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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 07:00

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Nous avons eu le plaisir de recevoir Hervé le Corre, auteur de polars et enseignant bordelais. Il a reçu le grand prix de littérature policière en 2009, le Prix Mystère de la Critique 2010 pour Les Cœurs déchiquetés et le prix du Nouvel Obs/ bibliobs du roman noir français. Un nouveau roman est en cours d’élaboration.



Comment vous est venue l’envie d’écrire ?

Hervé le Corre, nous raconte qu’il commence à écrire dés l’enfance. Il aimait surtout raconter des histoires à ses amis et ses proches. Pour lui, les rédactions d’école n’étaient aucunement une « corvée ». Bien sûr, l’amour de la lecture lui a donné envie d’écrire. Pour exemple, la poésie fut et est encore aujourd’hui une source d’inspiration.

Ces différentes lectures au cours des années lui ont permis de s’imprégner de toutes sortes de personnages, d’atmosphères, de sentiments… pour ensuite s’en servir dans ses romans.
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Il a fait des études de lettres classiques ; pourtant, il a cherché à s’éloigner du style classique pour écrire ses romans. Il ne souhaitait pas être comparé à des auteurs académiques.

Le déclic s'est produit avec la lecture du Petit Bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette, auteur de romans policiers. Il fut impressionné par l’écriture et le style particulier de Manchette. Il s’agissait d’un perfectionniste qui passait beaucoup de temps à peaufiner son style.  Avec J.-P. Manchette, Hervé Le Corre pensait que qu’un livre facile à lire serait facile à écrire ; avec son expérience, il nous avoue que c’est loin d’être le cas.

Ses commencements dans l’écriture consistent, comme souvent chez les débutants, en  de petits morceaux de texte mis bout à bout, des personnages juste esquissés, puis petit à petit les grands thèmes et une intrigue commencent à se dessiner.


 
Comment construire ses personnages, les grands thèmes d’un roman et un style propre ?

En commençant à la Série Noire, il partait en général de faits divers et histoires en tout genre (terrorisme/indépendantisme basque, histoires d’amour sur le Minitel…).

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L’homme aux lèvres de saphir (très différent de ses autres romans) fut une grande « rupture intellectuelle ». À la suite de beaucoup de refus de son éditeur, Hervé Le Corre décide de changer. Pour écrire ce livre, il s’inspire de Lautréamont. Il choisit la Commune de Paris en toile de fond, car pour lui, il s’agitd’une période qu’il considère comme une des plus importantes (et intéressantes) de l’Histoire de France. Il pensait depuis un moment à faire un livre autour de la Commune.

Pour le style, il nous dit, qu’il ne veut surtout pas faire de grandes descriptions à la Zola ; ce n’est pas son but du tout en écrivant ses romans.  Au XXIème siècle, pour Hervé Le Corre, il n’est plus utile de faire de grandes et précises descriptions pour envelopper le lecteur dans une atmosphère particulière ou  pour lui faire imaginer un personnage ou encore un lieu.

Hervé Le Corre travaille d’abord pendant un long moment  (plusieurs années) sur la « préparation » du récit (les thèmes, recherches historiques, …). Puis, il passe à la réalisation « technique » de l’ouvrage ; il construit un style qu’il souhaite « sec » pour un récit plus « rude ».



Dans chaque roman, il y a la présence de personnages très forts, des personnages souvent perturbés ? Comment les construisez-vous ?

Par exemple, dans L’Homme aux lèvres de saphir, l’auteur a tenté de créer un équilibre entre les personnages « bons » et les personnages « sombres ».  Hervé Le Corre part en général d’une idée vague de personnage, puis il  lui donne de la profondeur, lui construit une histoire ; la constitution de ses personnages semble venir d’elle-même.

L’auteur part aussi de la réalité pour construire quelques-uns de ses personnages, pour imaginer leurs réactions face à certaines situations.

Hervé le Corre 3

Comment sort-on de l’écriture d’un roman ?

L’écriture d’un roman est certes prenante et intense mais l’auteur nous prévient qu’il ne s’identifie pas aux personnages au point de faire des cauchemars. Même si des passages restent difficiles à écrire car très violents ;  l’écriture est une mise à distance et permet une sorte de « protection ».

Éric-Emmanuel Schmitt, à propos de La part de l’autre, biofiction sur la vie d’Hitler, raconte qu’écrire sur un tel personnage l’a profondément marqué. Il vivait avec ce personnage qu’était Hitler, cela en devenait presque insupportable.  Au contaire, Hervé le Corre arrive toujours à tenir ses personnages à distance. C’est un « travail d’équilibriste ».



Quel a été  le déclic pour vous faire éditer ?

Par « pure vanité » nous répond Hervé Le Corre. Mais attention, il s’agit de rester humble et le refus de certains de ses récits par son éditeur permet de prendre du recul, c’est important pour continuer d’écrire.



Comment se passe la collaboration avec l’éditeur ?

Chez Rivages/Noirs, « l’éditeur prend le texte tel quel », mis à part la correction des fautes d’orthographe ; Hervé le Corre n’a pas eu à modifier un chapitre. Pour le moment, il n’y a pas de travail de réécriture.



Quand est-ce que l’on décide qu’un roman est terminé ?

La fin de l’intrigue vient toute seule. Le plus difficile est de finir d’un point de vue stylistique ; comment terminer quand un livre « bouillonne encore » ? L’auteur nous informe qu’il écrit lentement ; il prend le temps de relire par morceaux et de retravailler le texte petit à petit. À la fin, il relit tout son texte. Enfin, il faut se décider à se défaire de son texte pour ensuite le présenter et le laisser aux lecteurs.

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Pourquoi avoir choisi Bordeaux et/ou la région bordelaise pour vos romans ?

« Par facilité », Hervé Le Corre connaît très bien la ville. Cela l’inspire pour faire évoluer ses personnages dans l’espace. Il est « charnellement » attaché à cette ville qu’est Bordeaux.



Quelle relation avez-vous avec les lecteurs ?

Il n’écrit pas pour ses lecteurs, c’est-à-dire qu’il écrit ce qu’il aime et si ses ouvrages trouvent du public ce n’est que positif. Il n’écrit pas pour ses lecteurs mais il sait que dés qu’il y a publication, il y a des « lecteurs au bout ».

L’auteur  fait quand même toujours attention à la violence qu’il utilise.  Il ne fait pas de l’ultra-violence si ce n’est pas nécessaire au récit.
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L’auteur nous parle aussi d’une nouvelle relation entre auteur et lecteurs : les blogs et les critiques sur internet.



D’où vient le titre L’homme aux lèvres de saphir ?

Nous avons remarqué, qu’à première vue, le titre de cet ouvrage ne correspond pas tellement à l’histoire qu’Hervé Le Corre nous raconte.

L’auteur nous explique : pour l’anecdote, le manuscrit était prêt à l’envoi, dans une enveloppe, il manquait juste… un titre. Alors, l’auteur a rouvert Les Chants de Maldoror pour y trouver la dénomination de « l’homme aux lèvres de saphir ».

Au départ, ce fut un titre choisi un peu au hasard, mais au fond et avec le temps, le titre plaît de plus en plus à l’auteur. Ce titre peut s’expliquer par le fait qu’un homme aux lèvres de saphir serait, dans l’imagination d’Hervé Le Corre, un homme aux lèvres bleues et dures, c’est-à-dire un homme froid et cruel, exactement à l’image du serial killer du roman. Un titre étrange pour un personnage tout aussi étrange.


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Nous remercions Hervé Le Corre d’être venu nous parler de lui, de son écriture et de ses romans.

Pour retrouver toutes les vidéos d’Hervé le Corre à l’IUT Michel de Montaigne :
https://www.facebook.com/crm.iutbxtrois?fref=ts


Marion A., AS bib.






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Published by Marion - dans Entretiens
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commentaires

NICO AS BIB 01/03/2013 15:44

Une rencontre aussi bien organisée ne pouvait donner qu'un très bon compte-rendu... Félicitations Marion !

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