas à la façon dont j’écris. Mon idée, c’est de faire entrer quelque chose de l’ordre de la poésie pour que le texte ne soit pas qu’un récit (le roman s’en charge) ou sinon on raconte juste une histoire ; mais ce n’est pas de l’écriture. Un roman est intéressant quand il fait autre chose que juste raconter une histoire : c’est l’aventure d’une langue ; plus que l’action, ce sont la description, le traitement d’un objet ou d’un lieu qui sont eux –même des personnages plus intéressants.



L’écriture est guidée par la plume, elle est très structurée. Est-ce planifié avant de commencer ?

L’écriture, ce n’est pas juste écrire. Un livre commence bien avant dans la tête, de façon mentale, quand on prend des notes. Ça se fait en plusieurs étapes : l’écriture de la structure, l’écriture au sens physique (les phrases, les paragraphes). L’écriture se résume à faire différentes choses dans la phrase.



Avez-vous la tentation de traduire vos romans en anglais ?

Il est dangereux de traduire ses propres livres, sauf à être bilingue. Il existe des traductions anglaises de mes romans. Quand je les lis, j’ai l’impression de lire un autre livre. Mon roman s’est transformé par la traduction.



Avez-vous besoin de connaître l’auteur que vous allez traduire pour travailler ?

Ça aide de l’avoir rencontré, en particulier de connaître son physique et sa voix ; spécialement sa voix car elle apporte une musique. L’auteur est présent derrière le traducteur. Quand on ne sait rien de l’auteur, il est plus dur de se raccrocher à quelque chose.



Avez-vous fait le choix de devenir traducteur ?

Aujourd’hui, il y a des écoles de traducteurs. Pour moi, ce fut un hasard, pas un choix. J’étais correcteur et je faisais des remarques sur un texte de Pynchon. L’éditeur m’a dit que je devrais traduire le texte. Beaucoup d’écrivains traduisent mais on ne le sait pas. La traduction est liée à l’écriture.


Laurence, AS Bibliothèques 2012-2013

 


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Published by Laurence - dans traduction
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