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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:00

autour de la sortie de son roman Les souvenirs chez Gallimard, et de l'adaptation cinématographique de son roman La délicatesse par son frère.
foenkinos.gif
Quelques mots sur l'auteur

David Foenkinos est né en 1974 à Paris. Il a fait ses études à la Sorbonne et devient dans un premier temps professeur de guitare. Il publie son premier roman en 2002 chez Gallimard. C'est actuellement un auteur reconnu et traduit dans une quinzaine de langues. Il a reçu cinq prix littéraires.

Il est l'auteur de Inversion de l'idiotie : de l'influence de deux Polonais, Le potentiel érotique de ma femme, Les cœurs autonomes, Nos séparations, La délicatesse, et Les souvenirs, entre autres.

 

 

 

Quatrième de couverture de Les souvenirs :

 « Il pleuvait tellement le joDavid-Foenkinos-Les-Souvenirs.gifur de la mort de mon grand-père que je ne voyais presque rien. Perdu dans la foule des parapluies, j'ai tenté de trouver un taxi. Je ne savais pas pourquoi je voulais à tout prix me dépêcher, c'était absurde, à quoi cela servait de courir, il était là, il était mort, il allait à coup sûr m'attendre sans bouger.

Deux jours auparavant, il était encore vivant. J'étais allé le voir à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, avec l'espoir gênant que ce serait la dernière fois. L'espoir que le long calvaire prendrait fin. Je l'ai aidé à boire avec une paille. La moitié de l'eau a coulé le long de son cou et mouillé davantage encore sa blouse, mais à ce moment-là il était bien au-delà de l'inconfort. Il m'a regardé d'un air désemparé, avec sa lucidité des jours valides. C'était sûrement ça le plus violent, de le sentir conscient de son état. Chaque souffle s'annonçait à lui comme une décision insoutenable. Je voulais lui dire que je l'aimais, mais je n'y suis pas parvenu. J'y pense encore à ces mots, et à la pudeur qui m'a retenu dans l'inachèvement sentimental. Une pudeur ridicule en de telles circonstances. Une pudeur impardonnable et irrémédiable. J'ai si souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux lui dire, là. »



La rencontre

La salle Mollat est pleine en cette soirée du vendredi 18 novembre 2011 pour voir David Foenkinos. L'auteur semble plutôt à l'aise en face de ce public et se livre facilement, en prenant le temps de répondre aux questions et en glissant de temps en temps quelques touches d'humour.

Je vous propose une retranscription à la troisième personne des réponses qu'il a faites à l'intervenant.



À propos du lien entre ce roman et l'auteur

Ce roman n'est pas tout à fait autobiographique, il fait en effet le témoignage de son expérience de la maison de retraite.

Il explique que cette fois il a eu la tentation d'écrire un roman plus grave que les précédents. Cependant il s'est laissé rattraper par des éléments burlesques, la sorte de comédie du quotidien que l'on retrouve dans cet environnement, malgré la solitude des personnes âgées. Il explique que selon lui, ce qui compte, c'est le regard que l'on porte sur les choses, et que l'on peut rire de chose très dures tant qu'il y a de la simplicité et de la tendresse. Il cite pour exemple le grand succès du film "Intouchables".

Le narrateur n'a pas de nom, pas d'âge, on pourrait dire que c'est en quelque sorte l'auteur lui-même qui est ici le narrateur.

Ce roman parle de comment accompagner ses parents dans leur vieillesse. Comment trouver sa place dans la vie et la société lorsque l'on a entre 20 et 25 ans ? Qu'est-ce que l'on veut faire de sa vie ? etc.

Le narrateur ici veut écrire et pour cela il devient veilleur de nuit car il pense qu'il écrira plus facilement dans ces conditions. Ce système ne marche pas et il devient un peu dépressif, « donc oui c'est assez autobiographique ! » explique David Foenkinos en riant.

Le patron du narrateur tient une place importante dans le roman, il est protecteur envers le jeune homme et le considère déjà comme écrivain alors que celui-ci n'a pas encore publié un seul roman. Il le pousse à écrire sur la Shoah.

L'auteur, comme son personnage, nous confie qu'il est fasciné et horrifié par le fait que de l'intelligence et de la culture il puisse sortir un telle haine, comme cela a été le cas pendant le génocide de la Seconde Guerre mondiale.David-Foenkinos-Inversion-de-l-idiotie.gif

Cela l'amène à penser à son premier roman, Inversion de l'idiotie : de l'influence de deux Polonais, qui s'était très bien vendu parce qu'il y avait mis deux Polonais. Par la suite, il a toujours essayé de glisser deux Polonais dans ses romans, nous dit-il. Il en vient à évoquer d'autres éléments récurrents dans ses romans : les talons aiguilles, la langue allemande, etc.

Dans La délicatesse c'est une pensée d'un philosophe polonais qu'il cite : « Il y a des gens formidables que l'on rencontre au mauvais moment. Et il y a des gens qui sont formidables parce qu'on les rencontre au bon momen »" Cette phrase aura d'abord été utilisée dans En cas de bonheur, son quatrième roman.

Dans La délicatesse également il cite aussi un autre philosophe polonais : « Seules les bougies connaissent le secret de l'agonie. »



À propos de la légèreté de son écriture face à un sujet aussi dur, et de l'importance du thème de la mémoire....

Écrire un roman demande beaucoup d'énergie, de temps et d'obsession. Alors il ne peut s'empêcher d'inclure des éléments d'humour et de la légèreté sur le temps de l'écriture, cela n'empêche pas traiter un sujet sérieux. Le jeu avec le lecteur n'est pas un aboutissement pour lui, mais il voulait que, en plus de la nécessité d'écrire, il y ait un amusement , une légèreté.

Dans le roman le narrateur arrive à écrire lorsqu'il a atteint une forme de mélancolie, c'est pareil pour David Foenkinos.

Le roman est un apprentissage de la vie. L'apprentissage de la dureté même de la vie lui permet d'écrire, d'avoir assez de densité dans ses romans. Ce sont l'aventure que le narrateur traverse avec sa grand-mère et l'histoire d'amour qui rendent le narrateur adulte.

Le roman parle de la solitude des personnes âgées et de la mélancolie du temps qui passe. Il exprime cette difficulté, et plus encore cette impossibilité de savoir ce que ces personnes âgées ressentent.

Pour cela l'auteur a passé beaucoup de temps dans les maisons de retraite avec cette nécessité de les comprendre, de leur apporter de la tendresse, et de discuter avec eux. David raconte alors d'où lui vient ce rapport étrange avec le vieillesse : étant adolescent il a eu une maladie grave du cœur, maladie normalement de personnes âgées. Cette maladie l'a amené à certaines situations étranges, comme par exemple recevoir une publicité pour la carte senior de la part de la SNCF. Ainsi il a toujours eu cette impression d'être porteur de plus de mémoire que son âge.


Tous les personnages dans Les souvenirs se présentent à travers une anecdote, ainsi que les personnes célèbres cités.

Il cite Gainsbourg à travers cette phrase : « Mon enfance porte les échos prémonitoires de mon avenir. »  Pour l'auteur, écrire c'est essayer d'intégrer le présent et de faire quelque chose du passé. Pour le narrateur c'est mettre sa vie dans le roman.

L'auteur nous confie que c'est un livre qu'il porte depuis longtemps et d'ailleurs la mémoire est un thème récurrent dans tous ses romans. Il évoque également cet aspect du souvenir : deux personnes auront toujours une vision différente d'un même souvenir, il n'y a pas de vérité du souvenir, c'est le sujet propre au roman.

David Foenkinos est quelqu'un de plutôt positif, il pense que l'on peut trouver un côté positif à toute chose. Par exemple aller voir la laideur et les problèmes des autres pour se rassurer, c'est le phénomène VDM, relève-t-il !

Il y a aussi un décalage entre ce que l'on peut ressentir et la vérité. C'est ce qu'il montre avec la grand-mère qui est persuadée qu'elle n'a rien à faire dans cette maison de retraite alors qu'il ne peut en être autrement.

Il y a également une sorte d'opposition et en même temps d'alliance entre la vie et la mort : le narrateur tombe amoureux d'une femme dans un cimetière. Il perd sa trace et décide d'aller régulièrement dans ce cimetière pour la revoir.
David-Foenkinos-La-delicatesse.gif


À propos de l'adaptation cinématographique de La délicatesse par son frère Stephan Foenkinos...

Pour ce roman, contrairement aux autres, il a voulu continuer sur l'adaptation avec son frère car c'est leur sujet à tous les deux, avec des éléments personnels les touchant. Il y a eu des rencontres magiques, notamment avec Audrey Tautou qui a accepté tout de suite le rôle de Nathalie, et puis François Damien, très touchant dans la peau de Markus. Émilie Simon également qui a composé la musique qui prend une place importante.

Il ne fera pas l'adaptation de Les souvenirs, et ne se lance pas dans l'écriture d'un roman pour le moment car il dit avoir besoin de temps pour se reposer après toute l'activité générée pour le tournage.



David Foenkinos accepte de répondre à un questionnaire de Proust

– un auteur : « Albert Cohen ou bien Kundera ,mais ça fait trop prétentieux alors je vais dire moi ! »


– un roman : Un Homme de Philipe Roth


– lecture du moment : Le lit défait de Sagan


– un mot au hasard : « La soupe ! aujourd'hui c'est la soupe ! j'adore ça, je vous ai dit que j'ai un problème avec la vieillesse ! J'en mange tout le temps. »


– une date ou un personnage historique : « le 28 octobre parce c'est ma date d'anniversaire et c'est aussi la fête nationale de la Grèce, il faut les soutenir en ce moment ! »


– un pays : « la Pologne, ou la Suisse, ou la Suède ».


– un instrument : « la guitare »


– une citation : d'Aragon « En vain la raison me dénonce la dictature de ma sensualité. »

 

 

Propos recueillis par Catherine, 2e année Bib.

 


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Published by littexpress - dans EVENEMENTS
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