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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 07:00
Dimanche 4 octobre 2009




Russel Banks, natif de Newton dans le Massachussets en 1940 et dont l’oeuvre s’inscrit dans la tradition du grand roman américain, met en scène des personnages issus de l’Amérique  profonde, qui se confrontent à de profondes rivalités sociales. L'auteur renommé a été reçu à Gradignan dans le cadre du rendez-vous littéraire annuel du salon de livre de poche où il a pu rencotrer le public.

ENTRETIEN


MÉDIATEUR :  Peut-être certains connaissent-ils déjà quelques éléments de la vie de Russell Banks ? Je vais donc commencer par vous présenter un peu, et énoncer les quatre dates clés  dans votre carrière :
 1962 : vous avez rencontré l’écrivain qui allait devenir votre mentor : Nelson Algren.
1968 : vous avez fondé l’association
Student for a Democratic Society
qui a commencé à vous politiser, à faire de vous un citoyen. De cette citoyenneté et de ce rapport à l’Amérique viennent aussi le réalisme et la dimension historique de vos romans qui abordent les questions de zones urbaines et d’exclusion (comme par exemple Sous les règne de Bone), les questions raciales, la question de l’empire américain dans le monde.
1975 : date de parution de votre premier roman,
Family Life, et premier recueil de nouvelles, Searching for Survivors
. Vous devenez officiellement écrivain.
2002 : vous devenez alors l’écrivain des écrivains puisque c’est l’année où vous avez été élu Président du Parlement des Écrivains.
    
Je vais commencer par une question extrêmement banale. En 1975, vous publiez vos premiers roman et recueil de nouvelles. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de raconter le monde ?


RUSSELL BANKS : Avant d’être un écrivain et un citoyen, j’ai d’abord été un « story teller » (un conteur, quelqu’un qui racontait des histoires) dans ma famille. J’étais celui que l’on appelait le Menteur. J’avais deux surnoms dans ma famille : le premier était le Menteur, mais l’autre était le Professeur. Le Menteur est celui qui raconte des histoires et le Professeur est celui qui explique les choses parce qu’il a un avis sur tout. Voici donc le rôle que je jouais dans ma famille jusqu’à l’adolescence.
   
À 19 ans, j’ai commencé à lire de la littérature et mes histoires ont pris une dimension un peu plus évoluée. Et j’ai commencé à imaginer une famille plus large que ma vraie famille, une sorte de communauté qui s’étendait jusqu’à un public invisible.
   
Progressivement, les événements historiques (c'est-à-dire les années 60 aux États-Unis) sont venus se greffer à ma vie et j’ai utilisé ces thèmes dans mes histoires. Je pense qu’il existe une convergence entre la vie d’un écrivain et les histoires qu’il écrit. C’est un moment où l’auteur est animé d’ un sentiment d’engagement. Dès lors, il était impossible pour un jeune homme responsable de ne pas se sentir concerné par tous ces problèmes de race, de classe ou de l’impérialisme américain.

    Pour répondre à votre question, c’est la convergence entre ma propre vie et l’histoire qui m’a fait devenir l’adulte que je suis. Mes romans et nouvelles sont donc profondément ancrés et engagés sur ces thèmes ; mon écriture est souvent  liée aux questions d’identité nationale. Ces fictions ne sont pas guidées par des idéologies ou des points de vue politiques, elles sont dues à des circonstances. Je peux vous affirmer que si j’étais né dans une autre famille dix ans plus tôt ou plus tard, mon travail aurait été vraiment différent.


MÉDIATEUR  : Oui, vous faites partie de cette génération d’auteurs américains qui a remis un réalisme très profond au cœur de la littérature américaine. Vous traitez de faits de société, ce qui vous distingue finalement de la période relativeaux auteurs appartenant à la Beat Generation.

RUSSELL BANKS : Oui, j’emprunte une nouvelle phase de tradition de l’écriture américaine ; telle qu’elle existait auparavant au XXe siècle avec certains auteurs dont les récits étaient imprégnés de réalisme social tels que Mark Twain ou Walt Whitman. Mais je peux vous raconter une anecdote ; lorsque j’enseignais aux étudiants d’une université dans l’état du Nevada, ceux-ci ne s’intéressaient pas tant au contenu de mes récits ni au réalisme marquant des faits mais plutôt à leur forme, à mon style d’écriture. Donc laissez-moi vous dire qu’il n’y a pas de progrès dans la littérature, il s’agit juste de passer le relais. Une fois, un ami m’a raconté une histoire : lorsqu’il était jeune, il a commencé à lire Shakespeare et en a parlé à son père qui était plombier. Son père lui a demandé : « Shakespeare ? Ce n’est pas un auteur du XVIe siècle ? mais ils n’ont rien appris depuis le XVe, ils ne se sont pas améliorés ?! » (rire).


MÉDIATEUR  : Avez-vous confiance en votre propre littérature ?

RUSSELL BANKS : Depuis 50 ans que j’écris maintenant, j’en suis toujours à me demander ce que j’ai appris sur l’écriture. À chaque fois que j’entame l’écriture d’un nouveau roman, d’un nouveau texte, je le fais comme si c’était la première fois : avec le sentiment de redémarrer de zéro. Et je dois tout réinventer : les points de vue, le niveau de la langue, les dialogues, la structure narrative… tout cela il faut le reconstruire. C’est à la fois un plaisir et un fardeau.
   
Ainsi, je n’ai pas plus ou moins confiance que lorsque j’ai démarré à l’âge de 20 ans. La seule chose que j’arrive à anticiper est de déterminer si j’ai pris une voie de garage dans un roman. Je ne suis plus obligé d’attendre d’avoir écrit 150 pages pour me rendre compte qu’il s’agissait finalement d’une erreur.
   
Cela soulève une autre question qui est celle du rapport de la société à la fiction. Ce rapport a changé avec la révolution technologique qui s’est produite depuis 25 ans avec l’utilisation croissante de l’image comparée à celle des mots. De par mon année de naissance, je reste accroché aux livres, au texte… même si je possède un I-pod et que je viens d’acheter un Kindle (livre numérique) sur Amazon (rire). Et pourtant tous mes livres sont numérisés et disponibles sur Amazon.fr. J’ai dû accepter toutes ces nouvelles technologies car ce sont les nouveaux modes de diffusion de l’information. Et en changeant les modes de diffusion de l’information, le contenu en est forcément affecté. Je ne perçois pas cela comme quelque chose de négatif mais plutôt comme un défi. Et je dois dire qu’en tant qu’écrivain je suis influencé par les films, par mon I-pod, par mon Kindle car toutes ces choses m’aident à comprendre les relations entre les êtres humains. Ce qui est à la fois inquiétant et intéressant est que je suis incapable de dire comment cela m’a affecté. Je ne peux que m’en rendre compte après qu’un changement a eu lieu. Il y a 10 ans, quand je me suis lancé dans l’écriture de scénarios, je n’aurais jamais pu penser que cela aurait un impact sur mes écritures de fictions et c’est pourtant le cas.
   
Ça m’a permis d’écrire tout en étant nettement moins exposé. A présent, mes personnages et mes dialogues sont davantage menés par l’action.


MÉDIATEUR : Pouvez-vous nous parler du réalisme ?

RUSSELL BANKS : Parmi toutes les formes narratives existantes, le roman a quand même eu un impact singulier et unique sur la société. Il a réussi à dignifier les expériences subjectives d’un être humain unique alors qu’aucune autre forme ne peut atteindre un tel niveau. Il n’y a rien de plus démocratique que le roman en termes de narration. Et c’est pour cette raison que j’ai tellement de respect et d’attention pour le roman.


MÉDIATEUR : Parlons un peu plus en détail de votre œuvre. La majeure partie de vos romans traduits en français se déroule à notre époque bien que l’on trouve quelques retours en arrière. Dans vos romans, vous avez traité de nombreux thèmes tels que la culpabilité américaine, l’urbanisation, l’esclavagisme, la question des minorités, l’exclusion, la question des classes sociales, etc. Y a-t-il une classe sociale, ou encore un sujet que vous rêvez d’aborder ?

RUSSELL BANKS : J’ai traité tout ce qui avait besoin d’être traité… en fait non, ce n’est pas vrai (rires). On écrit sur ce que l’on a hérité. Les classes, les questions de races, les relations entre père et fils, la marginalisation sont des problèmes qui me tiennent à cœur par mon expérience personnelle.  Je n’ai jamais écrit sur les Américains natifs (Natives), je laisse cela à James Harris (rires).  J’écris sur ce que j’ai connu, les États où j’ai vécu, les régions que j’ai visitées.


QUESTION D’UN SPECTATEUR : Pouvez-vous nous en dire plus sur l’évolution de la violence dans la vie américaine ? Sur vos sources d’inspiration…

RUSSELL BANKS : J’ai plusieurs sources, pour un livre comme Affliction, certaines sont connues, d’autres pas. J’ai grandi dans une famille où l’alcool et la violence faisaient partie du quotidien. Ce n’est qu’une fois adulte que j’ai compris que mon père et mon grand-père avant lui avaient tous deux grandi dans des familles où il y avait des problèmes d’alcool et de violence. Je suis également issu du milieu ouvrier, où les hommes et les femmes étaient animés par une sorte de désespoir silencieux. Ces choses constituent des sources importantes du roman.
   
La culture américaine est aussi affectée par cette violence qui s’incarne dans l’esclavage et le génocide. Et ma relation à l’histoire est un peu celle que j’ai avec ma famille. L’histoire se répète parce qu’en Amérique, on n’ose pas voir les choses en face tout comme dans ma famille où l’alcoolisme et la violence se sont transmis de génération en génération. Pour moi c’était assez naturel de faire un parallèle entre d’une part cette violence de la société américaine qui est associée à la négation du passé et d’autre part la violence au sein de ma propre famille ; car on y retrouve ce même désespoir silencieux. Ce sont les deux sources principales de mes romans. Et l’un des personnages principaux dans Affliction, Wade Whitehouse, s’inspire beaucoup de mon père. C’était un homme qui luttait pour être un homme bon mais  qui échouait encore et encore. Ce n’est que vers mes 40 ans, alors que mon père était en train de mourir que j’ai compris qu’il était une sorte de personnage tragique. Et en voyant mon père de cette manière, j’ai arrêté de me considérer comme une victime. À ce moment, j’ai commencé à écrire un roman qui était axé sur le pardon et la notion de respect plutôt que sur la colère et l’amertume.


Entretien transcrit par Laura et Sandrine, L.P.

Russell Banks sur Littexpress





Article de Marine sur Histoire de réussir









Article de Floriane sur De beaux lendemains










Article de Laure sur Sous le règne de Bone.









Article de Chloé sur l'Ange sur le toit








Article de P. Marini sur American Darling












Article d'Aurélie sur La Réserve.

 



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Published by Laura et Sandrine - dans EVENEMENTS
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dissertation 17/02/2010 07:28


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