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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 07:00

animée par Eric Audinet
à La Machine à Lire
le 14 septembre 2011
à 18h30.

Michel-Suffran.jpg



Biographie d’Eric Audinet : http://ecla.aquitaine.fr/Annuaire-des-professionnels/Ecrit-et-livre/Auteurs/Eric-Audinet

Biographie de Michel Suffran : http://ecla.aquitaine.fr/Annuaire-des-professionnels/Ecrit-et-livre/Auteurs/Michel-Suffran


En arrivant sur les lieux de la conférence-entretien, on est surpris de voir un homme d’un certain âge prendre place sur la chaise, face à un petit groupe de spectateurs attentifs. Mais la vraie surprise se produit lorsque la conversation entre les deux écrivains commence. L’auteur est habité d’une réelle énergie qui donne à ses commentaires une grande force, et qui rend les spectateurs totalement sous l’emprise du charme du texte. Entre deux rives est un recueil de cinq nouvelles, écrit par un auteur attaché à sa ville d’origine, Bordeaux.

 

 

 

L’entretien a mis en évidence quelques caractéristiques de ces cinq nouvelles.
 
Tout d’abord, les personnages sont tous des gens ordinaires, des « losers » selon les propres termes  de Michel Suffran. Pourquoi ? Parce que l’important n’est pas dans le caractère exceptionnel des personnages, mais dans les actions extraordinaires des gens ordinaires. L’auteur apprécie beaucoup la notion de « raté ». Les gens se retrouvent toujours, à un moment donné de leur existence, face à leur miroir, le miroir de leur conscience, et se demandent qui ils sont vraiment  et ce qu’ils ont raté dans leur vie. En découle l’envie de tout plaquer, de changer de direction.


La première nouvelle en  est un exemple type, où le personnage principal vit une vie toute tracée, dirigée par le désir de pouvoir et d’argent. Un soir de victoire électorale, il a le désir de prendre l’air, et il ira jusqu’au bout de son désir de changement.

 

 

 

Ensuite, on trouve dans toutes les nouvelles une dimension religieuse sous jacente. Les personnages font face à des événements qui paraissent mystiques, voire fantastiques. De même on voit beaucoup d’allusions à Dieu et à la foi dans les différents textes.

Prenons par exemple la deuxième nouvelle, intitulée « l’île ». La petite fille qui en est le personnage principal pourrait être celui d’un roman fantastique, dans le sens où elle vit sur l’île en tant que spectre et continue à voir sa famille pendant les vacances d’été.

On voit également  que l’auteur accorde une grande importance à la géographie de ses nouvelles. L’auteur est bordelais et accorde un véritable sens aux lieux. D’ailleurs tous ses personnages évoluent à Bordeaux ou dans les environs, notamment l’île qui se trouve entre Arcachon et l’Amérique. Tous les personnages se trouvent pris dans une topographie similaire : on les voit traverser des ponts, vivre dans une petite rue, circuler sur les quais de Bordeaux. En un sens, les choix des personnages sont matérialisés par un changement de direction physique, comme tourner « au coin de la rue ».

 

 

 

Enfin, un des thèmes principaux du recueil est l’obsession de la mort, et la peur d’être victime de l’oubli. L’auteur s’appuie sur une expérience personnelle qui l’a marqué : quand il était jeune, sa grand-mère maternelle est morte et on ne le lui a pas dit tout de suite, on le lui a caché. Cet épisode fut traumatisant et, depuis, l’obsession de la mort et de l’oubli marque son œuvre. Il espère, il pense que la vie ne se termine pas à son terme physique. Il y a une volonté de continuer à avoir des relations entre les vivants et les personnes chères défuntes. Quelque part, c’est aussi un moyen de laisser une trace même après la mort, et ce dans le cœur des vivants.

 

 

 

Finalement, ces différents points conduisent à une réflexion sur l’écriture. Pour Michel Suffran, l’écriture est le seul moyen d’échapper à cette fatalité de la mort, le seul moyen de combattre l’angoisse de l’oubli. Cela nous amène à des questionnements sur l’écriture : à qui s’adresse le livre que je tiens? À moi ? À quelqu’un d’autre ? Vais-je comprendre l’œuvre alors qu’elle ne m’est pas adressée ? Le livre est en fait un élément d’un dialogue. L’autre moitié du processus est le lecteur, qui interprète le texte et lui donne une postérité. C’est le lecteur qui permet à l’auteur, à travers l’œuvre, de vaincre l’angoisse de la mort et de l’oubli.

 

 

Bérengère, A.S. Bib.-Méd.-Pat. 2011-2012

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Published by Bérengère - dans EVENEMENTS
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