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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 07:00

Festival d’Angoulême 2012

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Que faire un samedi après-midi à Angoulême ? Pas grand-chose à vrai dire. Le festival de la bande dessinée battant son plein, les rues sont remplies, les chapiteaux bondés, les expositions à guichets fermés. Il ne reste pas grand choix.

Il y a bien cette conférence avec un auteur à l’auditorium du conservatoire. Mmmmh… pourquoi pas ? Après tout, le ciel noir de pluie n’annonce rien qui vaille. Et puis le molleton des fauteuils de la salle ne sera pas de trop après les heures debout, passées dans les stands et les files d’attente.

La salle est remplie. Autant de personnes désireuses de s’abriter, certainement, d’autant que la pluie s’est mise à tomber mêlée de grêle. Dans le son feutré de la salle, l’interview de l’homme assis sous les projecteurs commence.

Philippe Druillet (puisqu’il s’agit de lui) a commencé dans les années 60 en tant qu’apprenti photographe. Ces débuts sont plutôt difficiles comme il en témoigne en disant avoir été rejeté de partout. Néanmoins, son intérêt se porte très rapidement sur un domaine essentiel pour la suite: la bande dessinée.

Son premier livre, Le Mystère des abîmes, publié en 1966 lui permet d’exprimer sa fascination pour la science-fiction et de mettre en place le personnage récurrent de son œuvre, Lone Sloane.

Son travail trouvera un écho en la personne de René Goscinny qui l’engage au journal Pilote dont la parution sera, au tout début, en bichromie. Parallèlement, il produit des affiches et joue dans des films à petit budget tel Le Viol du vampire de Jean Rollin dont la teneur fantastique et passablement érotique n’est pas sans rappeler ses propres productions. L’année 1970 le voit réaliser Le Dieu Noir, premier épisode de la saga des Six Voyages de Lone Sloane.
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Aux débuts dans les pages de Pilote succède l’aventure de Métal Hurlant. Période de tous les excès, il dessine énormément et dort peu. C’est aussi à ce moment-là qu’il fait préfacer ses œuvres par Goscinny ou George Lucas, grand amateur de bandes dessinées françaises. Ces années sont également marquées par les échanges avec Robert Crumb et sa bande, alter ego transatlantique du magazine parisien. Dans une sorte d’émulation artistique, ils créent telle une « école artistique de la Renaissance ».
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L’artiste est constitué de strates diverses et variées, affirme-t-il. Ses compositions prennent ainsi leurs sources chez de nombreux autres créateurs qu’il admire. Escher pour ses constructions non-euclidiennes, Moebius qu’il a côtoyé, Bugatti pour les sculptures qu’il produit actuellement, Lovecraft pour son imaginaire débridé… Par ailleurs, c’est en illustrant ce dernier dans le Nécronomicon qu’il se trouvera déposédé de son travail sur cet ouvrage. Sa signature effacée, on fera passer ses illustrations pour l’œuvre d’un autre.

Il diversifie son œuvre dans des tableaux, des meubles, des vases, de la décoration d’appartement, des décors de tournage pour les Rois Maudits. Tel un Raphaël ou un Léonard de Vinci, il veut être un artiste complet. Grattant sous les couches successives de l’art, il en arrive à créer des peintures proches de la primitivité des mythes fondateurs de l’humanité. Cependant ses premières amours ne sont pas loin. Il adapte le Salammbô de Flaubert en découpant les cases et s’apprête à faire de même avec la Divine Comédie de Dante.

Au travers de toutes ces créations, cet infatigable dormeur éveillé semble vouloir faire surgir la bande dessinée dans la réalité, lui faire prendre corps afin qu’elle soit reconnue comme un art majeur. Les illustrations surnaturelles qui font irruption à l’écran pour accompagner ses paroles montrent ce désir de faire exploser les cadres, d’être plus que de simples dessins en deux dimensions.

Au sortir de la salle, il ne pleut plus. Seuls restent dans le ciel quelques nuages noirs qui s’attardent de même que les rêves que Philippe Druillet, le conteur, nous a laissés dans la tête.

 

 

Romain et Fabien, AS Bibliothèque



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Published by Romain et Fabien - dans bande dessinée
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